France Culture consacre une émission à l’Autodétermination de la Kabylie

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FRANCE (TAMURT) – Le magazine international « Cultures Monde » de la radio France Culture a consacré, dernièrement, une émission à l’Autodétermination de la Kabylie. L’animateur de l’émission et ses invités dont Mohand Tilmatine, chercheur à l’université de Cadix et responsable du groupe d’étude sur les langues et les identités berbères, sont revenus sur le droit des peuples à l’autodétermination. Bien que cette revendication soit récente en Kabylie, elle est incontournable sur l’échiquier politique international », soutient Mohand Tilmatine qui juge « peu crédibles » les allégations d’Alger, qui accuse l’étranger, notamment Israël d’être à l’origine de cette revendication en Kabylie.

Après une première partie consacrée au Polisario, c’est par un extrait d’une intervention du président du MAK, Ferhat Mehenni, que l’animateur de l’émission Cultures Monde, Florian Delorme, a ouvert la deuxième partie de son émission réservée à la question de l’autodétermination de la Kabylie, diffusée le 07 décembre dernier, sur la radio France Culture. « Il y a un génocide qui est lancé contre nous et j’ai déposé plainte contre les deux représentants officiels de l’Algérie, le chef d’Etat-Major Said Chengriha et le président algérien qui est Abdelmadjid Tebboune. En tous les cas, ils ont bloqué toute aide aussi bien pour éteindre les feux, et le Maroc peut témoigner, et pour que les gens achètent des équipements à grands frais de leur part pour venir en aide aux malades du Covid en Kabylie. Nous sommes en train de mourir, c’est un cri de détresse que nous lançons et je ne peux pas me taire. Et c’est pourquoi, j’accuse et je porte plainte auprès de la Cour pénale internationale », avait déclaré Ferhat Mehenni lors d’une conférence de presse, organisée dernièrement à Paris. Le leader indépendantiste avait alors dénoncé « par des mots très forts l’inaction d’Alger face aux nombreux incendies qui avaient ravagé la Kabylie cet été », a commenté Florian Delorme, tout en évoquant « les nombreuses arrestations » qui visent les kabyles. Interrogé justement sur les raisons de « l’accroissement des tensions » ces derniers mois entre le gouvernement algérien et les responsables kabyles avec notamment les nombreuses arrestations, l’émission par Alger d’un mandat d’arrêt international contre Ferhat Mehenni et le classement du MAK comme « organisation terroriste » le 18 mai dernier, Mohand Tilmatine a estimé que cela « est facilement explicable par le besoin de légitimité d’un ennemi intérieur dont a besoin le gouvernement algérien qui est dans une situation difficile depuis quelques années ».

Par ailleurs, ce chercheur à l’université Cadix, tout en soulignant que la Kabylie est considérée comme « le bastion des luttes démocratiques », a affirmé que le conflit entre le pouvoir central d’Alger et le peuple kabyle avait commencé même avant l’indépendance algérienne en 1962. « La Kabylie a toujours été une espèce d’épine dans la politique algérienne », a-t-il encore soutenu. En effet, constate Mohand Tilmatine, « globalement les options idéologiques, les questions culturelles et linguistiques de la Kabylie ne correspondent pas aux choix idéologiques des algériens, du gouvernement algérien plus précisément après l’indépendance du pays ». Tout en rappelant les diverses crises qui ont secoué la Kabylie depuis la crise dite berbériste de 1949, ensuite la révolte du FFS en 1963 contre l’armée des frontières de Boumediene et Ben Bella, le printemps berbère de 1980, le boycott scolaire de 1994, l’assassinat de Matoub Lounes en 1998 et le printemps noir de 2001, auxquelles crises nous pouvons maintenant ajouter l’été noir de 2021, l’animateur de l’émission et son invité ont mis en exergue la véritable raison de ces crises cycliques et ce conflit permanent qui oppose le pouvoir central d’Alger et la Kabylie. Au fond, il s’agit bel et bien d’une crise identitaire. « Comme dans beaucoup de mouvements identitaires en général, les revendications ou les protestations commencent par la demande d’un simple respect de la langue propre, de l’identité propre, d’écouter la voix propre de la Kabylie dans ce cas-là, et c’est face à l’inflexibilité de l’Etat que ce discours commence à se radicaliser pour ensuite arriver, comme ça a été le cas en Kabylie en 2001, à la conclusion qu’avec ce gouvernement et son orientation idéologique, il n’y a absolument rien à attendre et que la seule voie, la seule issue est effectivement la souveraineté ou l’autodétermination », a expliqué Mohand Tilmatine. Ainsi, au-delà de la marginalisation économique et culturelle dont a souffert la Kabylie, « le problème fondamental est le manque de respect de l’identité propre, qui a surtout commencé à augmenter avec le lancement de la politique d’arabisation dans laquelle les kabyles ne se retrouvaient pas », a renchérit ce responsable du groupe d’étude sur les langues et les identités berbères à l’université Cadix.

Par ailleurs, et à la question de savoir s’il existe des ingérences extérieures qui profitent de cette crise kabyle, Mohand Timatine, tout en considérant le climat géopolitique en général, réfute les accusations d’Alger qui brandit le spectre de « la main étrangère » en parlant du MAK. « Il est très peu crédible de dire comme le fait entendre le gouvernement algérien clairement qu’Israël est derrière ». D’ailleurs, « il n’y a aucun lien organique avéré qui a pu être prouvé », a conclu Florian Delorme.

Arezki Massi

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