Tribunal de Vgayet : 5 ans de prison ferme pour le réalisateur du film documentaire Laïc Algeria

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La Laicité
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KABYLIE (TAMURT) – Le jeune réalisateur et scénariste kabyle Lamine Meddourene vient d’être condamné par le tribunal pénal de première instance de Vgayet à cinq ans de prison ferme. Son projet de film documentaire sur la laïcité en Algérie n’est pas du goût du régime algérien, qui a institué l’Islam comme religion d’Etat. « Apologie au terrorisme » et « financement étranger » sont les principales charges retenues contre ce jeune réalisateur, qui envisageait d’interviewer Ferhat Mehenni, président du MAK, sur le thème de la laïcité.

Voulant mettre en lumière à travers un film documentaire le combat pour la laïcité en Algérie que mènent notamment les kabyles épris des valeurs de liberté et de tolérance, Lamine Meddourene s’est retrouvé face à la justice algérienne. Après un an de détention préventive à la prison d’Oued Ghir, il a été condamné, jeudi 23 février, à purger une peine de 5 ans de prison ferme. Quatre de ses co-accusés sont condamnés à un an de prison ferme et devront quitter la prison en mars prochain. Les prévenus ont été poursuivis pour « financement étranger » et « apologie de terrorisme ». Le parquet quant à lui a requis 10 ans de prison pour les cinq accusés, une amende de 500 000 dinars algériens pour chacun d’entre eux et la privation des droits civiques pendant 10 ans. Cette affaire remonte février 2023 lorsque les forces de répression algériennes ont arrêté à Vgayet, en Kabylie, Lamine Meddourène, âgé de 30 ans, en compagnie d’autres personnes qui travaillaient avec lui, originaires de Vgayet, mais aussi de Khenchela et Tébessa (Algérie).

Lors de son audition par le juge d’instruction, l’accusé principal, Lamine M., a affirmé qu’il avait l’idée de réaliser un film documentaire sur la laïcité, les libertés et la persécution religieuse en Algérie déjà depuis 2012, et c’est avant à partir de 2017 qu’il a commencé à mettre en œuvre ses idées son projet. Il a également reconnu qu’il avait reçu 4 000 euros de l’institution française VHD, spécialisée dans le financement de productions cinématographiques internationales, et qu’il avait tenté de contacter le dirigeant du Mouvement pour l’Autodétermination de la Kabylie, Ferhat Mehenni, par l’intermédiaire de l’un de ses proches collaborateurs, pour qu’il participe au documentaire. La justice algérienne a donc décidé de le poursuivre pour « financement étranger » et « apologie de terrorisme ». Le MAK est arbitrairement classé par l’Algérie comme « organisation terroriste » dès le 22 mai 2021. Etaient aussi poursuivis dans cette affaire le caméraman Meziani Massinissa et le régisseur Ait Ouaret Amine.

Lors de leur audition, ils ont déclaré pour se défendre que leur rôle dans ce film documentaire se limite aux questions « purement techniques ». Les deux autres accusés sont Kacemi Fouad et Kachaha Mohieddine, spécialisés en philosophie et en sciences juridiques islamiques. Ils ont été interviewés par le réalisateur de ce film documentaire sur la laïcité. Ils ont catégoriquement nié toutes les accusations pénales portées contre eux. Ils ont souligné qu’ils n’ont reçu aucun financement de quelque partie que ce soit et qu’ils n’ont fait l’apologie d’aucun acte terroriste ou appelé à la violence. Ils ont déclaré au juge qu’ils considéraient leur participation dans ce film documentaire comme « un espace pour exprimer librement leur opinion sur la coexistence ».

Pour sa part, le parquet a insisté pour que les accusations « apologie d’actes terroristes » et « réception de fonds d’une entité étrangère dans le but de porter atteinte à la sécurité de l’État et à l’unité nationale », en vertu des articles 87 bis 4 et 95 bis 1 et 2 du code pénal algérien, soient retenues contre tous les accusés.

Arezki Massi

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