Ce Yennayer, j’ai mal à ma Kabylie

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La repression de la police algérienne
La repression de la police algérienne

CONTRIBUTION (TAMURT) – En cette période ou on fête tranquillement l’arrivée du nouvel an, nous Kabyles et plus généralement Imaziɣen, nous broyons du noir. Je pense à ceux qui nous sont ravis par la machine à broyer l’être humain qu’est le régime d’Alger. Je pense à toutes les mères, pères, conjoints, enfants, parents qui vivent le calvaire. Si je ne parle pas de la persécution du détenu et des affres de la prison qu’il subit durant des mois, voire des années, avant d’être libéré, c’est parce que je n’ai pas envie d’oublier ces familles qui souffrent en silence. Celles-ci se démènent le coeur gros et désemparées, pour essayer de faire libérer leurs enfants. Et se démener, elles le font, car le système enferme ou juge leurs enfants dans des villes lointaines pour justement les faire souffrir et empêcher tout soutien de la société civile.

Si donc, l’injustice première est de mettre un citoyen ou un militant en prison pour avoir exprimé quelque chose, l’autre injustice et de violenter cette société, la museler et la condamner à vivre la misère. Justice arbitraire, sentences absurdes sont le lot de nombreuses familles. Torturer une société de cette manière, va certes lui laisser des séquelles qui prendront très longtemps à guérir ou qui ne guériront peut être pas. Vous le voyez bien, on ne détruit pas seulement le militant, mais toute une société. Ceux parmi nous chez qui le souvenir des rafles et tortures pratiquées par l’armée française existe encore, doivent se dire que ce pays est damné. La violence coloniale et celle de la guerre contre le colon ont marqué ce pays de façon indélébile. Mais cette violence qui a fleuri sur les corps encore chauds de nos maquisards assassinés (Abane, Khider, Krim, Boudiaf, etc.), est une violence abominable. Depuis notre naissance, l’Algérie n’a fait que régresser, bouffer ses enfants, les handicaper et leur confisquer l’avenir à jamais. La regression continue à tel point qu’on se demande quand est ce que nous atteindrons le fond de ce puits de la misère, de cette violence et de cet absurde qui règnent en maitres absolus?

C’est honteux même de les appeler “détenus”, car ailleurs on met en prison des criminels. Ailleurs, il y a ce qu’on appelle la présomption d’innocence. Ailleurs, on encourage l’expression, pour favoriser la création et améliorer le quotidien. Ailleurs on se plaint que les gens ne s’impliquent pas assez. Mais, surtout on ne jette pas quelqu’un en prison pour avoir pensé. Ce n’est jamais un crime de penser, même au meurtre. Ailleurs l’action civique est encouragée car elle comble les lacunes ou complémente les actions du gouvernement. Une société qui s’implique dans la construction de son avenir est une société saine et qui avance. En Algérie, on se fait arrêter si on organise un café littéraire ou bien on éveille l’esprit des jeunes. On se fait arrêter pour un écrit ou une critique dont le but est de proposer des solutions. Si on envoie des masques chirurgicaux à un hôpital en Kabylie, on les refuse par ordre de la gendarmerie. Les concentrateurs d’oxygène, on les stock à la douane, car il y a des gens pour décider où les envoyer. Décider, ils savent faire, bien faire non! On refuse les Canadairs pour éteindre les feux, pour laisser le feu tout ravager. En Algérie, il est interdit de bouger. Aujourd’hui tout le monde se fait petit par peur de finir en taule. Le silence est total, l’oppression aussi!

Ailleurs, il y a une justice indépendante qui refuse aux larbins zélés du régime et opportunistes corrompus d’abuser de leur pouvoir. Ailleurs, le délit d’opinion n’existe pas et le juge ne met pas n’importe qui en détention provisoire. Pas en Algérie. En Algérie, les procureurs et les juges eux-mêmes sont des larbins zélés. Me pardonneront ce propos ceux qui font exception. Ils ne sont plus à leurs postes, car le régime veille au grain. Ainsi les robes noires des juges ne sont pas indicatrices de compétence au service de la justice, mais plutôt d’un asservissement au système. En Algérie, robes noires ou cagoules noires, c’est la même chose!

En Algérie, on ne met pas les criminels en prison, ce sont les criminels qui mettent des innocents en prison. Et pas n’importe quels innocents. des gens irréprochables, des gens qui réfléchissent et qui ont le courage de tirer leur société vers un avenir meilleur. Des Djaouts, des Harouns, des rebelles que l’on devrait remercier d’être à l’avant garde des luttes pour la démocratie et la liberté.

En ce Yennayer qui devrait normalement être la fête de l’espoir, du renouveau, j’ai mal à ma Kabylie. Comment pourrais-je le fêter quand des centaines de mes frères innocents le passeront dans des cellules froides? J’ai mal à ma Kabylie devenue le souffre douleur du régime arabo-islamiste d’Alger. Ma Kabylie est poussée chaque jour un peu plus vers sa mort. On lui a programmé toutes les morts imaginables: on lui assassine ses jeunes, on la pousse à l’exode et au dépeuplement, on l’affame, on l’assimile, on l’arabise, on la re-islamise, on l’abandonne à la covid-19, on lui refuse son oxygène, on la brule, et on jette la crème de sa crème en prison. On la violente, on lui monte des scénarios abominables, on la désigne à la vindicte populaire. En Algérie, être kabyle est une tare. Se déclarer kabyle, avoir l’accent Kabyle vous fait atterrir en taule. Bref, en Algérie, on tue la Kabylie et pendant qu’on la tue, le silence est assourdissant!

Mastan At Uamran

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