«… Ait Ahmed est-il plus kabyle qu’algérien » (Ahmed Ben Bella)

5

REVUE DE PRESSE (Tamurt) – Aït Ahmed est né en 1926 à Aït yahia, daïra d’Ain el Hammam, wilaya de Tizi-Ouzou, Grande Kabylie. Il est issu d’une tribu kabyle de culture berbéro-musulmane traditionnelle. A l’âge de 17 ans, la première partie du BAC français en poche, il déserte son lysée et ses études prometteuses pour se consacrer, à pleine temps, au militantisme politique. Nous allons succinctement rappeler ici : ses activités militantes légales et clandestines des époques coloniales et post coloniales.

Activités légales, époque coloniale. Vers 1943-1944, Aït Ahmed adhère au PPA-MTLD (parti du peuple algérien-Mouvement pour le triomphe des libertés démocratiques.) Il s’agit du seul parti indépendantiste d’Algérie. Il s’agissait alors d’un parti légal, qui avait pignon sur rue, légitiment présidé par Messali el Hadj. En 1948, il aura des élus locaux et nationaux. Aït Ahmed deviendra, rapidement, d’abord le plus jeune membre du bureau politique PPA-MTLD avant de s’emparer, vers la fin de 1948, de la direction de l’OS (organisation spéciale), le berceau du futur FLN.

Activités illégales, époque coloniale. En avril 1949, en compagnie de trois militants de la région d’Oran, Aït Ahmed, arme au poignet, pousse la porte de la grande poste d’Oran : « C’est un hold-up », déclare-t-il, aux employés de la Grande poste d’Oran, avec un accent parisien, avant de s’emparer d’un sac contenant quelques 3 millions d’anciens francs, laissant de côté un autre qui en contenait 47 millions de la même monnaie. On ne s’improvise pas gangster.

Quelque mois plus tard, il sera exclu de la direction nationale d’OS pour activités : «Berbéristes » (régionalistes), contraires avec les statuts de son parti. Suite à l’affaire de la grande poste d’Oran, recherché par la justice coloniale, il sera exfiltré d’Algérie et dirigé par son parti vers l’Egypte où deviendra membre de la section algérienne : «Du Maghreb arabe», siégeant au Caire. Il s’agit d’une institution regroupant les mouvements nationalistes : algériens, marocains et tunisiens. Dans cette phase, la délégation algérienne vis à avis du nouveau régime politique et du pays d’accueil et des autres régimes arabes, sans l’appui desquelles la révolution algérienne n’aurait sans doute pas pu avoir lieu, le rôle d’Aït Ahmed était, à tout le moins, décevant.

En revanche, en dehors de la sphère arabe, au niveau international, notamment à Bandoeng et à l’ONU, Aït Ahmed engrangera des succès décisifs, indiscutables. Néanmoins, sa carrière politique mise entre parenthèse le 22 octobre 1956. En effet, abusivement exclue par le congrès de la Soummam, la délégation extérieure du FLN sera victime d’un acte de piraterie aérienne historique. Avec ses compagnons : Mohamed Boudiaf, Mohamed, Khider, Lachraf, Ahmed Ben Bella, Aït Ahmed sera détenu en France jusqu’au terme de la guerre d’Algérie.
Activités légales post coloniales. A l’indépendance, Aït Ahmed deviendra député de Sétif d’une assemblée dite : « Constituante » d’où il ne tardera pas à démissionner.

Activités illégales post coloniales. En 1963, la constitution algérienne consacre le FLN comme parti unique dit « D’avant-garde .» En violation de cette constitution, un groupe de militants kabyles à 100%créent le FFS. Il fait appel à Aït Ahmed qui accepte de le présider.

En septembre 1963, A. Ahmed monte un maquis armé, qu’il dirige. Celui-ci est également composé à 100% de maquisards kabyles. Il sera violemment démantelé par l’armée algérienne. Aït Ahmed sera arrêté, jugé, condamné à mort. Sa condamnation à mort sera commuée, par son rival, par le président Ben Bella en prison perpétuité. Il s’évadera de prison en 1966. En exile, sans renoncer à animer les activités de son parti clandestin, il s’engage dans un long cycle d’études en droit. Il soutiendra, avec succès, sa thèse de doctorat en droit international à l’université de Nancy (France.) A noter qu’entre 1963 et 1989, contrairement à certaines sources, le FFS n’a été ni reconnu ni interdit par le pouvoir algérien.

La constitution de février 1989 consacre le pluralisme politique en Algérie. Une bonne soixantaine de paris ont vu le jour. Suite à une demande préalable au ministère de l’intérieur, le FFS, tout comme les autres partis qui ont accompli la même démarche, il obtiendra son agrément et devient donc un parti légal. Il se verra octroyer, par l’administration Mouloud Hamrouche d’un découpage électoral particulièrement favorable, miraculeusement avantageux.

En effet, le 26 décembre 1991, lors des toutes premières élections législatives pluralistes de l’histoire d’Algérie post coloniales, avec 510661 voix, soit 7.4% des suffrages exprimés, le FFS obtient 25 sièges au premier tour. Le FLN, le parti-Etat depuis 1962, avec 1613507 voix, soit 23.4% des suffrages exprimés, il n’en obtient que 15.

Récapitulons, à 1949, Aït Ahmed, alors cadres supérieur au sein du PPA-MTLD, sera exclu de la direction de l’OS pour activités contraires aux statuts du parti, pour activités : « Berbéristes. »
A 1963, il accepte de présider le FFS, un parti anticonstitutionnel, composé à 100% de kabyles. Il crée, la même, un an presque jour pour jour après la décolonisation de l’Algérie, il en Kabylie, un maquis armé composé à 100% maquisards kabyles.

En 1991, les résultats ds élections légisaltives du 26 décembre 1991 vont démontrer que les électeurs du FFS sont également à 100% kabyles, plus précisément des départements de Tizi-Ouzou et de Bejaïa, de la Grande et de la Petite Kabylie, qui lui ont offerts 23 circonscriptions sur 23. La forte et la laborieuse communauté kabyle d’Alger, ne lui avait offert aucun élu, du moins au premier tour.

J’appartiens à ceux qui s’interrogent depuis toujours, pourquoi Aït Ahmed n’a-t-il pas tenté d’élargir l’assise de son parti à d’autres régions d’Algérie? A-t-il craint de perdre sa base kabyle sans trouver un encrage compensateur au niveau national ?

La Kabylie est la seule région d’Algérie qui reste solidement et légitimement attachée à ses spécificités régionales, linguistique et culturelle. Depuis les années 30 du siècle dernier, le courant dit : « Berbériste » est de loin le plus radical. Quand ils n’était pas anti arabe, en violation des statuts du PPA-MTLD, des berbéristes ont refusé d’appartenir à une cellule ou à un groupe de militants nationalistes dirigés par un non-kabyle, par un arabe, de lui verser leurs cotisations. Il semblerait, le conditionnel s’impose encore, qu’en 1949, Aït Ahmed ait fait parti des animateurs de ce courant régionaliste. En tout cas c’était la raison invoquée parti son parti qui l’a évincé de la direction nationale du l’OS. Depuis avril 2010, le MAK, l’un de ces courants berbéristes, présidé par Ferhat Mhenni, a créé, en exile, un : « Gouvernement provisoire pour l’autonomie Kabyle.»
Si j’avais à choisir entre le régionalisme kabyle éclairé d’Aït Ahmed et le nationalisme aveugle Bouteflika, qui s’échine à nationaliser la tyrannie et à islamiser la Djahilia, je préférerai être du côté du régionaliste kabyle. Je crois plus à la vertu de la décentralisation démocratique prônée par des régionalistes kabyles qu’au « Monotyrannisme » national imposé aux algériens par les forces des baïonnettes depuis plus d’un demi-siècle.

En quoi Ben Bella serait-il blâmable déclarant : «Aït Ahmed est plus kabyle qu’à algérien ?”

Face-à-face

Le Nouvel Observateur

14.09.2011