Détention d’une arme de guerre : Le tribunal criminel de Tizi-Ouzou prononce une relaxe et deux peines de 4 ans d’emprisonnement

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TIZI-OUZOU (Tamurt) – Le tribunal criminel de Tizi-Ouzou a examiné et traité hier une affaire des plus abracadabrantes. Il s’agit d’une détention et d’une tentative de vente d’une arme de poing de type Beretta et classée de première catégorie, c’est-à-dire de guerre. Ils étaient trois à la barre des accusés. Il s’agit des nommés Abdelkader M, 50 ans, Takfarinas T, 21 ans et diabétique depuis l’âge de 16 ans et Mohand-Ouamar N.S, septuagénaire et sénile.

Cette affaire a donné, encore une fois, une preuve qu’un défit de communication au sein d’une famille et, surtout, l’absence de confiance à l’endroit de ses parents peuvent causer un désastre. La machine judiciaire a démarré exactement le 13 janvier 2013 à Tamda, localité qui dépend de la commune et daïra de Ouaguenoun. L’accusé, Takfarinas T, venait d’être arrêté par des policiers alors qu’il était en possession d’un pistolet de type Beretta et de munitions. Une perquisition qui se fera plus tard à son domicile permettra aux enquêteurs de mettre la main sur d’autres balles conçues pour la même arme trouvée sur le jeune homme.

Lors de l’interrogatoire, Takfarinas T révélera aux enquêteurs qu’il a subtilisé le Beretta et les munitions à son beau-père, Mohand-Ouamar N.S (le mari de sa mère, épousé en secondes noces). A son tour, Mohand-Ouamar S.N révélera aux policiers qu’il avait acquis le pistolet auprès du nommé Abdelkader M depuis au moins 16 ans. Quant à Abdelkader M, il ne reconnaîtra ni devant les policiers, ni devant le parquet et ni devant le tribunal criminel de Tizi-Ouzou comme étant le vendeur du Beretta au nommé Mohand-Ouamar S.N. « Je ne connais ni d’Eve ni d’Adam ce Mohand-Ouamar S.N et ne reconnaît surtout pas lui avoir vendu une quelconque arme !», telle sera sa réponse du début jusqu’à la fin.

Quand les mis en cause et l’arme en question ont été présentés devant le parquet, celui-ci a décidé de classer l’affaire dans le cadre pénal et, au même temps, envoyé l’arme au laboratoire scientifique de la police pour étude de la balistique. L’étude balistique a révélé que l’arme était du genre de guerre, donc à la classer dans la première catégorie.

Une fois pris connaissance de ce rapport, le parquet de Tizi-Ouzou a reconsidéré donc l’affaire. Il l’inscrira effectivement en criminelle. Pourquoi est-ce que le parquet a classé au début le dossier en pénal ? La raison en simple : les magistrats ne sont pas des experts en armement. Le Beretta en question était considéré initialement comme une simple arme de défense ; à classer donc à la quatrième catégorie. Cependant, à un moment donné, le pistolet en question subira des modifications. Toutefois, ni les mains expertes, ni l’atelier où ont eu lieu les modifications de l’arme ne seront jamais connues. Et un néophyte de l’armement ne peut pas deviner que l’arme a subi des modifications. Et si ce détail important a été porté à la connaissance de la justice, c’est grâce, rappelons-le, à la police scientifique.

Le tribunal criminel de Tizi-Ouzou apprendra au fil des débats que le jeune Takfarinas T était dans un besoin pressant d’argent. Il devait coûte que coûte trouver une certaine somme pour faire face à certaines dépenses ou peut-être aussi rembourser un créancier qui le pressait. La lumière ne sera jamais faite sur ce détail. Une chose est sûre : son épouse, de 18 ans son aînée et coiffeuse de son état, dira à la barre des témoins que son mari a participé aux frais de leur mariage même si c’était elle qui avait fait face aux dépenses les plus importantes. Et comme la maison de son beau-père et de sa mère lui était toujours ouverte et qu’il connaissait ses moindres recoins, il a fini par découvrir cette arme de poing.

En voulant la vendre pour tirer la somme dont il avait besoin, il prendra contact avec un certain A.B. Celui-ci ne se présentera pas à la barre des témoins. Nous avons appris, après notre enquête, que ni le tribunal, ni le parquet et ni les policiers enquêteurs n’ont piétiné la loi en tenant à l’écart ce nommé A.B.

Une chose est sûre : lorsque l’accusé Takfarinas T a arrêté par la police à Tamda ( Ouaguenoun) alors qu’il était en possession du Beretta, il avait rendez-vous avec ce A.B car c’est celui-ci qui s’est proposé comme « client ». Faute d’expérience et de sagesse ainsi que d’un besoin pressant d’argent, Takfarinas T a complètement oublié – et peut-être même qu’il ignorait totalement – que la police a toujours eu l’oeil et l’oreille partout.

De son côté, Mohand-Ouamar S.N était loin de douter que son beau-fils qu’il a pourtant aimé et choyé comme son propre enfant allait, par la force des choses, le mettre dans une situation des plus délicates. A la barre, Mohand-Ouamar S.N a déclaré avoir acheté cette arme juste pour dissuader un quelconque malfaiteur car, « à Illiltène ou je réside, la sécurité n’était pas garantie au cours de cette décennie 1990 ». « D’ailleurs, depuis que je l’ai acheté, je ne m’en suis jamais servi ». Pour le représentant du ministère public, il y a culpabilité de « détention d’arme de guerre et de sa commercialisation ».

Le procureur tentera de « prouver » la corrélation étroite entre les trois accusés et l’objectif de commercialiser un armement de guerre. Pour cela, une peine de 10 ans d’emprisonnement pour Mohand-Ouamar, et ce, en application de l’article 33 de l’ordonnance 97-06 du 1er janvier 1997 et la perpétuité pour Abdelkader M et Takfarinas T car concernés par l’article 26 de la même ordonnance. Ce représentant du ministère public sera accusé plus tard, M° Ali Chikhaoui, avocat de Abdelkader M, de « non respect de l’étique de justice ». « Je représente les intérêts de la société et je m’attaque au crime et non à des personnes », répliquera ce magistrat en ajoutant qu’il ne pouvait se laisser « agresser par de telles remarques ». M° Ali Chikhaoui, très connu pour son acharnement à défendre sa conception des choses et son verbe aiguisé, poursuivra sa plaidoirie en « démontrant » que le ministère public n’était pas motivé par la connaissance de toute la vérité. « A base de quoi le tribunal peut considérer mon client comme le vendeur de l’arme ? Ni les policiers, ni le parquet et ni ce tribunal ne l’ont prouvé », a crié M° Ali Chikhaoui avant d’enfoncer davantage le clou dans le bois.

« Beaucoup de questions restent sans réponses comme l’origine de la modification de l’arme. Qui a donc modifié l’arme ? Où a-t-elle été modifiée ? Quand est-ce qu’elle a été modifiée », a enchaîné l’avocat de Abdelkader M avant de conclure que c’est à base de la connaissance de vérité que le tribunal est appelé à trancher. En ce qui le concerne, l’avocat de Takfarinas T et Mohand-Ouamar S.N, en l’occurrence M° Hocine Messaoudi, a exploité le côté innocent de ses clients. Avec le verbe acéré, M° Hocine Messaoudi a démontré que Takfarinas T n’était pas motivé par le caractère lucratif de sa tentative de commercialiser l’arme et Mohand-Ouamar S.N n’avait d’autre but que de posséder une arme de défense. « La preuve, enchaîné M° Messaoudi, depuis qu’il était entré en sa possession, il ne l’a jamais utilisée ». Au bout d’une « éternité », le jury rendit le verdict. Relaxe pour Abdelkader M, 4 ans de prison avec sursis pour Mohand-Ouamar S.N et 4 ans de prison dont une ferme pour Takfarinas T. Quand la mère de Takfarinas, a entendu « 4 ans de prison » pour son fils et son mari, la malheureuse quitta aussitôt la salle pour s’évanouir aussitôt dans le hall. Il a fallu l’intervention de nombreux policiers pour la ranimer. La réanimation a consisté à l’asperger d’eau froide et l’explication et l’interprétation exactes du verdict.

Addenda : Un certain M.M, détenu à la prison de Tizi-Ouzou, a été appelé par le tribunal à la barre des témoins. M.M arrive au tribunal avec une béquille. Il souffre d’un handicap physique. Cependant, l’assistance et le tribunal n’ont pas tardé à constater l’énorme contraste existant entre l’homme se déplaçant avec beaucoup de difficulté et son comportement. Quand, avec des policiers, M.M prit place dans le siège qui lui a été préparé spécialement, le juge, une femme, s’assura d’abord s’il était à l’aise dans son siège et si rien ne lui manquait. M.M ne répondit pas. A la question de savoir s’il savait pourquoi il était appelé à la barre des témoins, M.M lui répondit avec agressivité : « Je ne comprends pas l’arabe ! ». « Moi non plus je ne comprends pas le kabyle », lui répondit le juge en arabe. Le juge, une Kabyle, parle couramment le kabyle, l’arabe et le français. D’ailleurs, tout au long du procès, elle utilisa alternativement ces trois langues. En dépit d’une multitude de tentatives de le faire parler, M.M, plus atrabilaire que jamais, ne pipa mot. Convaincue qu’elle ne pouvait pas obtenir une quelconque réponse de sa part, la présidente du tribunal ordonna à l’étrange individu de se retirer.

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