Lyazid Abid, Porte-parole de l’URK, à Tamurt info : « Le contexte international est favorable à l’émergence de la Kabylie »

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Le général israelien Kochavi reçu par Abdellatif Loudiyi, ministre délégué chargé de la Défense du Maroc
Le général israelien Kochavi reçu par Abdellatif Loudiyi, ministre délégué chargé de la Défense du Maroc

INTERVIEW (TAMURT) – Le Porte-parole de l’Union pour la République Kabyle, Lyazid Abid, estime dans cette interview que l’indépendance de la Kabylie est inéluctable. Optimiste, il croit dur comme fer à l’avènement d’un Etat kabyle. Même exilé en Allemagne, il reste toujours actif sur le terrain à l’étranger en faveur de la Kabylie. Sur le plan international justement, Lyazid Abid, garde toujours espoir d’obtenir des soutiens des puissances étrangères, notamment le Maroc qui a défendu déjà l’indépendance de la Kabylie plusieurs fois à l’ONU. Pour lui, la situation politique mondiale n’est pas figée et la Kabylie exploitera la moindre occasion. « L’histoire s’accélère », avertit Lyazid Abid.

Tamurt.info : En votre qualité de Porte-parole de l’URK, quelle évaluation faites-vous de la situation politique actuelle en Kabylie ?

Lyazid Abid: La gravité de la situation que la Kabylie traverse est alarmante. Clairement, le pouvoir algérien veut punir les Kabyles. Leur tort est leur engagement historique pour démocratiser l’Algérie pour le bien-être de ses peuples. La confrontation frontale avec le pouvoir algérien a fini par l’inévitable clash qu’on connaît aujourd’hui. D’un côté, une Algérie arabo-musulmane fondée sur la violence comme moyen de maintien au pouvoir, d’un autre côté, la Kabylie militante pacifique pour l’alternance au pouvoir. Avec le temps, cette dualité a mené à un divorce irréversible. Le printemps noir et la mémorable journée du 14 juin 2001 avaient sonné le glas. La naissance de plusieurs mouvements politiques pour défendre les intérêts exclusifs de la Kabylie, dont deux mouvements indépendantistes, donnent des vertiges à l’Algérie qui a érigé en principe incontournable de sa politique internationale, le droit à l’autodétermination des peuples.
À cela, s’ajoute la fin immédiate des énergies fossiles, seule source de richesse du pays. Tout le monde s’accorde à dire que l’Algérie a entamé une descente aux enfers qui va la désagréger. Le début de cette chute conjuguée avec le désir d’indépendance de la Kabylie, exprimé par le triple zéro vote lors des dernières élections algériennes organisées en Kabylie, le positionnement du Maroc en faveur du droit de la Kabylie à son indépendance et l’appui des USA à ce dernier dans le conflit du Polisario, le macabre projet zéro Kabyle des services algérien traduit par la mise à feu criminelle de la Kabylie, l’emprisonnement et les condamnations à mort de plusieurs dizaines de jeunes kabyles sur la base d’accusation mensongère, la fermeture de tous les espaces d’expression et le contexte international défavorable à l’Algérie expliquent le comportement colonial des forces algériennes en Kabylie.

Tamurt.info : On parle avec insistance ces derniers temps d’un éventuel soutien du Maroc pour la cause kabyle. Sur le terrain, on ne voit rien de concret. Le Maroc est-il vraiment prêt à aider les Kabyles dans leur combat pour l’indépendance ?

Concrètement, sur le terrain, la reconnaissance du Maroc du droit de la Kabylie à son autodétermination est un précédent aussi précieux qu’historique. Ceux qui pensent que c’est de la fiction ont intérêt à se réveiller. Le Maroc a certainement ses propres raisons qui le pousse à nous soutenir. Qu’elles qu’en soient ses motivations, nous en sommes reconnaissants. Certains Kabyles sont sceptiques et voient dans cette reconnaissance un leurre tendu par le Maroc, à cause du lien de réciprocité dans l’équation Polisario-Algérie, Maroc-Kabylie. Je ne suis pas sûr que les Sahraouis s’inquiètent de cette réciprocité. Le peuple kabyle ne trouvera jamais un pays exempt de prétentions susceptible de lui reconnaître son droit à l’autodétermination. Ce pays n’existe simplement pas. Tous les pays agissent par intérêt. C’est le propre de la diplomatie. Il n’y a rien de vexant ou d’extravagant. Heureux les peuples qui ont compris la difficulté du chemin de l’existence. Je pense qu’il faut dépasser les prismes déformant de la diplomatie algérienne. Les projets d’Israël dans le désert marocain, l’alliance militaire du Maroc avec Israël, les enjeux géopolitiques en Afrique du Nord, inquiète le pouvoir algérien et le pousse à se méfier de son voisin. L’Algérie se sent déjà déstabilisée par ce qu’aucun de ses fondements n’est bâti sur le réel.

Tamurt.info: Plusieurs associations amazighes vous ont convié à des conférences et autres activités politiques et
culturelles au Maroc, mais vous refusez de vous y rendre pour le moment. Peut-on savoir pourquoi ?

En général, je ne rate aucune occasion pour porter plus loin la revendication indépendantiste kabyle. Des contacts avec les associations amazighes du Maroc sont en cours. Il est vrai que nous avons annulé quelques rendez-vous, pour des raisons de sécurité du à la présence de militants sahraouis, dans certaines universités marocaines, actifs et potentiellement agressifs.

Tamurt.info: Et pour le soutien d’Israël, que vous avez visité en 2012 en votre qualité de ministre des Relations internationale du GPK en compagnie de Ferhat Mehenni, la page est tournée ?

La visite officielle en Israël de l’Anavad, composé du président Ferhat Mehenni et du ministre des Relations internationales, moi-même, effectuée du 20 au 24 mai 2012 est une visite historique. Cette page est en train de s’écrire en lettre d’or. Israël est un pays démocratique, sérieux et fiable. Il se trouve au milieu de pays arabes hostiles à son existence. Je comprends la prudence de son engagement pour les causes kabyle et Kurde. Le temps viendra où l’histoire s’accélérera. Les relations entre peuples obéissent parfois à des logiques lentes et sinueuses.

Tamurt.info: Certains se demandent pourquoi vous avez créé un autre mouvement indépendantiste kabyle, l’URK, alors que le MAK existe déjà depuis des années ? Ils estiment que ce n’est pas dans l’intérêt de l’union du peuple kabyle.

La pluralité politique est une garantie contre toute dérive autoritaire. Certains de nos compatriotes aiment à dire que ce n’est pas le moment et que la diversité est plus un obstacle qu’une solution. Je veux juste rappeler qu’en politique aussi il y a des principes avec lesquels on ne badine pas. Un peuple épris de liberté et de justice n’acceptera jamais d’hypothéquer sa liberté quelle que soit sa situation. Sinon, il prouve qu’il n’est pas mûr pour la liberté. L’histoire des mouvements algériens avant 1954 nous le prouve. Le FLN, qui avait promis un retour au pluralisme après l’indépendance, demeure seul aux commandes de l’Algérie, 60 ans après le départ de la France.
L’Union pour la République Kabyle (URK) milite pour l’indépendance de la Kabylie. Son existence renforce l’image d’une Kabylie plurielle, sereine et déterminée à arracher son indépendance. Il n’est le concurrent de personne. Il tend la main à toutes les bonnes volontés qui aspirent à la libération du peuple kabyle et pour l’avènement d’un Etat indépendant, démocratique et sociale. Les Catalans activent dans 5 mouvements politiques indépendantistes qui luttent pour leur libération en harmonie et dans la fraternité.
A l’URK, nous sommes persuadés que notre libération arrivera un jour, mais cela ne se fera pas sans le consentement du peuple kabyle. Notre libération n’arrivera pas en nous introduisant dans le système pour le changer de l’intérieur, ni par un statut particulier pour la Kabylie, une stratégie désastreuse pour les peuples minoritaires, quand on connaît le fondement jacobin et les liens panarabistes de l’Algérie. Accompagner un peuple, qui adore par dessus tout sa liberté, dans sa quête d’indépendance, est une tâche difficile. Et c’est justement à ce niveau qu’intervient le rôle du politique qui consiste à éviter à son peuple de se désagréger et de lui indiquer le chemin de la victoire, en le tirant vers le haut, vers plus de liberté et non en le privant du peu de liberté qui lui reste. L’art de converger les différents courants politiques vers le but recherché soumet à rude épreuve les politiques et fini par rendre possible ce qui paraissait impossible. C’est dans cette perspective que nous pensons que le président du Gouvernement provisoire Kabyle doit impérativement être le président de tous ceux qui se reconnaissent dans ce Gouvernement provisoire. C’est le sens de l’amicale et fraternelle missive de l’URK adressée au 5e congrès du MAK-ANAVAD. Il y a des principes qui ne sont pas, au risque de les piétiner, négociables. Le risque d’infiltration doit être maîtrisé au lieu de nous conduire vers des erreurs qui peuvent s’avérer fatales.

Tamurt.info: Quelles sont les relations de l’URK avec le MAK ?

Actuellement, inexistante. A l’avenir, l’URK est convaincu qu’une collaboration étroite de tous les mouvements indépendantistes et personnalités kabyles est indispensable pour la libération de la Kabylie. L’URK a formulé des propositions générales dans sa missive adressée au 5e congrès du MAK-ANAVAD. Nous n’avons d’autre choix que de s’entre-aider. Cela ne peut se faire qu’en affrontant tous les problèmes qui nous empêchent d’avancer sereinement vers notre libération. Nous restons optimistes quant à l’avenir. Pour l’URK, le pluralisme politique en Kabylie est une réalité fondamentale qu’il faut encourager.

Tamurt.info: Pour les leaders indépendantistes en exil recherchés par la justice coloniale algérienne, y a-t-il un risque de se voir livrer à Alger ?

Les juges en France, en Belgique, en Allemagne, en Europe en général, sont indépendants. Ils appliquent la loi et rien que la loi. Le pouvoir exécutif a intérêt à ne pas s’interférer dans leur travail au risque de se voir dénoncer publiquement. J’en connais quelque chose pour avoir eu affaire à la justice française dans l’affaire qui a opposé le journal Tamurt à Madame Boumediene qui nous avait demandé 250 000 euros de dommage pour avoir porté atteinte à son défunt mari Houari Boumediene. Avec l’aide du brillant avocat Maître Ahcène Bozetine, nous avions gagné le procès. La justice française est imperméable à toute influence extérieure.

Tamurt.info: Vous-même M. Abid, vous n’avez pas remis vos pieds en Kabylie depuis 2017, peut-on savoir pourquoi ?

Parce que je suis kabyle, je suis coupable au yeux de l’Algérie. Mon cas est celui de centaines de Kabyles dans la diaspora. Nous sommes condamnés parce que nous refusons l’injustice et la tyrannie de l’Algérie coloniale. Cela me rappelle l’amertume de l’exil forcé de nos aînés. Cette tragédie a débuté par la déportation de milliers de Kabyles par la France coloniale vers de lointaine iles. À l’indépendance, l’Algérie, qui a remplacé la France, fait pire. Slimane Azem, Lhasnaoui, Bessaoud Mohand Aarav, Muhia, Ait Ahmed, Ali André Mécilie, Boudiaf, à un moindre degré, Ils étaient les premiers à subir cette humiliation. Aujourd’hui, parce que nous n’avons pas su corriger nos errements stratégiques, l’amertume de l’exil nous guette tous, sans aucune exception. Cette tragédie me rappelle aussi l’exil par étape, vieux de plusieurs millénaires, des Hébreux vers Babylone.

Tamurt.info : Certains pensent que le projet de l’indépendance de la Kabylie relève de l’utopie. Ils disent que les Kabyles eux-mêmes sont en majorité contre ce projet et aucun pays au monde ne soutient les mouvements indépendantistes de Kabylie ? Que répondez-vous à ceux-là ?

Les peuples sont capables de relever des défis qu’on croyait impossible. Les Kabyles dans leur écrasante majorité refusent la tyrannie algérienne. Ils cherchent à vivre libres et dignement. Les activistes kabyles sont nombreux mais ne constituent pas la majorité du peuple kabyle. Si c’est le sens de ta question, je te rappelle à titre d’exemple que les Algériens étaient, selon l’historien Mohamed Harbi, dans leur très grande majorité, contre l’indépendance de l’Algérie. Hélas, les luttes sont ainsi faites. Pour le soutien des pays étrangers, il faut savoir que l’ordre mondial est en plein mutation. Le président de la Russie dont le pays est membre du conseil de sécurité de l’ONU est aujourd’hui recherché pour crime contre l’humanité. Cela appelle, comme nous l’avons dit, il y a quelques années, à un nouvel ordre mondial qui verra, nous en sommes persuadés, la Kabylie et d’autre peuple comme les Kurdes reconnues par tous les pays de la planète. En attendant, soyons nombreux demain à la place de la Bastille, Paris, pour la marche de Tafsut et pour dire au monde que nous sommes indépendantistes mais pas terroristes.

Propos recueillis par Akli F.

5 Commentaires

  1. La guerre en Ukraine devient ingérable et le Brics est donné en croissance. C’est donc le moment d’ouvrir un autre front. Le ventre mou, l’Afrique du Nord, qui repose sur une identité floue, s’offre comme chair à canon des visées des puissances. Hier, comme par hasard, une « polititologue arabo-francaise », tout un symbole, met dans la perspective une potentielle guerre entre Maroc et Algérie.

    C’est dans la continuité des jeux stratégiques d’autrui que cette convocation des associations qui se réclament être Kabyles- sans être mandatées, vont crédibiliser la farce du régime marocain, autant illégitime que son jumeau algérien.

    Dites alors à votre ami le roi que la Kabylie, en cas de guerre- que nous n’espérons pas et prions tous les dieux pour que cette guerre n’ait pas lieu-, que si pour servir les dessins des puissances, vous décidiez, cette fatalité nous sera imposée, sachez que comme en 63 nous serons du côté de la Numidie, malgré les différends avec le régime algérien, qui du reste quand il nous tapait dessus fut votre allié dans le « magreb arabe ».

    Pendant que vous y êtes, dites lui de cesser sa guerre de l’opium qui ruine des jeunes et moins jeunes, qui souffrent déjà de l’oppression de tous les intergrismes.

    Les peuples d’Afrique du Nord ne doivent pas se laisser trainer dans la guerre, qui sert juste à cacher les piètres résultats des deux régimes. Plutôt dépasser les clivages et penser une République fédérale nord africaine. Un peuple, ce sont des racines et une culture endogène sur laquelle faire reposer un projet sociétal vrai, durable et qui ne peut qu’être solidaire. Du reste les peuples d’Afrique du Nord sont mêlés, des Sahraouis d’origine sont devenus Kabyles ces marabouts sont laïcisés en Kabylie, et le modèle fédératif est fonctionnel.
    Croire qu’en s’alliant aux puissants en client, vous deviendrez puissants, c’est un errement qui a toujours mené les peuples à choisir son futur occupant.

    La Kabylie refuse de s’offrir en chair à canon et se propose comme modèle et solution pacifique solidaire unitaire..

  2. j espere qu un jour la kabylie sera libre et indepandente je sais qu elle ne le sera de mon vivant malheureusement. mais pensez vous que le pacifisme suffisent et qu ils ne faillent pas se battre arme a la main?

    • Les armes? Cela servirait à désarmer la victoire politique Kabyle gagnée grâce à son intelligence. La prise de conscience généralisée est le signe tendanciel de la liberté. Désormais, c’est à l’Algéristan de se Kabyliser, non pas par la force, mais par la conviction que la nôtre est la juste solution. En plus, le régime n’attend que cela pour justifier le recours à l’oppression.
      Avec la Kabylie, l’État n’a pas besoin de compter sur le militaire pour s’affirmer, par contre l’arabislamisme ne produit pas de culture d’État, ce qui rend la dictature impérative, avec des couts humains et économiques incalculables.
      L’État Kabyle repose sur la responsabilité citoyenneté où l’État est au service du peuple et pas l’inverse, ce qui crée et renforce le féodalisme.

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