Détenus d’opinion : Le communiqué de Mokrane Aït Larbi jugé « regrettable »

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Les détenus kabyles
Les détenus kabyles

KABYLIE (TAMURT) – Dans un communiqué posté, lundi 13 décembre, sur sa page Facebook, l’avocat et militant des droits de l’Homme, Mokrane Aït Larbi, a appelé à la libération des détenus d’opinion, en citant particulièrement Hamou Boumedine, Aït Chebib Bouaziz, Amar Khodja Belaïd, Bacha Boussaâd et Azem Hocine, dont il assure la défense en compagnie d’autres avocats. Il s’étonne du fait que ces militants ne soient pas encore auditionnés, alors que quatre mois se sont écoulés de l’ouverture de l’enquête préliminaire. Toutefois, ce que déplorent certains observateurs est le motif avancé par ce célèbre avocat pour réfuter les accusations portées sur ces détenus. Il le résume par le fait qu’ils n’appartiennent plus au Mouvement indépendantiste kabyle (MAK), comme si en faire partie constitue en soi un délit.

« Cette affaire se résume au fait que les accusés appartenaient à un mouvement pour l’autonomie de la région de Kabylie, et quand ce mouvement avait mué vers une organisation indépendantiste, toutes ces personnes se sont aussitôt retirées, en dénonçant publiquement cette organisation, avec la conviction que l’Algérie, pour laquelle des milliers de martyrs de la région ont sacrifié leur vie, ne peut être qu’unie et indivisible ». C’est par ces propos que maître Mokrane Aït Larbi tente de prouver le non-fondé des charges retenues contre les militants Hamou Boumedine, Aït Chebib Bouaziz, Amar Khodja Belaïd, Bacha Boussaâd et Azem Hocine. Ainsi, pour l’ancien directeur de campagne du général à la retraite Ali Ghediri, candidat à la présidentielle algérienne de 2019, la justice algérienne doit libérer ces détenus parce que tout simplement ils n’appartiennent plus au Mouvement pour l’Autodétermination de la Kabylie, classé par Alger dans sa liste des « organisations terroristes » le 18 mai dernier.

En clair, maître Mokrane Aït Larbi explique le non-fondé des charges retenues contre ces cinq militants kabyles par leur démission du MAK, qui prône sans détour l’indépendance de la Kabylie. Dans ce cas, on est en droit de se poser les questions suivantes : approuve-t-il la classification du MAK comme « organisation terroriste » par le Haut Conseil de Sécurité de l’Algérie ? Et, quelle serait sa position par rapport aux militants indépendantistes interpellés par le régime algérien et qui assument pleinement leur appartenance à la mouvance prônant l’indépendance de la Kabylie (MAK et URK) ?

Réagissant à ce communiqué, maître Allaoua Benabdeslam, avocat au barreau de Vgayet, a regretté la sortie de son collègue. « C’est regrettable la publication d’un communiqué par le grand avocat Mokrane Aït Larbi concernant quelques détenus, où il semble justifier le non fondement des accusations retenues contre eux par leur retrait du mouvement indépendantiste le MAK. Je l’interroge : quelle est la définition du terrorisme pour toi maître ? », a posté maître A. Benabdeslam sur sa page Facebook. A noter que parmi ces cinq détenus, seul Hamou Boumedine appartient à un mouvement (Rassemblement pour la Kabylie) qui revendique encore et clairement un statut d’autonomie à la Kabylie. En outre, dans une déclaration commune, attribuée à ces cinq détenus et rendu public le 24 juillet dernier par le biais du même avocat, ils ont déclaré ceci : « Nous réaffirmons avec force les convictions politiques plurielles que nous avons toujours défendues publiquement et pacifiquement. Dans leur diversité, ces opinions relèvent du débat citoyen et non de la justice pénale ».

Pour rappel, arrêtés fin juin 2021, ces cinq militants kabyles ont été présentés devant le juge d’instruction près le tribunal de Draâ El-Mizan, lequel avait ordonné le transfert de leurs dossiers au tribunal de Sidi M’hamed, à Alger, qui a ouvert une enquête préliminaire le 8 août 2021. Pas moins de six chefs d’inculpation ont été retenus contre les prévenus, à savoir « incitation à la haine entre citoyens avec appel à la violence », « atteinte à l’unité nationale », « atteinte au bon fonctionnement des institutions à travers la création d’un climat d’insécurité en milieu populaire », « constitution et appartenance à une organisation qui tombe sous l’article 87 bis du code pénal », « incitation et usage de tous les moyens pour arriver au pouvoir, à travers des moyens non constitutionnels » et enfin « usage de moyens technologiques pour des objectifs de propagande d’une organisation terroriste d’une manière directe ou indirecte ».

Par ailleurs, maître Mokrane Aït Larbi estime dans son communiqué que les charges retenues contre ces cinq détenus sont « exagérées » et donc « infondées ». « Est-il possible que ces personnes s’adonnent à toutes ces actions, et depuis longtemps, sans que cela suscite la réaction des autorités », s’est-il interroge, tout en demandant « la libération immédiate » de ces cinq militants et « de tous les détenus politiques ».

Arezki Massi

4 COMMENTS

  1. On ne devient pas avocat de la défense les droits de l’homme si on est trouillard. Il a sans doute peur de finir à El Harrach lui aussi. Le mérite d’une dictature si elle en a un, c’est au moins de montrer l’étendue de la lâcheté humaine qui pousse la majorité à courber l’échine et le courage de ceux ,en si petit nombre ,qui l’affrontent.

  2. Le problème de l’Algérie en général et de la Kabylie en particulier c’est la lâcheté de son élite.
    Notre pseudo élite est motivé essentiellement par ses intérêts personnels.
    C’est des personnalités malheureusement sans convictions avec aucun sens du sacrifice.
    Ces gens sont rentrés dans les rangs par peur de se retrouver eux aussi en qualité de victimes du pouvoir militaire qui n’accepte désormais aucune voix discordante.
    Chez nous on dit c’est dans les moments difficiles qu’on voit les vrais hommes .IRGAZEN.
    C’est pathétique.

  3. Tous ces gens ( mokrane ait larbi et consorts) sont atteints de cécité politique et développent inconsciemment une haine de soi, reprenant le discours du régime colonial algérien pour justifier leur comportement honteux.

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