Droit de réponse d’Abdennour Abdesselam suite à notre article sur le « Patrimoine littéraire kabyle »

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Abdennour Abdesselam

(DROIT DE REPONSE D’ABDENNOUR ABDESSELAM) – Pour toute franchise j’avoue n’être pas un lecteur assidu de votre Canard électronique. C’est donc par un pur hasard de circonstance que j’ai appris par un ami (lui aussi journaliste comme moi) que vous avez mis en ligne le 5 juin en cours un texte se rapportant au F.D.B (Fichier de Documentation Berbère) créé par la mission Chrétienne des Pères blancs. Vous m’y avez cité mais avec une extrême inexactitude et troncation de la vérité du fait.

Vous avez écrit au troisième paragraphe ceci: « on apprend que Abdenour Abdeslam, le président du Bureau régional du RCD et Ould Ali Lhadi, le président de l’Association Si Muḥend u Mḥend ont éparpillé qui à ses amis, qui à ses ouailles du secteur associatif, des dizaines et dizaines de volumes de ce précieux patrimoine littéraire sans équivalent… » D’emblée je note que vous n’êtes même pas certains de ce que vous avancez puisque vous utilisez le ouï-dire. Cela me rappelle la chanson de Sliman Azem « Akkagi d-yeffeɣ lexbaṛ » une chanson qui traite en fait de radiotrottoir. Or un journaliste a le devoir de la vérité et pour ce faire il devrait au moins se rapprocher du ou des concernés sur quelque sujet que ce soit. J’ose donc user de mon droit de réponse pour démentir et votre texte incertain et votre source hasardeuse et éclairer ainsi l’opinion publique sur le sujet.

Voici ci après quand, avec qui, où et comment ont été levés réellement les scellés posés sur le Fichier F.D.B. par la police en 1972.
Le 28 octobre 1988 j’ai eu l’immense honneur (courage aussi) de rouvrir le cours informel de langue berbère à la faculté d’Alger centre. Cette initiative avait été prise par de jeunes étudiants qui ont su exploiter l’étroite ouverture survenue sur la scène politique suite aux événements du 5 octobre de la même année. Pour rappel ce cours informel (il ne faisait pas partie de ce qui était le programme officiel du ministère de l’enseignement supérieur) avait était repris par Dda Lmulud Mammeri en 1966 puis reconduit par Salem Chaker en 1980 et enfin plus tard par Mestapha Benkhemmou. L’amphithéâtre n’a jamais désempli à ce cours que j’animais tous les lundis. Des étudiants de Boumerdes sont venus me voir à mon bureau d’Alger où je travaillais pour me demander de créer un autre cours au sein de leur université ce qui fut fait tous les mercredis. Le journal Horizon avait traité de cette reprise du cours. Par manque de supports pédagogiques je pris contact avec le Père blanc responsable de l’établissement situé à la Rue des Fusillés jouxtant les bâtiments de la Banque d’Algérie au ruisseau devenu Belouizdad. Les scellés étaient encore portés sur la porte. Mon vis-à-vis me donna un « tuyau » d’aller voir le cardinal Duval au diocèse de Notre Dame d’Afrique situé prés de Bab El Oued, alors seul personnalité da la hiérarchie ecclésiastique capable d’ordonner la levée des scellés.

Ma rencontre avec le Cardinal était extraordinaire dans la mesure où j’ai trouvé en lui un homme soutenant les causes justes et donc très acquis à la cause berbère. Il m’a donné l’assurance de prendre les contacts nécessaires pour « libérer » le Fichier. En effet quelques jours plus tard je reçois un coup de fil de lui m’annonçant que je pouvais donc récupérer un exemplaire du Fichier.
A ma deuxième visite à la rue des fusillés le dimanche 13 novembre 1988 je constate que les scellés étaient encore en place mais que j’étais autorisé moi-même à les lever. Après réflexion j’ai remis le rendez-vous au mardi 15. Le lundi 14 novembre j’informe les étudiants de l’heureuse nouvelle. C’est alors que je donne rendez-vous à 10 étudiants (5 filles et 5 garçons) pour m’accompagner à la rue des fusillés. J’ai pris une partie d’entre eux dans ma voiture et j’ai loué un taxi pour les autres. Arrivés sur les lieux j’ai choisi une étudiante pour arracher les scellés ce qui fut fait ; le choix d’une femme pour « libérer » le Fichier obéissait à un de nos proverbes qui rend hommage à la femme kabyle et qui dit « Tameṭṭut tesâedday laânaya ». A notre grand étonnement nous entrâmes dans une toute petite pièce qui ne contenait, contrairement au nombre exagéré que vous avez annoncé, que quelques 20 exemplaires du fichier FDB constitués de 90 ouvrages chacun aussi divers que variés et portant sur des études de la Kabylie et de la société Kabylie. Comme par hasard de calendrier ce mardi 15 novembre 1988 le leader palestinien Yasser Arafat venait de proclamer la naissance de l’Etat Palestinien à Alger. Nous avons pris un seul exemplaire que j’utilisais aussi bien à la fac d’Alger qu’à celle de Boumerdes pour lecture de textes.
Au début de 1989 je retire deux autres exemplaires que j’ai remis à l’association Ssi Muhand Umhend présidée alors par le docteur Farid Hamladji (Lhadi Ould Ali n’avait pas encore apparu sur la scène culturelle étant très jeune alors) et à l’association Timlilit d’Ait Yanni présidée par maître Djender. Ce sont les deux seules associations culturelles qui existaient en ce temps. Par la suite j’ai remis un exemplaire à l’association Agwdal du nom du même village situé dans la région d’At Wasif. J’ai également remis un exemplaire à Matoub Lounes et un autre à Ferhat Mhenni. Il me peine d’avoir lu que vous les avez qualifié très maladroitement (même involontairement) de « ouailles ». Mais votre erreur peut être excusée pour n’avoir pas fait un véritable travail de journaliste car en journalisme on a le devoir de vérité et pour ce fait vous auriez dû être un peu plus précautionneux car la vérité est tout autre sauf à vouloir semer l’intrigue sur la personne. Vous avez une façon peu courtoise de remercier vos aînés de militants. Bref, je n’ai donc retiré tout au plus que 6 ou 7 exemplaires et pour lesquels je garde encore quelques accusés de réception des remises. De plus je précise que pour chacun des lots retirés à la rue des Fusillés je signais un bon de sortie. Les archives peuvent être encore consultées au 5 rue des Glycines. Bien plus, c’est grâce à mon action que Mr Kahlouche, alors responsable du département Amazigh à l’Université de Tizi-Ouzou, a pu lui aussi retirer un exemplaire pour les besoins de la bibliothèque. Mr Kahlouche est encore en vie vous pouvez alors le contacter. Voyez que si vous m’aviez interrogé directement sur le sujet vous auriez eu la primeur d’annoncer un fait d’une haute valeur historique vérifié et vérifiable.

Je vous informe par ailleurs que j’ai été membre adhérant de l’ex FDB devenu après la pose des scellés : le F.P (Le fichier Périodique) sous la direction du Père Resseink qui me recevait au 5 rue des Glycines sur les hauteurs d’Alger accompagné de mes amis du lycée Abane Ramdane d’El Harrache où nous étudions tous. Je veux citer ici Selmoune Yousef de Beni Bouala, Nait Saada d’Ait Menguellat, Ahmed Zerar en formation aux PTT d’Agwni Geghrane entre autres résidents tous à Tizi-Ouzou aujourd’hui et faciles à contacter.
Pour ce qui est du dévouement de la mission chrétienne pour la chose berbère comme vous l’avez rapporté dans votre texte je me dois de vous dire de ne pas etre naïfs. Détrompez-vous car sauf quelques rares exceptions cette mission des années 40 a changé aujourd’hui d’épaule au fusil. En effet bien de ses membres ont une nouvelle attitude assez mitigée vis-à-vis de la question berbère à l’exemple de Monseigneur Tessier et le révérant Père Lanfri plutôt portés sur la langue arabe. J’ai rencontré ce dernier en sa demeure dans une région parisienne du côté de Villejuif et l’ai questionné à propos des suites de l’ancien FDB ; il me répondit qu’il avait tout déposé à l’Institut du Monde Arabe de Paris. Notez que les études de la langue berbère sont également classées à l’INALCO (entendre les langues orientales). Constatez par vous-même que nos « amis » français nous ont historiquement classés comme faisant partie du monde arabe avec lequel pourtant nous n’avons rien à voir. Constatez qu’en France où la langue berbère et considérée comme étant la deuxième langue du pays par le nombre de ses locuteurs (je tiens cette information directement de Mr Jaques Lang rencontré à l’assemblée Nationale lors du passage à Paris de la caravane et à laquelle j’ai pris part en 1998 expliquant ce qu’était la cause berbère en Algérie), l’Etat français ne s’est à ce jour nullement empressé de créer la plus petite maison de la culture berbère.

PS : Votre correspondant a également annoncé que j’aurais retiré les exemplaires du FDB en 1995 en tant que president du bureau regional de Tizi-Ouzou du RCD or il est de notoriété publique que j’avais  déjà démissionné de ce parti trois années auparant  c’est à dire en 1992. Si vous me communiquez le nom de votre correspondant j’irais deposer plainte à TAJMAAT de son village et l’affronter publiquement. Car de là à deposer plainte contre un kabyle auprés de la justiqce du pouvoir cela n’est pas ma tasse de café.

Depuis la Kabylie, le 11 juin 2016
Confraternellement
Abdennour Abdesselam.