La Kabylie peut-elle se passer de son autonomie ?

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L'agriculture en Kabylie
L'agriculture en Kabylie

CONTRIBUTION (Tamurt) – Souvent, cette question se transforme spontanément en sujet économique. Certains jurent par tous les saints qu’ils ne céderont pas un pouce de terrain à ce pouvoir criminel. Le pétrole et le gaz du Sahara sont après tout une richesse du sous-sol du pays appartenant à tous les Algériens. D’autres vont plus loin en affirmant que c’est peut-être même ce que souhaitent les décideurs pour ne pas avoir à partager le gâteau.

À s’en tenir à ces échanges, le souci économique se résume au partage de la recette de l’exportation des hydrocarbures qui constitue la seule richesse du pays. À part l’exploitation de cette énergie fossile dont l’épuisement est annoncé, le pays ne produit rien d’autre. Au regard de la stratégie économique actuelle du pays, même à long terme, aucune autre ressource de devise n’est sérieusement envisagée. Cette inquiétude demeure légitime. Elle l’est d’autant plus que le peuple kabyle s’efforce d’éviter les chemins hasardeux et sans lendemain. De l’avis de tous, la région ne profite pas du pétrole algérien, néanmoins, elle continue à entretenir l’illusion d’en bénéficier le jour où ses dividendes seront équitablement répartis. Bien que le projet de l’autonomie de la Kabylie prévoie le versement à la Kabylie de sa part de la manne pétrolière au prorata de ses habitants, il apparait clairement que lier la question de l’autonomie de la Kabylie à cette instable et incertaine source d’argent est un leurre. Surtout quand un tel argument émane de ceux qui, contre vents et marées, essaient de placer le pays sur les rails de la démocratie. Il en est ainsi, car en l’absence de démocratie où chaque dinar est comptabilisé, judicieusement investi selon la volonté du contribuable, l’argent profite uniquement aux mafieux et aux barons du pouvoir pour fidéliser leur clientèle et perpétuer leur autorité. Ensuite, les sondages indiquent de façon unanime que dans les pays comme l’Algérie, qui dépendent entièrement de l’exploitation des hydrocarbures, la richesse se retourne inéluctablement contre les démocrates. Plus le prix du pétrole augmente, les probabilités d’une ouverture démocratique diminuent. En Algérie, cette conclusion est une constante. Chaque fois que les recettes du pétrole augmentent, l’argent est hâtivement dépensé dans l’achat d’armes de répression et pour arabiser voire islamiser violemment la Kabylie.

Et puis, la Kabylie possède un liquide beaucoup plus précieux. Plus stable et inépuisable : l’eau. De l’avis de nombreux spécialistes, cet or bleu sera le principal enjeu stratégique du 21e siècle. Les prochains conflits ne se déclencheront pas pour contrôler les puits de pétrole, mais pour le contrôle des sources d’eau. L’accès à l’eau deviendra l’une des causes principales des tensions dans le monde. Il sera alors un instrument de puissance politique. En Kabylie, ce n’est pas « tiliwa » qui manquent.

Pourtant, « la question de la marmite » surgit tel un leitmotiv: « mais qu’allons-nous manger avec l’Autonomie? »

L’explication est pourtant toute simple; pas moins que ce que nous mangeons aujourd’hui. Lahmis s uɣrum, seksu, lulbia, laɛtas, lmaqarun, les frites, amekful, clata etc. Avec un peu de persévérance, la table serait même mieux garnie. Il en sera ainsi, car ce que nous consommons aujourd’hui est essentiellement cultivé en terre kabyle.

Malgré la générosité des entrailles n tmurt, bien des Kabyles demeurent encore sceptiques quant à la capacité de la Kabylie à les nourrir. Mais ne dit-on pas, pour reprendre une expression de la célèbre romancière britannique Jeannette Winterson, que ce que l’on risque révèle ce qu’on vaut.

En attendant, nous sommes tous conscients que la responsabilité de ne rien entreprendre est bien plus grande que celle qui consiste à chercher une issue.

10 COMMENTS

  1. Bonjour à tous, je voudrais apporter ma petite et modeste contribution au débat très intéressant concernant l’autonomie de la Kabylie. En effet, il me semble très important qu’au delà des mots, il soit urgent de répertorier tout ce qui entre dans le cadre de la création d’une économie. Toutes les données doivent être étudiées et reliées entres elles. C’est un vrai travail d’économiste, mais aussi de démographe, climatologue, linguiste, et au delà encore beaucoup plus de compétences. Actuellement, nous sommes dans notre grande majorité incapables de définir le territoire géographique kabyle de manière concrète et par là établir la situation démographique de cette région. Il me semble que le potentiel agricole de cette région doit également être évalué de façon sérieuse et comparé aux possibilités futures en termes d’exploitation. L’eau est un enjeu énorme, là aussi une étude pointue doit être réalisée tout en étant reliée au reste. Je pense que le tourisme est une des voies les plus porteuses dans une région pareille (littoral, montagne, villes) à condition de satisfaire à certains critères notamment dans le domaine de l’investissement et la formation. Certaines infrastructures comme le port et l’aéroport de Bejaïa mais aussi les barrages réservoir, les routes sont d’une grande importance. N’oublions pas l’artisanat local également riche et pourvoyeur de richesses futures. Je finirai en disant que l’immigration Kabyle et les liens que celle-ci entretient avec le pays d’origine est une donnée ESSENTIELLE à tous points de vue pour le futur de la Kabylie. L’appel est lancé aux économistes compétents qui connaissent parfaitement cette région. Je vous souhaite à tous et à toutes une bonne réception.

  2. Afroukh
    De retour pour ajouter une chose qui me paraît très importante. Je crois qu’il n’est pas du tout indiqué d’entretenir une animosité quel-qu’elle soit avec le reste de la composante Algérienne. Je crois très sincèrement que nombre de non-Kabyles (si ce n’est la presque intégralité) nous attendent dans ce que nous représentons de mieux et de grand. C’est ainsi qu’ils nous considèrent, ne tombons pas dans la paranoïa qui consiste à croire que nous sommes haïs de tous, ce n’est pas vrai ! Il y a du bon et du moins bon partout de même que les potentialités côtoient les insuffisances également en tout points. Soyez fiers de ce que nous sommes et restons ouverts. Tanmirth

  3. A la lecture de vos commentaires, je me vois interpellé à contredire certaines de vos theses!

    Je voudrais vous faire observer que la presque totalité de vos commentaires se basent sur l’idée que le probleme auquel doit faire face la kabylie est d’ordre économique! est-ce vraiment le cas?

    Réfléchissez un moment et vous verrez de vous meme qu’il est d’ordre psychologique!

    Par la meme occasion, je refute catégoriquement l’idée d’une kabylie prospére avant l’arrivée des envahisseurs( peu importe leur origine), doit-on comprendre que la misére a reussi à coloniser la prospérité? quelle absurdité!

    De l’autre, monsieur nous apprend que les kabyles sont capitalistes. Prétendez-vous par là que le capitalisme est le modèle qui sauvera la kabylie?
    Regardez monsieur! que ce soit dans le monde, ou en kabylie prise séparément, il y a assez pour couvrir tous les besoins de ses habitants, mais ne vous leurrez jamais à croire qu’il existe une abondance illimité, donc pour couvrir L’AVIDITE DE TOUS.
    Or, le capitalisme se trouve etre justement le moteur qui nourrit ce modéle qui se repose sur l’avidité éffréné et, en conséquence, il n y aura jamais assez pour tous. Ce qui conduira inéluctablement vers le retour à la case départ! est-ce clair pour vous monsieur?

    Ceci dit, il n’est pas dans mon intention de justifier la légitimité ou non légitimité de l’autonomie. c’est simplement une invitation à reconsidérer certaines vérités prises pour des constats de faits.

    Avancons!
    Un passant

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