Violations en Kabylie: La Commission africaine des droits de l’homme demande des explications

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La Cour africaine des droits de l’homme
La Cour africaine des droits de l’homme

ALGERIE (TAMURT) – Dans une Lettre d’appel conjointe, adressée à M. Abdelmadjid Tebboune, la Commission Africaine des droits de l’homme et des peuples et le Commissaire rapporteur sur la situation des droits de l’homme en Algérie demandent instamment au président algérien des éclaircissements sur des accusations de violations des droits humains en Kabylie, a indiqué le Congrès Mondial Amazigh (CMA) dans un communiqué publié le 30 novembre dernier. Cette ONG, qui défend les intérêts des peuples de Tamazgha, avait fourni un rapport détaillé à la Commission africaine sur la répression féroce et les exactions du régime algérien en Kabylie.

Le travail de dénonciation et de sensibilisation auprès des instances internationales sur la répression féroce qui s’abat sur la Kabylie depuis le mois de mai dernier, mené par le Congrès Mondial Amazigh, commence à donner son fruit. En effet, la Commission Africaine des droits de l’homme et des peuples et le Commissaire rapporteur sur la situation des droits de l’homme en Algérie, tout en se basant sur un rapport remis à la Commission par le CMA, ont demandé au président algérien, Abdelmadjid Tebboune, de donner des explications sur les accusations graves portées à l’encontre de son gouvernement. C’est ce que révèle un rapport d’activité intersession du Groupe de travail sur les Populations/Communautés autochtones et les Minorités en Afrique, publié à l’occasion de la 69ème Session ordinaire de la Commission africaine des droits de l’homme et des peuples, qui se tient du 15 novembre au 5 décembre 2021 et dont Tamurt.info s’est procuré une copie.

« La Lettre d’appel conjointe demande instamment au gouvernement algérien, entre autres, de fournir des éclaircissements à la Commission concernant les allégations mentionnées ; de mener, sans délai, des enquêtes rapides et impartiales sur les allégations et de tenir responsables les auteurs des incendies ; de garantir des réparations complètes et effectives pour les préjudices subis par les victimes, pour la perte de propriété et de vie ; d’assurer un procès équitable aux personnes détenues sans procès », a-t-on lu dans ledit rapport.

Par ailleurs, la Commission africaine a demandé dans la lettre adressée au président algérien, le 27 septembre dernier, « de se conformer aux dispositions de l’Observation générale n° 3 sur le droit à la vie, notamment en ce qui concerne l’obligation de rendre comptes ; et, d’une manière générale, de respecter la lettre et l’esprit de la Charte africaine, de l’Observation générale n° 3 sur le droit à la vie, ainsi que des autres instruments pertinents relatifs aux droits de l’homme auxquels l’Algérie est partie ».

Dans ses rapports mensuels remis à la Commission africaine en mai, juin, juillet et août, le CMA avait dénoncé le classement par l’Algérie le 18 mai 2021 du Mouvement pour l’Autodétermination de la Kabylie comme « organisation terroriste », l’arrestation arbitraires des militants des mouvements indépendantistes, tout en précisant qu’au moins cent soixante (160) Kabyles sont actuellement emprisonnés sans procès. L’ONG avait aussi critiqué la gestion chaotique en Kabylie de la crise sanitaire liée à la Covid-19, marquée par le blocage de la livraison de respirateurs envoyés par la diaspora kabyle en Europe. Elle a également soulevé la question des feux criminels perpétrés au mois d’août en Kabylie, lesquels avaient fait 250 morts et des dégâts matériels incommensurables. Le gouvernement algérien s’est illustré durant cette tragédie par son refus de l’aide humanitaire internationale pour éteindre les incendies.

Tout en demandant donc des éclaircissements sur ces accusations, la Commission africaine a tenu à informer le gouvernement algérien dans sa lettre « (…) que si les allégations étaient exactes, le gouvernement algérien serait en violation de l’article 4 sur le droit à la vie ; de l’article 6 sur le droit à la liberté et à la sécurité de sa personne, et le droit de ne pas être arrêté ou détenu arbitrairement ; de l’article 7 sur le droit à un procès équitable ; de l’article 9 sur le droit à l’information et le droit d’exprimer et de diffuser ses opinions ; de l’article 10 sur le droit à la liberté d’association ; de l’article 14 sur le droit de propriété ; de l’article 16 sur le droit à la santé ; de l’article 19 sur le droit de tous les peuples à l’égalité et aux droits ; et de l’article 20 sur le droit à l’autodétermination », souligne le rapport de la Commission africaine.

Le CMA salue « une initiative courageuse »

La démarche de la Commission africaine qui a envoyé une lettre au président algérien pour lui demander des explications sur les accusations de répression en Kabylie portées contre son gouvernement a été saluée par l’ONG amazighe. « Le Congrès Mondial Amazigh (CMA) qui a le statut de point focal pour la région Afrique du nord pour la Commission Africaine des droits de l’homme et des peuples, se réjouit de cette initiative courageuse de la Commission Africaine et du Commissaire rapporteur sur l’Algérie.

Le gouvernement algérien est sévèrement rappelé à l’ordre concernant les tragédies qu’il a fait subir et qu’il continue de faire subir à la Kabylie. Selon le règlement de la Commission Africaine, le gouvernement algérien est tenu de répondre impérativement à cette lettre et aux graves allégations qui y sont mentionnées », a déclaré le CMA dans son communiqué rendu public la semaine dernière, tout en promettant d’être « vigilant sur le suivi de ce dossier auprès de la Commission Africaine ».

Arezki Massi

Le rapport d’activités de la Commission africaine

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