Aokas : L’association Azday Adelsan menacée de dissolution

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1er siège d'Azday Adelsan U Weqqas
1er siège d'Azday Adelsan U Weqqas

VGAYET (TAMURT) – La répression culturelle instiguée par le régime algérien revient en force en Kabylie. Après l’interdiction faite aux universitaires kabyles Said Chemakh et Amar Laoufi, début octobre, de prendre un vol depuis l’aéroport Houari Boumediene vers Paris pour assister à un colloque international sur le théâtre berbère à la Sorbonne, l’annulation d’une conférence sur tamazight à At Laqsar (Tuvirett), vendredi dernier, l’administration coloniale à Vgayet veut dissoudre une association culturelle à Aokas pour un motif que ses membres jugent « fallacieux et infondé », à savoir leur implication dans une prétendue campagne d’évangélisation.

Alors qu’elle s’apprête à reprendre ses activités, l’association Azday Adelsan n Uweqas vient de recevoir « une notification l’informant qu’elle fait objet d’une poursuite judiciaire à dessein de sa dissolution à cause d’une plainte non fondée pour une accusation farfelue et injustifiée », a indiqué le bureau de cette association dans un communiqué rendu public, hier samedi. L’administration coloniale algérienne accuse les membres d’Azday Adelsan « de se cacher derrière l’association pour la propagation du christianisme en distribuant des CD et des dépliants dans les communes d’Aokas et de Tizi N’Berber ». Une accusation que les mis en cause réfutent et rejettent en bloc. « Azday n’a jamais publié quoi que ce soit, qui soit en contradiction avec les objectifs qui lui soient assignés, depuis sa création, encouragé ou soutenu aucun travail en relation avec la religion de quelque tendance que ce soit », ont rétorqué les responsables de cette association, tout en dénonçant une accusation « fictive, montée de toutes pièces, et qui ne repose sur aucune preuve ». A noter que cette association a été notifiée sur la plainte déposée contre elle par les services du wali de Vgayet, le 25 septembre dernier, par le biais d’un huissier de justice. La date du procès est programmée pour le 11 octobre prochain, selon la même notification. Un collectif d’avocats s’est déjà constitué pour défendre Azday Adelsan. « (…) Ils plaideront devant le juge que depuis sa création Azday Adelsan n Weqqas n’a fait qu’inculquer dans l’esprit de ses adhérents et de la société en général, cette envie de retourner dans le passé, la recherche et l’enseignement de tamazight, théâtre, chorale, chant, dessin et peinture », a-t-on assuré.

Une association qui dérange

La répression culturelle dont est victime Azday Adelsan n Weqqas ne date pas d’aujourd’hui. En 2017 déjà, ses membres ont été empêchés d’organiser pas moins de six conférences. En effet, en janvier de cette année-là, une conférence que devait animer le linguiste et écrivain Larbi Ahioun autour de «La langue kabyle dans la littérature et la science» a été empêchée. Le 04 mars de la même année, la rencontre prévue avec l’anthropologue kabyle Younès Adli sur «La pensée kabyle», a été également empêchée de façon musclée. Le régime algérien avait même dépêché les forces de l’ordre pour encercler le centre culturel d’Aokas, qui devait abriter l’évènement. Fin mars, une autre conférence que devait donner l’universitaire Benhaïmi Loubna sur «Les mythes fondateurs des sociétés» a été interdite par les autorités locales.

Le 15 avril 2017, l’association Azday Adelsan avait programmée une autre rencontre avec Farida Boualit et Renia Aouadene pour rendre hommage à Nabil Farès. Toutefois, l’évènement n’a pas eu lieu à cause d’une interdiction émanant de l’administration algérienne. Une semaine après, soit le 20 avril, qui coïncide avec la célébration des printemps kabyles 80/81 et 2001 (printemps noir), les autorités algériennes avaient encore une fois refusé de délivrer une autorisation à l’association concernée pour organiser une conférence de l’écrivain Yacine Hebache sur le thème : «Matoub Lounès, le chemin de la liberté».

Par ailleurs, et toujours en 2017, l’écrivain et photographe Armand Vial a été invité à Aokas pour parler de son roman «Mon chemin de terre». Mais, les membres d’Azday Adelsan ont été empêchés d’organiser l’évènement, alors que le même auteur avait animé, le même jour, un café littéraire au Théâtre régional de Vgayet.

Aksil K.

2 COMMENTS

  1. Depuis qu’il y a la guerre en Ukraine et que les Occidentaux ont besoin davantage de l’Algérie et de son gaz et ressources pétrolières , le régime bananier à la tête du pays se sent comme adoubé par le silence bienveillant des instances internationales .Il peut alors mener à bien sa politique répressive , particulièrement agressive envers la Kabylie, dernier bastion en Algérie contre la dictature.

  2. Arabisation et islamisation forcé, plus encore  » BSIF = épée arabe sur la tête « , ce mot Kabyle ( Amazigh ) ne date pas d’aujourd’hui, il a bien une explication avec l’invasion arabo islamique de l’Afrique du nord…Le combat continu pour la Kabylie qui n’a plus le choix que d’être un état libre et indépendant, l’idée fait bien son chemin….
    BON COURAGE ET SOLIDARITE AVEC LES DETENUS POLITIQUES KABYLES, PERSECUTES D’OPINION ainsi qu’à toutes leurs familles et amis;

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