Affaire Matoub Lounès : Conférence de presse de Malika Matoub et de ses deux avocats

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KABYLIE (Tamurt) – Le procès expéditif ayant conduit les dénommés Malek Medjnoun et Méhidine Chenoui à une réclusion criminelle de 12 ans a été l’occasion pour Malika Matoub et ses deux avocats, Aïssa Rahmoune et Kaci Rahem, d’animer ce matin une conférence de presse au siège de la Ligue des Droits de l’Homme de Tizi-Ouzou dans le but de rappeler que la partie civile n’est pas concernée par le procès en question et qu’elle le considère comme nul et non avenu en ce qui la concerne car « pour nous, le procès concernant l’assassinat de Lounès Matoub n’a pas encore eu lieu ».

Aussi, les conférenciers ont révélé qu’une plainte contre X sera déposée incessamment. Revenant sur le procès d’hier dans le sens de la critique, Malika Matoub dira que « ce qui est arrivée était en réalité prévisible depuis des années ». La conférencière dira devant un parterre de journalistes que sa mère et elle-même ont décidé de « ne pas participer à la deuxième mort de Lounès Matoub ». La sœur du Rebelle reviendra sur certains détails ayant marqué le rendez-vous d’hier au tribunal, notamment sur son insistance à dénier à sa belle-sœur, Nadia, de se constituer partie civile, « car, explique-t-elle, la famille Matoub est unie et indivisible ». Pour Malika Matoub, elle a déjà remporté une première bataille puisque « le juge a obligé l’autre partie civile (Nadia Matoub NDLR) à se retirer ». La conférencière a insisté sur le fait qu’il n’y a pas eu de « dossier Matoub mais un montage ». Du coup, elle reviendra sur la ferme intention de la famille de sang de Lounès Matoub à déposer une plainte contre X et la remise d’un mémoire « qui contiendra tous les renseignements et informations que nous connaissons sur cette affaire ». « Si la plainte n’est pas reçue, explique-t-elle encore, nous engagerons une autre procédure et, s’il le faut, nous saisirons les instances internationales ». Enfin, la conférencière a affirmé que sa mère et elle-même savaient que le chemin conduisant à la vérité et à la justice serait long mais « nous ne baisserons pas les bras car cela ne fait que renforcer notre détermination à aller jusqu’au bout ». « Les commanditaires et les assassins doivent payer pour leur crime ».

Prenant la parole à son tour, M. Kaci Rahem passera au peigne fin le déroulement du procès ayant conduit à la condamnation de Méhidine Chenoui et Malik Medjnoun. Toute carence, toute anomalie et toute irrégularité ayant entaché ce procès, le conférencier les citera à l’exemple des faits contenus dans l’arrêt de renvoi passé sous silence par le tribunal, la non lecture de l’arrêt de renvoi, la non lecture des questions-réponses devant précéder l’annonce du verdict, le non jugement des complices des deux accusés, etc. Selon M. Kaci Rahem, la préparation de ce procès a été faite dans la précipitation et « en pareil cas, on finit toujours par commettre des erreurs ». Revenant sur le futur dépôt de plainte, le conférencier a déclaré que cela sera fait conformément à l’article 72 du code pénal « et nous insisterons sur nos soupçons ainsi que les 52 témoins que nous avons déclarés en 2008 ». Introduisant de temps en temps un brin d’humour, le conférencier tournera en dérision l’instance judiciaire en charge de ce dossier.

En ce qui le concerne, M. Aïssa Rahmoune est parti du principe selon lequel en toute chose, il y a quelque chose de bon à tirer. Idem donc concernant ce procès de Medjnoun et Chenoui dès lors que « la justice vient de confirmer ce que le peuple algérien pense d’elle ».

M. Rahmoune ira même jusqu’à dire que « ce procès est à inscrire dans le Livre Guinness des Records » comme débâcle. Pour le conférencier, un procès d’une telle dimension politique doit prendre « plusieurs mois pour être traité ». Comme son confrère et camarade, M. Rahmoune a signalé le grave désintérêt manifesté par la justice suite aux déclarations de certains personnages où tantôt l’accusation était portée sur le Groupe Islamique Armé (GIA) et tantôt sur le Département du Renseignement et de la Sécurité (DRS). Ce conférencier ne cache pas ses convictions selon lesquelles les commanditaires et les assassins de Lounès Matoub courent toujours.

Selon M. Rahmoune, pour avancer dans la recherche de la vérité, il s’agit de répondre à trois questions. La première : Pourquoi a-t-on assassiné Lounès Matoub ? La seconde : Comment il a été assassiné ? Trois : Par qui Lounès Matoub a-t-il été assassiné ?

Revenant à la charge, M. Kaci Rahem a estimé que même le juge ayant dirigé le procès de Medjnoun et Chenoui a voulu suggérer de continuer à rechercher la vérité puisqu’il a déclaré que « ce procès n’est qu’une étape ». Effectivement, nous avons bel et bien entendu, hier, le juge dire cela. Toute l’assistance l’a entendu de sa voix amplifiée par mégaphone.

À la question de savoir si Nadia Matoub – témoin privilégié en sus d’être victime – a été sollicitée par la famille de sang du Rebelle pour témoigner sur ce qu’elle savait sur ce qui s’est passé en ce jour du 25 juin 1998 à Thala-Bounane, Malika Matoub dira qu’après leur rentrée de France, soit le 26 ou 27 juin, il nous était impossible pour ma mère et moi d’oser en pareille circonstance lui poser une telle question. « Cependant, ajoute-t-elle, bien plus tard, ma mère a essayé de l’approcher dans ce sens mais elle en a été empêchée par la sœur aînée de ma belle-sœur ».

À la question de savoir si la famille de sang de Lounès Matoub a soupçonné à un moment ou un autre la complicité de Nadia Matoub dans cet assassinat, Malika Matoub a trouvé la parade dans la périphrase. Toutefois, elle parlera de l’existence des trois lettres écrites de la main de Nadia Matoub au cours du mois de mai 1998 ; adressées à elle-même et dont le contenu n’était pas innocent. Continuant sur ce même chapitre, Malika Matoub parlera du premier mensonge de Nadia Matoub à propos de ces lettres ; à savoir que ce n’était pas elle l’auteur et de son aveu fait plus tard devant le juge d’instruction car l’examen graphologique a révélé que les trois lettres étaient écrites par la même main. M. Rahem interviendra à son tour pour souligner que ces lettres sont versées au dossier d’instruction.

S’agissant enfin si les deux avocats sont réellement optimistes de faire éclater la vérité dès lors qu’il s’agit d’un assassinat politique, M. Rahem dira que le côté politique ne l’intéressait pas mais en revanche en ce qui est du juridique, aucun élément ne sera exigé pour faire éclater la vérité. Quant à M. Rahmoune, « plus compréhensif » et « plus sensible » à la question, il s’est contenté d’esquisser un sourire ; sourire reflétant la même réponse.

En aparté, nous avons demandé à M. Rahmoune si la Ligue des Droits de l’Homme compte se saisir du dossier « Lounès Matoub ». Notre interlocuteur nous a déclaré que si la « famille de la victime compte la saisir, la LDD prendra effectivement en charge l’affaire ». « D’ailleurs, nous avons déjà pris en charge les dossiers de Medjnoun et Chenoui », souligne M. Rahmoune qui n’omet pas d’expliquer que la Ligue des Droits de l’Homme agit lorsqu’elle est saisie par quelque partie se sentant victime.

Addenda :

L’affaire Lounès Matoub n’est pas aussi simple que certains esprits pourraient l’imaginer. Il ne faut pas oublier que beaucoup de personnes sont mortes et ont pris le chemin de l’exil par rapport à cet assassinat. Rien que des terroristes repentis, plus d’une dizaine d’entre eux ont perdu la vie. Certains ont trouvé la mort en « marchant sur une mine antipersonnel », d’autres ont trouvé la mort dans « un accident » de voiture. D’autres encore ont retrouvé le maquis et la mort dans « des accrochages ». Des militaires aussi ; et pas des moindres, avons-nous appris, sont morts à cause de ce qui s’est passé à Thala-Bounane en ce jour du 25 juin 1998. Idem concernant des gardes communaux, notamment ceux qui sont arrivés les premiers sur les lieux du crime au cours de cette fatidique journée. Par ailleurs, beaucoup de personnages connaissent la grande vérité sur l’assassinat de Lounès Matoub mais par prudence, ils préfèrent garder le silence. Il n’est pas erroné de dire que l’assassinat de Lounès Matoub est à considérer comme la raison d’État.