Assemblée nationale populaire algérienne : Les députés kabyles contredisent Ahmed Ouyahia

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ALGÉRIE (Tamurt) – Fidèle à son profil d’homme de confiance de l’Administration centrale d’Alger, Ahmed Ouyahia a dressé un tableau des plus reluisants des deux premiers mandats du président de la République algérienne, Abdelaziz Bouteflika. Le premier ministre algérien, d’une voix « sereine et certaine » a abordé tous les volets de la vie politique, sociale et économique de l’Algérie et laissé paraître que toutes aiguilles étaient au vert.

Ahmed Ouyahia a décrit l’Algérie comme un paradis terrestre où tout fonctionne à merveille. S’ils venaient à le croire, même les chefs d’État occidentaux viendraient en Algérie demander de l’embauche tant « il y a abondance de richesses ». Agissant en grand professionnel de propagande et de faux chiffres, le premier ministre algérien a indiqué sans sourciller que le terrorisme est vaincu et désormais n’a pas d’avenir en Algérie, le problème de l’habitat est réglé à 90 % puisque le million de logements promis par le président de la République lors de sa campagne électorale d’avril 1999 est réalisé, le taux de chômage est presque insignifiant, l’eau potable, le gaz de ville, l’électrification sont présents dans 95 % de foyers algériens. Ahmed Ouyahia ne s’arrête pourtant pas là puisque le véritable eldorado est encore à venir, c’est-à-dire d’ici 2014 puisqu’une enveloppe financière de 281 milliards de dollars sera encore consacrée au bien-être des Algériens. N’eût été

l’intervention des députés RCD, plus intellectuels et combatifs que les autres, à la culture parlementaire plus développée que celle de leurs camarades, le bilan présenté mielleusement par le premier ministre algérien aurait été accepté par l’assemblée, notamment par les députés de son parti, à savoir, le Rassemblement national démocratique (RND).

En effet, à l’issue des interventions parlementaires, les premiers intervenants du RND, FLN et MSP, comme des écoliers devant leur syllabaire, ont donné un grand satisfecit de la gestion du gouvernement Ouyahia et de la politique d’Abdelaziz Boutefika. Il va sans dire que ces députés dont la plus part ignorent jusqu’à sa moindre signification l’école des sciences modernes, ont lu leurs textes d’une voix ultra stéréotypée. Pas une seule fois, quelqu’un n’a osé lever les yeux pendant sa lecture de peur de perdre la ligne où il est arrivé. Ce qui prouve donc que les textes ont été préparés par d’autres personnes que les députés lecteurs.

Ahmed Ouyahia aurait pu jouer sur du velours s’il n’y avait les députés du RCD. Ceux-ci, l’un après l’autre, ont retourné la vapeur et donné un autre cours aux travaux de l’assemblée. L’insécurité, la paupérisation de la population, le taux de chômage galopant, l’absence de perspectives pour les jeunes, l’absence criante d’infrastructures nécessaires pour le besoin primordial de l’homme, la relance économique qui ne relève que de l’imaginaire, le grand manque à gagner en matière de logement et tant d’autres facteurs mettant à nu la politique désastreuse du gouvernement comme les détournements de deniers publics, la corruption, les kidnappings, la bureaucratie, etc. sont autant de points soulignés par les intervenants kabyles. À préciser que lors des interventions des députés du RCD, Ahmed Ouyahia souriait nerveusement et prenait des notes en français. Ce qui n’est pas le cas pour les autres députés laudateurs. Par ailleurs, les députés issus de la formation politique de Saïd Sadi ont ouvert la brèche aux autres députés, notamment ceux d’ENNAHDA et du Parti des Travailleurs.

Une fois rassurés que contredire le premier ministre n’est pas synonyme d’emprisonnement ou d’enlèvement d’immunité parlementaire, beaucoup de députés sont partis à l’assaut. Chacun a signalé les points dont souffrent les citoyens qu’ils représentent. Et de par ces insuffisances signalées, il est facile de comprendre alors que la politique d’Abdelaziz Bouteflika et la gestion d’Ahmed Ouyahia n’ont servi qu’une certaine catégorie d’Algériens. Autrement dit, les riches sont devenus plus riches et les pauvres plus pauvres. En effet, même en l’absence de statistiques fiables, il est notoirement connu que 90 % des richesses nationales sont détenues par 10 % ou moins de la population. Les 10 % restants de richesses sont partagés par les 90 % de citoyens formant la plèbe. Aux États-Unis, selon des économistes de gauche, 50 % des richesses nationales sont partagées par 10 % de la population et les 50 % restants sont partagés par les 90 % du peuple. Cela renseigne que le régime de l’Administration centrale d’Alger est plus capitaliste que l’administration de Washington. Au moment où nous rédigeons ces lignes, les tirs à boulets rouges des députés se poursuivent contre la politique du gouvernement algérien.

Addenda :

Le cas du patriote Ali Gharbi, l’homme emprisonné par ce qu’il osa se défendre contre un chef terroriste repenti a été évoqué à l’assemblée populaire nationale. Le gouvernement d’Ahmed Ouyahia a été interpellé par plusieurs députés pour la libération de ce patriote qui est en même temps un élément de l’ALN.