Basta !

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Par Said Ckekri

(Journal Liberté)

Une soixantaine d’enlèvements en moins de quatre ans. Tel est le lot de la Kabylie. De la Kabylie seule. Une soixantaine d’enlèvements, et au bout, un mort, Hend Slimana, père de famille sans histoire, entrepreneur dynamique, généreux, affable et amoureux de la JSK, qu’une foule nombreuse, en colère mais digne, a accompagné hier à sa dernière demeure. Une soixantaine d’enlèvements, un mort…Mais ce n’est pas tout : une personne, le cousin de l’entrepreneur assassiné, est encore aux mains de ses ravisseurs, alors qu’une autre, à Tazmalt, toujours en Kabylie, vient d’échapper de justesse à une opération de même type.

Trop, c’est trop ! Cet énième coup de poignard dans le dos de la Kabylie semble marquer un tournant. La population de la région, plus que jamais excédée, ne se pose plus la question de savoir pourquoi on lui impose cette précarité sécuritaire. Elle sait qu’on tente ainsi de lui faire payer son refus de se plier aux diktats, tous les diktats, “d’où qu’ils viennent”, pour reprendre l’expression en vogue des années 90. Elle ne se pose même plus la question de savoir quand cessera l’enfer. Elle sait que l’enfer ne tombe pas du ciel. Elle sait donc que le salut viendra d’elle-même… ou ne viendra pas.

Comme il y a quelques années, on ne laisse pas à la Kabylie d’autre choix que celui de se prendre en charge. Se prendre en charge a, ici, une seule signification possible : prendre les armes. Tout indique qu’elle le fera. Peut-être plus tôt qu’on le croirait. Car, qu’on ne s’y trompe pas, la Kabylie ne veut plus continuer à compter les rapts qui ciblent ses enfants. Encore moins à compter ses morts. Elle ne se contentera plus de se mobiliser cycliquement pour obtenir leur libération.
On ne sait pas si le scénario est au programme de quelque laboratoire occulte mais l’on sait qu’une Kabylie qui crie aux armes, cela n’irait pas sans provoquer des grincements de dents. Mais pas seulement : bien des désordres risqueraient d’être au rendez-vous et des “dommages collatéraux” ne seraient pas à écarter.

Qui oserait alors reprocher à une région d’organiser la riposte pour sa survie ? Sûrement pas ceux qui, depuis quelque temps, trouvent politiquement payant de jouer avec le feu en abandonnant, voire même en livrant la région au terrorisme, au banditisme et à la délinquance et qui, ce faisant, poussent les investisseurs potentiels à regarder ailleurs et des opérateurs économiques à délocaliser leurs activités vers d’autres contrées. Car si la Kabylie est décidée à en finir avec l’insécurité sous toutes ses formes, c’est aussi à ceux-là qu’elle dit aujourd’hui : “Basta !”

Saïd Chekri

Rédacteur en chef

Liberté

21/11/2010