Berbère télévision, médiocrité, improvisation et exclusion

2
BRTV, Kamal Tarwiht
BRTV, Kamal Tarwiht

CONTRIBUTION (TAMURT) – Croire que la culture démocratique s’installera avec le départ de Bouteflika et du régime d’Alger est une vue de l’esprit. Le mal est profond. Il suffit juste de jeter un coup d’œil sur les « débats » à sens unique qu’organise le seul journaliste du « groupe » berbère télévision pour se rendre rapidement compte du contraire. En plus du choix sélectif et inique des invités, les complexés de la langue française, je suis tombé sur passage d’un « doctorant d’El Djahilia » qui a proposé, toute honte bue, de lancer des émissions en arabe algérien pour plaire aux « autres ». Ahlil! Comme disait Matoub Lwenas.

On est vraiment au quatrième stade de la haine de soi. Les métastases ont atteint les os. Au lieu d’être nous-mêmes, c’est-à-dire des kabyles tout court, nous nous épuisons à essayer de séduire les autres. Pendant ce temps, la Kabylie s’islamise et Karim tabou aboie en arabe dans les universités de Bgayet et de Tizi. Les 60 chaînes de télévision algériennes en langue arabe, qui n’ont qu’un seul but : arabiser le peuple kabyle, ne semblent pas suffire aux yeux des eternels complexés. Ma collègue Thilissa, exaspérée par cette servitude volontaire que trainent certains kabyles, a eu cette réponse fringante : réglons ce problème identitaire une bonne fois pour toutes et parlons le kabyle en arabe comme Karim Tabou!

Pour ce qui « bir-bir » Tv, commençons par son nom burlesque. À défaut de l’appeler Kabyle télévision, ses responsables pouvaient au moins se débarrasser de la sauvagerie qui nous colle à la peau depuis l’époque romaine et de choisir la liberté et le mot amazigh. Mais bon, c’est génétique, il faut d’abord penser aux douces lèvres des Français, nos immuables maîtres, qui auront du mal à prononcer le mot amazigh!
Ensuite, évoquons le triste sort que réserve cette boite à la langue kabyle. Depuis son lancement en 2000, BRTV, à elle seule, pouvait promouvoir l’écriture de cette langue en caractère latin et trancher définitivement ce faut débat. Au lieu et place de cette noble mission, le canal de Montreuil a choisi le bricolage et la médiocrité. Tous les génériques et les habillages des émissions sont en français. Comme le fait le FLN dans ses affiches, BRTV essaye de tromper les Kabyles avec une présence folklorique du Tifinagh, une voie de garage selon Said Chemakh. Et pourtant, avec le nombre de diplômés universitaires en langue kabyle et les moyens technologiques modernes, il est très facile de tout écrire en kabyle dans l’excellente graphie de Mammeri.

Revenons à ces soi-disant débats sensés éclairés le bas peuple que nous somme. Un média qui se respecte et qui se permet de donner des leçons de démocratie, doit ouvrir ses micros à toutes les sensibilités politiques de la société. Ce n’est pas en imposant un embargo médiatique sur les souverainistes kabyles, qui vont disparaitre du paysage politique. En outre, « un journaliste » qui a un minimum de déontologie, ne permettra jamais à un invité de mettre sur un pied d’égalité des militants pacifiques kabyles et des sanguinaires islamistes en l’absence d’un représentant de ce courant politique sur le plateau. Il est facile de surfer sur la vague et de braire en 2019 « système dégage » après avoir des années durant invité « son excellence » l’ambassadeur de ce même système à célébrer Yennayer à l’hôtel de ville de Paris.

L’Histoire retiendra que pendant que tous les acteurs politiques ont déserté le terrain au pouvoir et aux islamistes en Kabylie, des militants sincères ont semé les grains de l’espoir dans toutes les localités de la Kabylie. Vous pouvez interdire votre antenne à ces nobles enfants de la Kabylie dont l’éloquence et la droiture n’est pas à démontrer et l’offrir à longueur de journée à des personnes qui méprisent leur kabylité.  Une chose est néanmoins certaine, grâce au travail de terrain de ces militants les Kabyles sont majoritairement conscients qu’ils constituent un peuple à part entière et ce n’est pas les parades éphémères qu’orchestrent les agents du DRS qui les dissuaderont.

Enfin, comme en 1962, après la fête et les « Tahya El Djazaïr » les Kabyles vont une fois de plus se gratter la tête. Ils découvriront que ce qui les sépare des Algériens n’est pas juste une histoire de drapeau. Le fossé est abyssal : le rapport à la religion, la laïcité, la haine des juifs, le respect des chrétiens pratiquants, la fraude électorale, le rôle de l’école, la place des langues vivantes, le rapport à l’État, la valeur du travail, les jours fériés, le week-end universel, l’égalité homme-femme, l’organisation des obsèques, le Ramadan, la question du monde arabe, la célébration des mariages, la viande Halal, les « sacro-saints frères » palestiniens, les relations avec les « kouffar », les boissons alcoolisées ainsi que le saucisson sont autant de sujets de divergence. À défaut de pouvoir kabyliser l’Algérie, je crains que ce soit la Kabylie qui perdra son âme pour que Tahya El Djazaïr!

Linda At-Wali

2 COMMENTAIRES

  1. C’est le RCD télevisuel, son rôle domestiquer la kabylie, en Europe elle sert à atténuer le sens des libertés et habiller mentalement le Kabyle d’une citoyenneté filtrée aromatisée au gout arabislamique Algérienne, le triptyque est son levier pour pouvoir rentrer plus facilement dans le moule imposé aussi en Kabylie. L’amicale des algériens en europe version kabyle.

COMMENTER

Veuillez entrer votre commentaire!
Veuillez entrez votre nom ici