Chronique de Mustapha Hammouche dans LIBERTE – Nos députés et la peur de la liberté numérique

0

C’est comme si, dans les années 1940, un parlement s’inquiétait du rôle possiblement subversif du tract et de la ronéo. Le support de communication étudié comme une arme qui risque de tomber entre les mains de l’ennemi. La jeunesse revendicatrice de liberté, dans notre cas.

Ce n’est pas un hasard que ce soit la commission de… la jeunesse, des sports et de l’activité associative qui a pris en charge ce think-tank, si on peut appeler ainsi une initiative qui entre dans le cadre d’un combat d’arrière-garde, et que ce soit le ministre de la Jeunesse et des Sports qui est venu partager cet étrange souci avec “sa” commission. Le ministère des PTIC aurait effectivement était mal placé pour faire le procès des réseaux Internet ; il a vocation à encourager la communication numérique. Même si, dans les faits, l’Algérie connaît un retard flagrant en matière d’équipements et de performance des réseaux de communication numérique et connaît le plus faible taux de pénétration d’Afrique du Nord.

Comme la question n’était pas au développement du virtuel, Djiar est donc venu tenir le rôle d’apôtre d’un Internet utile mais inoffensif, convaincu que “ce qui se passe dans le monde arabe est dû, en grande partie, à ces réseaux sociaux”.
L’occasion n’est pas sans rappeler une récente émission de la radio Chaîne III, où l’animatrice s’acharnait à convertir un responsable de la lutte contre la cybercriminalité à sa conviction que des réseaux comme facebook ou Twitter menaçaient la sécurité de l’état, suggérant qu’il fallait pourchasser leurs usagers locaux.

En leur offrant si peu d’arguments sur la nature subversive de l’outil, neutre avant son usage, les experts ont dû décevoir nos députés réfléchissants.
Le parti pris idéologique est flagrant chez le ministre de la Jeunesse et des Sports. “L’école et la mosquée ne peuvent, à elles seules, remplir ce rôle (de lutte contre la violence)”, décrète-t-il ! De quelle école parle le ministre ? Celle où certains enseignants, eux-mêmes fanatisés, apprennent aux gosses à surveiller les mœurs de leurs parents ? Le CEM de Thénia qui, il y a quelques années, a donné treize candidats kamikazes condamnés par le tribunal de Boumerdès ? De quelle mosquée parle le ministre ? De celle d’Apreval, dont un imam recrutait encore récemment des kamikazes pour le GSPC ?

Pas plus que l’école, la mosquée et… la télévision, Internet, par nature, n’est pas semeur de violence ou d’amour. D’ailleurs, le terrorisme islamiste a été le premier à user d’Internet comme médium de coordination et d’endoctrinement. Les sites islamistes, où l’on apprend même à fabriquer des bombes, n’émeuvent pas encore nos députés au point de les forcer à organiser ne serait-ce qu’une seule journée de réflexion sur le thème d’“Internet et le terrorisme”, par exemple.
C’est donc moins la violence que le risque démocratique qui fait courir nos officiels esprits. C’est la liberté d’expression et de concertation, la liberté tout court, que ces réseaux rendent possibles, qui inquiète.

M. H.

musthammouche@yahoo.fr