Chroniques kabyles : Entre l’abîme et le rêve américain.

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CHRONIQUE (Tamurt) – Aujourd’hui, jour du premier anniversaire de l’élection du président américain Obama, l’Amérique après s’être laissée conquérir par l’espoir, se laisse gagnée par le doute pour ne pas dire le désespoir. Et pourtant, Obama n’est pas responsable ni de la crise, ni des guerres ni de tous les maux que vivent aujourd’hui les Américains. Mais c’est ainsi il y a des peuples qui ne se contentent pas du statut quo, il faut ramener du nouveau pour continuer à exister.

Revenons à nos moutons, au propre et au figuré. Pour comprendre un petit rappel des faits, des méfaits plutôt. Si pour la dernière mascarade, les décideurs n’ont pas convoqué le « peuple », pour que par la suite mieux révoquer ses choix, ils l’ont fait par l’intermédiaire de ses soi-disant représentants. Ainsi le parlement algérien dans son écrasante majorité avait adopté le projet de révision de la constitution. Avec comme pierre angulaire, la non limitation du nombre des mandats présidentiels. Enfin, le roi l’a dit, le roi l’a voulu, les parlementaires de pacotilles l’ont fait.

Sauf que dans un pays où les parlementaires sont plus attirés par les confortables salaires de la fonction que par les idées à défendre, le contraire aura étonné. Dans ce même pays où la couleur de l’argent se confond souvent avec celle de la politique, voter contre pour ces gens-là c’est comme s’ils coupaient la branche sur laquelle ils sont assis.

Pendant qu’Obama affrontait les primaires contre la redoutable Hillary Clinton. Pendant qu’il battait le pavé des states en affrontant les réacs de tous poils pour se faire élire. Sir Bouteflika s’est borné dans un premier temps à graisser la pâte à tout le monde. Les salaires des députés ont été multipliés par dix, avec un effet rétroactif. Pour les récalcitrants, le lot des intimidations passives n’a pas varié. Comme à chaque grand événement politique, les tiroirs sont fracassés pour remettre au goût du jour des affaires louches non résolues, dont celle de Matoub Lounès. L’épée de Damoclès est suspendue au dessus de tous ceux qui afficheraient leur opposition au projet de Monsieur le président.

Si à l’autre bout du monde l’Histoire s’amorce, Sir Bouteflika entamait sa marche inexorable vers les poubelles de la grande Histoire.
Barack Obama a mis l’idéal américain en marche. Rêveur, puisque là bas ils sont nombreux, il a su mettre les mots sur les maux de la planète. Ce jour il avait fait pleurer Martin Luther King, il a rappelé les Kennedy, il a rappelé à la terre entière que l’Amérique va changer et avec elle le monde. D’un côté l’espoir s’appelle Barack Obama. 47 ans, jeune, ambitieux, rêveur, Noir et au bout, l’accomplissement d’un rêve…

De l’autre côté, à trois ans prés en inversant les chiffres, grabataire aimant le grabuge, surtout pendant le printemps, noir de préférence. Rompu à la culture des officines, une vision rétrograde et treize ministres venant du même patelin… Sir Bouteflifa ou le cauchemar qui continue est toujours aux commandes. De quel bilan peut-il encore se prévaloir?

Monsieur le président, votre carrière à la tête de l’État algérien est construite sur une fantasmagorie nostalgique. Le même choc pétrolier des années soixante-dix, qui grâce aux lois du marché avait fait de vous un jeune et ombrageux ministre. Continue de donner l’illusion du changement. Mais êtes-vous vraiment pour quelque chose? Nos aînés avaient cette rengaine qu’à l’époque de votre mentor le président Boumediene: « on n’était pas peut être pas libre, mais tout le monde mangeait à a fin ». Aujourd’hui encore nous ne sommes pas libres. Pire encore, sous votre règne de nouveaux délits ont vu le jour. Ceux d’être chrétiens, pas pratiquants, homosexuels, amoureux dans les jardins publics, journaliste, boat people… et pour l’argent du pétrole aujourd’hui comme hier il n’atterrit pas encore dans la poche des algériens…encore pour le peuple, il sert à acheter des armes et balles explosives pour ravir ses enfants…

Entre le rêve des Amériques et l’abîme de mon pays la différence se situe au niveau de la vision des choses. Les événements prouvent malheureusement que la mégalomanie des hommes, de surcroît s’ils sont dictateurs, passera outre la constance et des idéaux démocratiques. Monsieur le président je revendrai… sur ta tombe.