Conférence du président du MAK à Tamda : «Faisons valoir en tant que peuple kabyle notre droit à l’autodétermination»

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DIASPORA (Tamurt) – Le comité des étudiants du campus universitaire de Tamda a commémoré le 33e anniversaire du printemps Amazigh à travers un cycle de conférence auquel ont été conviés les organisations politique kabyles : le FFS, le RCD, la formation de Karim Tabou et le MAK. Cette commémoration a été clôturée par le président du MAK qui a animé hier matin à 10 heures une conférence sur le thème de : la Kabylie et le combat identitaire.

Il y a lieu de signaler que ce cycle de conférences s’est déroulé dans des conditions normales sauf pour la conférence du MAK qui a fait l’objet d’une tentative de déstabilisation de la part l’administration du campus. La conférence devait commencer à 10h, et l’auditorium était fermé à l’heure convenue, ce qui a poussé les étudiants à rebrousser le chemin. Les organisateurs ont pu y remédier grâce à leur mobilisation. Ensuite, à quelques minutes du début de la conférence, la sonorisation ne fonctionne plus. Encore une fois, les organisateurs ont pu résoudre le problème grâce à leur détermination.

Après une minute de silence observée à la mémoire des martyrs de la Kabylie, le président du MAK a présenté un exposé détaillé du combat identitaire mené par la Kabylie depuis le mouvement national à ce jour. Il a apporté des éclairages sur certaines questions: «L’histoire officielle nous apprend que Messali Hadj est le premier président de l’étoile nord africaine pour le présenter comme père fondateur du mouvement national. La vérité est toute autre. Le premier parti indépendantiste a été créé par des kabyles qui ont nommé Djeffal Mohamed, originaire d’Irdjen, comme président. Ils ont fait venir Messali en sa qualité d’arabophone pour pouvoir faire adhérer les non berbères à cette organisation qui s’inscrivait dans une optique Nord Africaine et non algérienne».

Dans son exposé, Bouaziz Ait Chebib a mis en exergue toutes les étapes du combat identitaire. Du mouvement national à ce jour, en passant par la crise anti-berbère de 1949, la guerre du FFS 1966, le printemps amazigh de 1980, le printemps kabyle de Mai 1981 à Bougie, la création de la ligue algérienne pour la défense des droits de l’homme, le boycott scolaire, l’assassinat de Matoub Lounes, et enfin le printemps noir dont les assassins des 128 martyrs ont bénéficié de l’impunité.

Le conférencier a ensuite parlé des acquis qui restent maigres par rapport aux sacrifices consentis. Il dira à ce propos: «L’introduction de tamazight dans l’enseignement et le statut de langue nationale, ne sont pas des offrandes du pouvoir. Ils ont été arrachés par notre combat notamment le boycott scolaire de 1994 et le sang des martyrs du printemps noir. Mais, ces acquis ne sont que de la poudre aux yeux dès lors que le peuple kabyle et les amazighs en général subissent un véritable apartheid identitaire, culturel et linguistique de la part du régime raciste d’Alger».

Pour étayer ses propos, il a mis en avant la législation algérienne qui consacre l’Algérie arabe en ignorant l’histoire et l’identité réelle de ce pays. «Pour les pouvoir successifs: Nous sommes des Arabes, 36 millions d’Arabes et il n’y a d’avenir pour ce pays que dans l’arabisme».

Il poursuit: «La constitution algérienne a défini l’Algérie comme étant un pays arabe et indissociable du monde arabe. Elle a institué Tamazight comme deuxième langue après l’arabe ce qui fait des Amazighs les envahisseurs et les arabes les autochtones».
Pour le président du MAK, depuis 1962, toutes les lois légiférées par l’Algérie officielle sont des lois scélérates visant à transformer l’administration coloniale en celle d’un État arabo-musulman. Et c’est ainsi qu’avait eu lieu le transfert de la colonisation de l’algérie française à l’Algérie Arabe.

Il continue en signalant que la plus importante de ces lois est incontestablement la loi n° 91-05 du 16 janvier 1991 portant généralisation de l’utilisation de la langue arabe, modifiée par la loi du 21 décembre 1996. Elle vise à exclure l’usage de tamazight, du français et de toute autre langue en stipulant que :

– Tous les documents officiels, les rapports, et les procès-verbaux des administrations publiques, des institutions, des entreprises et des associations sont rédigés en langue arabe.

– L’utilisation de toute langue étrangère dans les délibérations et débats des réunions officielles est interdite

Toujours dans le même ordre d’idée, le président du MAK fait remarqué que: «Les ordonnances relatives à l’orientation scolaire, le nouveau code de procédures civiles et administratives, le règlement intérieur de l’APN, le code wilayal et le code communal découlent tout deux de la loi portant sur la généralisation de l’utilisation de la langue arabe. Tamazight est exclue dans tous les domaines de la vie. Notre langue est en recul permanent, la kabylophonie perd du terrain notamment dans les grandes villes de Kabylie».

En guise de solution face au plan de disparition de la langue Kabyle mis en œuvre part le pouvoir algérien, Bouaziz Ait Chebib, dira : «L’arabe, la langue que le régime raciste d’Alger s’efforce d’imposer depuis l’indépendance, tire sa force de l’Etat algérien qui l’a officialisé. Il bénéficie de tous les moyens et des budgets faramineux pour assurer son enseignement, son développement et sa généralisation. De ce fait, Notre langue ne peut accéder au développement qu’avec l’avènement d’un Etat Kabyle».

Dans le débat, le président du MAK est revenu sur l’autodétermination en déclarant : «La Kabylie a besoin d’un projet de société qui doit s’inspirer du droit international au lieu de réduire ses aspirations à une simple revendication linguistique. Celui qui détient le pouvoir, impose sa langue et de ce fait, notre langue a besoin d’un Etat et par voie de conséquence, faisons valoir en tant que peuple kabyle notre droit à l’autodétermination pour choisir librement le statut politique qui nous sied».

Yugurten Z