Décès d’Abderrahmane Bouguermouh : Le cinéma amazigh orphelin

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 OUZELLAGUEN (Tamurt) – La nouvelle est tombée tel un couperet. Bien qu’il ait été malade depuis de longues années, le décès d’Abderahmane Bouguermouh, figure pionnière pour ne pas dire père du cinéma amazigh est un choc. Une perte immense pour la culture et le cinéma amazighes.

Le célèbre cinéaste hospitalisé à Alger depuis mercredi, a quitté ce monde qui ne lui a toujours pas été facile après un long combat contre la maladie qui l’a usée, laminé, bouffé et rongé au fil des mois et des années, notamment depuis qu’il a été victime d’un accident de la circulation en 2007 qui l’a cloué sur un fauteuil roulant pour le restant de sa vie. Il est mort en ce maudit dimanche à l’hôpital d’El Biar. Figure emblématique du cinéma amazigh avec Tawrrirt Yetwattun, une adaptation de la Colline oubliée de l’immense Mammeri, Bouguermouh a donné naissance à ce jeune cinéma d’expression amazigh, il l’a fait sortir de l’ombre.

De son vivant, il a tenu rancune aux appareils de l’Etat, notamment sa télévision, pour laquelle il avait juré de ne plus dire aucun mot en référence au refus de cette voix de propagande officielle de ses appels au sponsoring de son film, le premier en kabyle dans l’histoire de la filmographie algérienne. Le film culte adapté de l’œuvre de Mammeri reste à lui seul, toute un page d’histoire qu’il faudra peut un jour réécrire. Le scénario du film a été déposé en 1968 et tout naturellement il a été refusé par la commission de censure. Ce n’est que 20 ans plus tard, avec la dissolution de la dite commission que son scénario fut enfin accepté par la commission de lecture composée de Rachid Mimouni et Tahar Djaout. Ceci n’était pas cependant synonyme de fin de galère après le refus de la Radio Télévison algérienne ( RTA) de coproduire le film. Suite à quoi, un comité de soutien fut mis en place en 1992 et que le premier coup de manivelle soit enfin donné en 1994. Le sort s’acharne de nouveau sur cette œuvre et son « père ». Les fonds collectés sont détournés par le Centre algérien du cinéma.

Lounes O.

Bio express

Né le 25 février 1936 à Ouzellaguène, fils d’un instituteur de la sévère école normale française et d’une mère analphabète qui ne connaissait que les poèmes et chants kabyles, Bouguermouh a fait ses études secondaires à Sétif. En 1957, il fit une rencontre avec Mouloud Mameri qui sera le prélude à une longue amitié entre les deux hommes.

Après un passage à l’Institut des hautes des Etudes Cinématographiques) en 1960. Bouguermouh réalise des émissions de variétés pour la télévision, RTF, à Cognacq Jay.

En 1963, il retourne au pays et participe à la création du Centre National Cinématographique Algérien. Il en est exclu en 1964, à cause de ses idées. En 1965, sur un texte de Malek Haddad, il tourne « Comme une âme », un moyen métrage en berbère. Le film est refusé par le ministère qui en exige une version arabe. Il part alors pour Paris où, il post-synchronise le film en français: cela lui vaudra un deuxième licenciement, la confiscation et la destruction des positifs et des négatifs. Le film ne sera jamais diffusé.

À partir de la fin des années 60, il tourne plusieurs courts métrages et contribue par la réalisation d’un épisode au film collectif L’Enfer à dix ans(1968).
De 1965 à 1968, il réalise une série de documentaires de commande et prend contact avec les premiers intellectuels de la revendication berbère, Monsieur Hannouz, Taous Amrouche, Mouloud Mameri, Batouche Mouloud et Bessaoud Mohand Arab. Il collabore avec Mohamed Lakhdar Hamina dans « Chronique des années de braises », en 1973.
Il réalise successivement pour la télévision « les oiseaux de l’été », en 1978 puis « Kahla oua beida », en 1980, grand succès populaire. En 1987, il tourne son premier long métrage en 35mm « Cri de pierre », plusieurs fois primé à l’étranger, mais très attaqué en Algérie. En 1989, on lui accorde enfin, l’autorisation de tourner en berbère « La colline oubliée » (1996).

Source « Afrique cultures »