Des avocats témoignent : « La torture presque institutionnalisée en Algérie »

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ALGÉRIE (Tamurt) – La dégradation des conditions des droits de l’Homme en Algérie et en Kabylie en particulier suscite l’inquiétude des avocats et des défenseurs des droits de l’Homme. La torture dans les commissariats de police, les brigades de gendarmerie et les caves des services secrets est « monnaie courante ».

Plusieurs avocats ont témoigné auprès de Tamurt.info sur les cas de tortures dont sont victimes leurs clients. « Pour arracher des aveux, au lieu de mener des enquêtes d’investigation et de se perfectionner dans le domaine, les services de sécurité, tous corps confondus, ont recours à la méthode la plus simple : la torture» , nous confia une avocate de la ville de Tizi-Ouzou.

« Dernièrement, un quadragénaire de Draâ El Mizane est poursuivi en justice pour détention d’une arme à feu sans autorisation. L’accusé, un père de 5 enfants en bas âge, est un paysan qui n’a jamais eu affaire à la justice ni au service de sécurité durant toute sa vie, sauf que les services de sécurité ont trouvé chez lui un revolver et 10 cartouches. Mon client a tout fait pour expliquer aux enquêteurs que son arme est un héritage de son père qui était un ancien émigré en France et il l’a détient pour assurer la sécurité de ses biens, en absence de services de sécurité, mais sans succès », nous raconta l’avocate. L’accusé a été torturé au secteur militaire de Tizi-Ouzou par des agent du DRS, ajouta notre interlocutrice. « on lui a coincé les membres inférieures avec un casier d’un bureau mais le pauvre homme n’a rien avoué pour la simple raison qu’il a déjà tout dit. Les tortionnaires qui ont agi à visage couvert pour ne pas être identifier par la suite par leurs victimes ont fini par lâcher le détenteur d’arme », ajouta l’avocate. Cette dernière précisa que son appel auprès du juge d’instruction et du procureur de la république ne servi à rien. «Il m’ont demandé une preuve et j’ai présenté un certificat médical qui atteste que mon client a été torturé durant plus d’une semaine par les services de sécurité, mais rien n’est fait».

La torture est tolérée voir même autorisée en Algérie et en Kabylie. Le cas de cet homme de Draâ El Mizane n’est pas singulier. C’est un exemple parmi tant d’autres. Un autre avocat nous a raconté qu’un de ses clients, qui purge actuellement une peine de 3 ans de prison pour vol, a avoué son forfait sous l’effet de la torture. « Mon client, un jeune d’Ath Douala a avoué aux gendarmes qu’il a volé des roues de secours dans un parking automobile et ceci parcequ’on l’a privé de sommeil. Les gendarmes ne lui ont pas laissé un instant de répit durant trois jours. Ils ne l’ont pas laissé fermer l’œil et il a fini par lâcher le morceau », raconta l’avocat.

Tamurt.info a recueilli plusieurs autres témoignages de ce genre, mais toujours sous-couvert de l’anonymat et les victimes préfèrent se taire par peur de représailles. Le comble dans ces pratiques de torture à grande échelle, personne n’en parle. La presse fait toujours l’impasse. Les partis politiques également. Les défenseurs de droit de l’Homme se querellent sur le contrôle des ligues et des sections régionales. Les subventions financière des ONG internationale est leur seul souci. Les rares militants intègres finissent par déserter le terrain ou sont carrément écartés.

Nassim N