L’Aïd au pays de Bouteflika et Ouyahia – Les prix de produits alimentaires connaissent une hausse démesurée

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Du producteur au consommateur, le produit
passe par plusieurs mains et niveaux, dit-on effectivement à chaque
fois qu’un journaliste les questionne sur ce point. En réalité, les
raisons de ces flambées de prix qui n’honorent ni le chef de l’Etat algérien,
ni son premier ministre, ni le ministre du commerce, ni celui de
l’intérieur et ni celui de l’agriculture -surtout, pas celui-ci – est
simple. En effet, si les prix de produits de consommation connaissent
des flambées de prix c’est parce qu’avant tout, ces produits de
consommation ne sont pas en quantité suffisante ni sur le marché ni
dans les stocks. Autrement dit, leur production est très faible. Donc,
voilà la grande question : pourquoi effectivement notre sol, connu
pour sa fertilité – les colons français l’ont si bien démontré – ne
produit pas suffisamment la matière vivrière tant recherchée?

Le département ministériel de M. Rachid Benaïssa (ministre de
l’agriculture) n’a jamais tracé une politique de développement et de
production agricole digne de ce nom. Vétérinaire de formation, il confond l’agriculture moderne avec la paysannerie, qui est le sens donné par le commun des mortels à l’agriculture. D’ailleurs, à
chaque fois qu’il est prié de s’expliquer sur l’état de santé de
l’agriculture, le ministre répond sans ambages que son département a
fait des efforts considérables pour éponger les dettes des paysans.

Est-ce le petit paysan qui puisse répondre à la demande nationale en
matière de produits agricoles ? Même un écolier sait très bien que
non. Le petit paysan répond dans le meilleur des cas à son propre
besoin en la matière. On l’appelle avant tout paysan parce qu’il ne
possède qu’un petit lopin de terre qu’il travaille avec des moyens
rudimentaires. Un homme possédant de grandes terres, on l’appelle un
latifundiste. Est-ce que maintenant nos latifundistes travaillent à
bon escient leurs terres ? A noter que le plus grand latifundiste en Algérie est l’Etat algérien. Cela veut dire qu’il y a de grandes terres appartenant au secteur public ou tout
simplement aux domaines. On a l’embarras du lexique. Ces terres sont
pour la grande partie laissées en jachère. Est-ce vraiment difficile
de produire du blé et de l’orge ? Il n’y a qu’un laps de dix mois
entre la période de semence et celle de la récolte, soit du mois
d’octobre jusqu’au mois de juillet. Au cours de l’été 1954, la France
coloniale, a fait une récolte de 24 millions de tonnes de blé. De nos
jours, l’Algérie de Bouteflika et Ouyahia importe les produits
céréaliers et même la viande.

A propos de viande, est-ce raisonnable
que le département ministériel de M. Benaïssa trouve le moyen de
mettre en disette le cheptel ? Il faut comprendre que Monsieur
Benaïssa, qui, rappelons-le, est vétérinaire de formation, n’a
jamais touché avec sa main la mamelle d’une vache ni fait glisser
entre ses doigts le crin d’un cheval. La seule relation qu’a toujours
eu le ministre algérien avec le monde animal se limite au rôti farci
que lui prépare avec amour son cuistot. Dès lors, il est facile de
comprendre que M. Rachid Benaïssa ne peut forcer ses méninges à
tracer un programme agricole digne de ce nom, encore moins à défendre
sa politique devant ses adversaires. Au pays de Bouteflika et Ouyahia,
il n’existe même pas assez de silos pour emmagasiner des produits
agricoles comme le blé, l’orge, le maïs etc. Tant que c’est le simple
citoyen qui fait face à la disette alimentaire, sûrement que les
responsables algériens dormiront sereinement sur leurs deux oreilles.

Cependant, on se trouve en plein droit de conjecturer: admettons que
l’Algérie soit, pour une raison quelconque, victime d’une agression
militaire d’un pays tiers. Devant ce cas de casus belli, l’Algérie
ripostera militairement d’où alors une situation naturelle de guerre.
Les responsables algériens prendraient la fuite dans le premier avion
en partance pour l’étranger, penseraient certains esprits. Eh bien
non ! Les responsables algériens sont des fourbes mais pas des lâches.
A parier toute sa fortune sans risque de la perdre que même les
responsables qui sont à la retraite reviendraient sur le terrain et
proposeraient leurs services pour sauver la patrie.

Cependant la
question qui se poserait est de savoir que mangeraient alors nos
militaires ou nos citoyens civils. Il ne faut pas oublier que dès les
premiers jours de guerre, les magasins de produits alimentaires seront
pris d’assaut. Une réaction normale. Est-ce que le ministre algérien
de l’agriculture a pensé un jour à ce cas de figure qui pourrait se
produire ? Il n’est pas impossible non plus que le pays de Bouteflika soit pour une raison quelconque victime d’un embargo
alimentaire. Que mangerait le peuple? Il va sans dire que notre
objectif n’est pas de paniquer les administrateurs algériens mais tout
simplement de les avertir qu’ils risquent de payer extrêmement cher le
mépris qu’ils ont toujours nourri envers le citoyen. Est-ce
raisonnable aussi que le pays de Bouteflika et Ouyahia ne dispose pas,
48 ans après son indépendance, d’un organisme régulateur du marché
national ? Est-ce raisonnable que le ministère de l’intérieur n’arrive
pas à faire respecter les prix de large consommation ? Qu’a-t-il donc
appris M. Daho Ould Kablia (ministre de l’intérieur et des
collectivités locales) à l’école du MALG ? Et ce ministre du commerce
qui n’hésite pas à dépenser des milliards d’euros dans l’achat des
produits alimentaires, mais sans que pour autant arriver à calmer la
faim des citoyens? Quelle destination prennent les produits importés ?

Le ministre du commerce a poussé son outrecuidance à importer du
buffle de la lointaine Inde dont la viande n’est prisée par personne
chez nous. Quel est le montant exact du chèque remis aux exportateurs
indiens? Combien d’argent a été dépensé dans la location des bateaux
qui ont assuré le transport de cette viande qui n’est pas inscrite au
registre de notre art culinaire ? Par ailleurs, est-ce que toute cette
viande a été réellement écoulée sur le marché? Ou l’a-t-on remise tout
simplement aux Sahraouis qui sont en « colonie de vacances » depuis un
bail à Tindouf ? Il serait vraiment curieux de savoir quelle sorte de
viande mangent M. Ahmed Ouyahia et son ministre de commerce. Ce
n’est certainement pas le buffle indien ou le gros serpent
bangladeshi.

En ce qui le concerne, le peuple kabyle a manifesté
depuis longtemps son ras-le-bol de la politique des responsables
algériens, d’où sa demande d’autonomie. Celle-ci d’ailleurs n’est
qu’une simple question de temps. Il reste à savoir quand les autres
régions d’Algérie, qui sont aussi concernées que la Kabylie, agiront
de même.

Addenda :

Prix de certains produits au deuxième joue de l’Aïd chez un commerçant de la Nouvelle-Ville (Tizi-Ouzou) qui ne
prend qu’une marge de bénéfice raisonnable. Certains commerçants
travaillant aussi à la Nouvelle-Ville ont affiché des prix beaucoup
plus élevés pour les mêmes produits annoncés ci-dessus.:

Carotte : 50 DA, navets : 5à DA, choux fleur : 6à DA, Betterave : 70
DA, salade verte : 80 DA, concombre :90 DA, fenouil : 50 DA, haricots
verts : I20 DA, poivron : I60 DA, piment : I60 DA, aubergine : 70 DA,
tomate : 85 DA, courgette : 80 DA, pomme de terre : 50 DA, cardes : 40
DA, mandarine : I00 DA, banane : I50 DA. (Il n’y a que la banane qui
est un produit exotique. Le climat kabylo-algérien n’est pas
tropical.)