Le 20 avril 1980 tel que vécu à Boumerdès

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Je viens par ce témoignage rappeler une date importante dans l’Histoire du Mouvement Amazigh après l’indépendance.

Lors du mouvement de Tafsut Imazighen de 1980, après l’interdiction de la conférence que devait donner Dda L Mulud At Maamar à l’université de Tizi-Ouzou, la première manifestation publique (marche) en l’Algérie indépendante a eu lieu à Alger le mercredi 26 mars 1980 à 10h et non pas le 7 avril comme on le cite dans l’ordre chronologique des faits qui ont marqué le printemps berbère de 1980. En fait la marche du 7 avril était la deuxième et non pas la première.

Cette marche du 26 mars avait été organisée par les étudiants de Boumérdes (INIL[[Institut National des Industries Légères]] et INH[[Institut National des Hydrocarbures]] en majorité), car il y avait un grand nombre d’étudiants Kabyles dans ces Instituts.

Tout s’est passé dans un secret absolu. Il y avait une vingtaine de personnes qui avaient planifié cet événement comme la veille du premier novembre 1954.
J’étais revenu de chez-moi un vendredi soir ( fin de semaine : jeudi-vendredi vous voyez ce n’est pas du tout catholique); un ami m’a demandé de me parler en privé.

Il m’avait dit qu’on préparait une marche pour le 26 mars et que je devais aider à cela.

Sans réfléchir, j’ai embarqué. J’ai pris l’initiative de rentrer en contact avec les gens que je connaissais dans d’autres écoles. Je suis allé au centre d’études et de recherche en informatique de Oued Smar (CERI) et à l’École d’Ingénieurs des travaux publics (Dar EL-Beida Alger) où étudiait mon frère.

Le jour J, c’est à dire le 26 mars 1980, dès 6 h du matin Boumérdes commençait à se vider. Même les étudiants qui avaient peur ont fait le déplacement à Alger par devoir ou par peur de représailles. Par train, par autobus, par auto-stop, etc. les gens ont

pu regagner Alger sans que les autorités (Gendarmes, police militaire, etc. ) ne s’en aperçoivent.
À Alger tout le monde faisait mine de vaquer à ses occupations. À 10h on était une poignée de personnes (une vingtaine environ !) au centre de la place des

Martyrs. On avait peur. Que faire ?

Puis d’un seul coup un cri retentissant Imazighen, Imazighen … jaillit de la foule et c’est parti. Les gens (étudiants de Boumérdes) les manifestants quoi ! sortaient de partout : des cafés, des abris bus, des magasins, de sous les arcades, etc. On avait sorti des banderoles, on avait brisé la peur. La marche s’est ébranlée sur le Boulvard Ché Guevara direction Fac (faculté) centrale pour aider les étudiants bloqués à l’intérieur à sortir. C’était vraiment quelque chose d’extraordinaire ! Personne de la HOUKOUMA (pouvoir) ne s’attendait à cet événement. Au moment où on surveillait Tizi-Ouzou, le volcan avait éclaté à Alger. Durant notre marche d’autres personnes se sont jointes à nous (probablement des Kabyles ! ).

L’itinéraire s’est improvisé de lui-même. Arrivés à la place Port Said (Ledjnina) près du TNA, on avait pris la montée rue d’Isly.

Ensuite on a pris la rue Michelet, là où il y a la Statue du traître Émir Abdelkader sur son cheval. C’est à ce niveau là (statue) que la police anti-émeute nous attendait. La marche a été organisée dans un secret absolu si bien que cela a pris beaucoup de temps pour que la police réalise ce qui vient de se produire et se mobiliser pour venir nous barrer le chemin. On avait marché 4 à 5 km!

Quand on était arrivé au niveau du « mur » dressé par la police avec leurs boucliers et leurs matraques, on avait continué à crier des slogans hostiles au pouvoir. La police avait commencé à matraquer sans pitié sur toutes les parties du corps : tête, dos, jambes, bras. Les gens fuyaient dans toutes les directions. On avait pris un grand risque, mais on

avait osé défier le pouvoir central. C’était la première grande manifestation anti-pouvoir depuis 1962.

Le lendemain, évidemment, des actions d’intimidations ont commencé. On a pris les noms de tous ceux qui étaient absents aux cours du 26 mars. On avait cherché à identifier les meneurs, toute absence aux cours était suspecte par la suite.

Une tentative d’une deuxième marche a eu lieu effectivement à Alger le 7 avril 1980. Les étudiants de Tizi-Ouzou, de Boumérdes, d’Alger ont participé ou tenté de participer à cette marche. Mais cette fois-ci, le pouvoir mafieux était au courant donc on a empêché les gens de Tizi-Ouzou de se rendre à Alger.

À Boumérdes les gendarmes armés (jusqu’aux dents) de mitraillettes surveillaient la gare routière et la gare ferroviaire dès l’aube et donc on ne pouvait pas se rendre à Alger. Seuls ceux qui se sont déplacés la veille ont pu assister à cette marche.

Je ne relate pas cet événement comme héros, mais tout simplement pour rendre à César ce qui lui appartient. Dans la chronologie des événements, c’est le 7 avril qui est mentionné comme première marche alors que la vraie première marche a eu lieu le mercredi 26 mars. C’est simple j’ai écrit cette date dans mon journal (souvenirs) et on peut vérifier que c’est bien un mercredi.

Le véritable architecte de cet événement s’appelle Salah Ahcène qu’on appelle communément SALAH de l’INH, car il était étudiant à cet Institut. Il y avait aussi Ahmed (cousin de Ferhat Imazighen Imula de l’INH, Amar Derriche (poète), Arezki (albelbala), Ahmed Lembrouk, un certain Mouloud d’Azazga, tous de l’INIL, et bien d’autres.

Les architectes d’Alger sont : Arezki Ait-Larbi, Boukrif salah, Mustapha Bacha, et bien d’autres. Je prie les gens qui ont étudié à Boumérdes à cette époque et qui se souviennent de cet événement d’apporter une affirmation ou une infirmation à ce sujet.

Je demanderais aussi au MCB et aux gens qui ont à cœur de laisser des traces véridiques de placer cette date dans la chronologie des événements comme première marche ayant lieu à Alger, car on ne la cite nulle part!
Amazighement

Muhend Sebti

Montréal

20 Avril 2010