« Les griffes du silence » de Youcef Merah – Un hymne à la beauté et un hommage au peuple Kabyle

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Le poète Youcf Merah, né en 1972, à Souk El-Tnin (Bougie) est un militant engagé pour les libertés et la démocratie. Professeur d’enseignement secondaire et poète, il décide de partager ses écrits poétiques en éditant un très beau livre, intitulé« Les griffes du silence ».

Dans un style simple et très bien élaboré, Merah nous invite à découvrir des textes d’une très rare beauté. De l’amour à l’espoir, le la vie à la mort, de la beauté à l’absence, le poète nous laisse savourer une multitude de thèmes, soigneusement traités. Dans un poème en hommage au peuple kabyle, on peut lire : « Identité matée / Je suis un peuple qui se cherche. / J’ai toujours vécu rétif, Les mains pleines de pierres. / Sur mon chemin, Les pierres deviennent braises et les braises, soudain, cendres. / La cendre aveugle les yeux. Et lorsque les yeux ne voient plus, / Ils sont de nouveau à leur recherche / Je suis un peuple qui se cherche. / J’ai toujours vécu nain ! / D’ailleurs, j’ai failli coudre un costume pour ma petitesse. / J’ai toujours vécu au-dessous des cieux/ Pour moi, le toit a été voulu trop bas. C’est pourquoi, dans la rue, je suis sans tête ! / Je suis un peuple qui s’est beaucoup cherché ! / Aujourd’hui, ma peur est enterrée ! / Aujourd’hui, j’ai recouvert ma raison! / Désormais, je serai là dans la rue. / Je briserai ce damier où j’ai appris le silence… ».

L’artiste nous rappelle les incommensurables marginalisations auxquelles les Kabyles ont fait face, durant des siècles. Cependant, il laisse nous croire à des cieux plus cléments car les filles et les fils de cette région singulière de l’Afrique du nord vont bâtir un avenir meilleur. L’auteur nous écrit aussi sur l’Algérie. Des textes sont consacrés aux entraves politiques et sociales, ainsi aux sujets si sensibles tels que la nostalgie, l’avenir, la liberté… Merah nous dresse un tableau noir, toutefois, avec sa sensibilité et sa philosophie positive, il sait chaque fois réinventer l’espoir. « Chaque matin, Chaque soir / Je remercie une moitié de moi / Cette citadelle où brûlent les syllabes, / Cette masure où germent les vers de l’espoir. / Chaque matin, Chaque soir, Je remercie cette moitié qui me défie/ En face de la plénitude creuse des autres. / Chaque instant, Chaque matin et soir, Je redouble mes congratulations/ Envers ce voilier que les vents de la mort boudent Pour n’être accosté aux cotés de nulle tombe. / Chaque matin sans attendre le soir, J’efface les clôtures des hommes Et redessine de mes poings tant de départs. / Chaque matin, Chaque soir, / Je cueille des fleurs / Au jardin où les chênes flétrissent. / Chaque jour, du matin au soir, je rêve des jours où les rivières du silence tarissent ».

Un vrai artiste est à l’écoute de sa société. Merah n’échappe pas à cette règle noble et universelle. Son âme sensible et son engagement indéfectible lui inspirent des poèmes inouïs. En somme, « Les griffes du silence » de Youcef Merah est un très beau recueil de poésie qui va enrichir la littérature nord-africaine, déjà prolifique.

« Les griffes du silence » de Youcef Merah, Editions Alframed, 2011, 96 pages, 150 DA.