Made in Kabylie

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(CONTRIBUTION DE MACK AIT AOUDIA) – Il est de notoriété publique que la Kabylie est désavantagée par le gouvernement algérien sur le plan économique.  D’un côté, l’écart d’investissement dans les plans de développement depuis 1962 par rapport au reste de l’Algérie est flagrant.

Le dernier plan quinquénal a complètement omis de s’attarder sur les infrastructures en Kabylie, qui sont le moteur économique dans un pays. D’un autre côté, les recettes fiscales récoltées en impôts et taxes en Kabylie sont les plus fortes de toute l’Algérie. De là nous retenons de deux choses une: soit il n’y a que les Kabyles qui travaillent, soit ils sont des citoyens modèles s’acquittant de leur charges fiscales dans le but de contribuer au développement  du pays? Je pense que ni l’une ni l’autre option ne soit vraie. C’est plutôt voulu et planifié. Il semble évident que ça fait partie du plan d’affaiblissement économique qui remonte au temps du parti unique.

D’ailleurs, d’autres pratiques de ce genre se sont développées depuis ces temps de l’unique pensée comme le détournement de projets d’investisseurs étrangers vers d’autres regions d’Algérie. Quant aux investisseurs locaux, le nombre d’embuches qu’on met sur leur chemin est une preuve irréfutable qu’un plan contre la Kabylie est bel et bien en cours d’exécution. Sinon pourquoi empêcher Rebrab de faire un port et de créer un million d’emplois dans une région qui souffre d’un chômage endémique? Pourtant l’État n’a pas à y mettre des sous ou très peu. Et ce n’est qu’un exemple parmi tant d’autres.

D’autres discriminations existent également par le fait que l’État n’encourage pas les investissements étrangers par manque ou inexistence davantages et incitatifs fiscaux ou encore par la vétusté du système bancaire, complètement éculé. Ça explique pourquoi les milliers de centres d’appel ou de service à la clientèle des pays francophones sont au Maroc et en Tunisie et pas en Kabylie. Des milliers d’emplois potentiels sont ainsi perdus. Il faut préciser que sur ce chapitre, nos voisins Algériens en souffrent autant que nous. Idem pour plusieurs entreprises occidentales, elles s’installent ailleurs même si des incitatifs au niveau des compétences et des des ressources humaines ou naturelles la Kabylie se place en position de choix.

L’Algérie vit du pétrole. Son économie repose complètement sur ce dernier. Lors de la récente baisse des cours du pétrole à l’échelle mondiale, la panique a pris la demeure rapidement.

La production des biens et services est quasi inexistante. L’Algérie importe 95% de produits de consommation. Elle n’est pas foutue de cultiver la pomme de terre, elle préfère l’importer (même de piètre qualité). C’est de cette manière que l’État algérien a fait de ses citoyens des assistés sociaux. Des bouches à nourrir à la manière des petits moineaux. Tout le monde regarde l’État et veut sa part. L’entrepreneuriat est tué dans l’oeuf. L’entreprise privée est muselée et reduite aux petits commerces de détails qui donne de l’emploi aux jeunes.

Sachant que les réserves de ses ressources pétrolière algériennes ne dépasseront pas l’horizon 2040, il y a de quoi réfléchir car les Algériens n’auront rien à se mettre sous la dent et il ne sauront pas plus se faire à manger avec leur mentalité d’assistés sociaux. Que se passera-t-il alors? Le chaos et la pauvereté extrême d’où profilèrent tous les fléaux comme l’Islamisme. Pour y échapper, la Kabylie doit se séparer de l’Algérie et mettre en place dès maintenant des programmes de formation sur l’entrepreneuriat et l’économie afin de mieux assimiler les notions de base qui nous enseignent que la richesse est une conséquence d’une activité économique structurée et stable. Cette dernière est une résultante de l’activité humaine et non pétrolière.

La Kabylie doit se prendre en main sur le plan économique et cela passera par l’invention de Made in Kabylie. Mais que peut-on sans gouvernement? Que peut-on étant un peuple colonisé? Ce sera très difficile car l’environnement n’est pas favorable mais ne pas essayer et réessayer encore et encore de monter des unités de production serait d’admettre la mentalité algérienne d’assistés sociaux. Ce serait d’admettre être incapable de faire mieux et surtout autrement.

A mon avis, le GPK via ses contacts, FIDEK et autres fondations et fonds, la diaspora et ses amis seraient en mesure d’offrir des cours sur l’entreprenariat et le démarrage d’entreprises et sur la façon de faire des études de marché pour pister les secteurs d’activités ayant du potentiel selon les endroits. Car en ce moment, l’argent que les banques et l’ANSEJ prêtent aux jeunes est pour la plupart investi dans des cafés et salon de thé. Même un peu trop. Dans certaines localités, il peut y en avoir 4 sur un tronçon de 500 mètres. Conséquences, la clientèle est partagée et les 4 tenanciers qui n’arrivent plus à tout couvrir finiront par mettre la clé à la porte. Et c’est le retour au chômage d ublagi.

Il y a une grande volonté et une excellente fibre entrepreneuriale chez les jeunes Kabyles. Mais ils naviguent aussi dans un vide total et chacun tente de se frayer un chemin sans profiter de l’expérience de ceux qui ont essayé avant eux. C’est l’absence totale d’encadrement, d’accompagnement et de transmission du savoir et un savoir-faire inexistant.  Dans ces conditions, il n’y aura pas l’emergence du Made in kabylie de sitôt.

Mack Ait-Aoudia