Quelle école pour la Kabylie? 1 ère partie

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CONTRIBUTION (Tamurt) – Dans cet article, il est plus qu’utile d’engager une réflexion profonde sur l’école de demain. C’est-à-dire l’école Kabyle dans une Kabylie autonome. Avant d’entreprendre une quelconque suggestion sur les modalités d’une école Kabyle démocratique, laïque et citoyenne, il est de prime abord de souligner le caractère chaotique et l’échec de l’école Algérienne dans tout son ensemble. On peut, a priori, diviser l’enseignement en Algérie en deux phases :

Premièrement, la phase où les enseignements se faisaient uniquement en langue Française et ce dans la période coloniale, et qui a vu la sortie de beaucoup de cadres Francophones propulsés au sommet de plusieurs appareils de l’état ou jouissant de formations à l’étranger dont ils détiennent des postes importants. Mais cela n’a pas continué dans cette ligne à cause de la réforme de 1976. Même si la langue arabe a fait son entrée dans l’école Algérienne au lendemain de « l’indépendance ».

Deuxièmement, la phase d’arabisation massive et générale de l’école algérienne décidée par le pouvoir central d’Alger en vue d’anéantir et d’écraser les autres langues, comme le berbère, langue maternelle des populations du nord de l’Afrique ou le Français, butin de guerre selon l’expression de Kateb Yacine et cela à partir de 1976.

Effectivement, avec l’introduction généralisée de l’arabe dans l’enseignement fondamental et universitaire (tous les modules dispensés sont en arabe même ceux relevant du domaine technique et scientifique et ce depuis 1971 et on se demande comment les deux universités Kabyles, celle de Bejaia et de Tizi-Ouzou ont résisté à cet acharnement sans précédent).

La réponse est à trouver dans le courage et la résistance des Kabyles à ne pas céder aux pratiques machiavéliques du pouvoir Algérien. Le système éducatif Algérien accumule progressivement des échecs tant dans sa forme et dans son fond.

La première forme d’arabisation complète s’est vue infligée à la première année primaire en 1964 et progressivement à celle de la deuxième année primaire dès 1967. Le régime algérien n’a pas lésiné sur les moyens. Il en a mobilisé beaucoup qu’ils soient humains ou matériels en vue de venir au bout de sa politique d’arabisation totale de l’école. Il a fait venir, a cet effet, du Moyen-Orient des enseignants sous qualifiés, culturellement faibles et ne répondant à aucune norme d’enseignement. Décrié, le système éducatif mis en place alors par les pouvoirs publics n’a pas reçu d’échos favorables au sein de la population non arabophone et a vu en cela une stratégie d’écrasement de leur langue et culture à l’instar des Kabyles qui ont catégoriquement refusé de se rallier au marchandage du pouvoir algérien.

Des milliers d’élèves quittent les bancs de l’école précocement sans qualification ni niveau. Chaque année, des élèves se trouvent du jour en lendemain dans « la vie active » rejetés d’une part par l’école qui « ne veut pas d’eux » et d’autre part par la société qui voit en eux des personnes ratées et ajouter à cela la non prise en charge des pouvoirs publics de ces jeunes qui se trouvent dans le désespoir et le dégoût sans rien faire et n’ont qu’à raser les murs au fil des journées.

D’après des statistiques, 50 000 élèves quittent l’école chaque année. Les causes de ces déperditions sont dus à la mentalité des jeunes, notamment les garçons qui ne voient plus dans l’école un moyen de réussite sociale, vu le taux de chômage élevé dans la tranche des jeunes diplômés et universitaires (d’après un chercheur de la CENEAP ) ; en plus de l’idéologisation de certaines matières en l’occurrence l’histoire où les enseignants affectés à ces matières n’ont aucun diplôme universitaire relatif aux modules enseignés, ni qualification pour la prise en charge d’élèves en difficultés et ceci a engendré des conflits entre élèves et enseignants.

Mécontents du sort chaotique que leur a réservé l’état algérien, souffrant du regard péjoratif que leur porte la société qui les voit sans avenir et à la montée du chômage, ces jeunes s’insurgent et se déchaînent dans la rue pour exprimer leur ras-le-bol et porter des revendications. Et ceci a commencé en Kabylie en 1980 avec le printemps berbère, avec la montée au créneau des étudiants et intellectuels Kabyles pour revendiquer l’institutionnalisation du berbère.

Le malheur de l’école algérienne a commencé par cette politique suicidaire d’arabisation massive sans pour autant mettre sur pied une commission éducative indépendante en vue d’engager une étude et une réflexion plus étendue et approfondie sur les carences du système éducatif et les besoins de la population scolaire.

L’absence d’une politique linguistique répondant aux besoins réels de la population est la cause de tous les maux que l’école ressent aujourd’hui. La sacralisation de la langue arabe par l’état algérien a posé beaucoup de problèmes au niveau de l’école et a vu cette langue rejetée car le pouvoir algérien veut, en généralisant l’usage de cette langue importée et imposée, dékabyliser en instrumentalisant même la religion.

La législation au niveau linguistique portée par l’état algérien est défaillante et injuste ; elle a constituée un frein et un obstacle à une école performante et efficace. Légiférer en matière linguistique constitue un point essentiel voir vital dans l’avenir de l’école et surtout de la société.

A titre d’exemple, la langue Française a été placée dans le statut de langue seconde aux années 70 mais le mal l’a rattrapé en la plaçant dans le statut de langue étrangère. Ceci s’est érigé en obstacle dans le développement de cette langue des sciences et de la technologie au profit de l’arabe classique qui n’est pas utilisée dans le domaine scientifique et technique dans le monde du travail. Le Français s’est vu dépossédé de son vrai statut compte tenu de la réalité sociolinguistique immédiate de la société. Plusieurs études scientifiques confirment que la majorité de la population (ceux vivants dans les villes et surtout les Kabyles) sont plus Francophones qu’arabophones. Pourquoi le pouvoir algérien n’utilise pas ces études en vue d’adopter une politique linguistique adéquate ?

La réalité nous montre que ce même pouvoir adopte des lois selon une politique fratricide et scélérate. Sa seule préoccupation est de se pérenniser et de généraliser l’ignorance afin d’assurer la domination de sa progéniture.

Le système éducatif algérien est en dérive. Un mal créé par ces pseudos-responsables qui ont arabisé tout le pays et de ce fait dénaturalisé tout peuple qui croit en sa grandeur, en sa culture et traditions. Malgré la récente « reforme éducative » de la rentrée 2003/2004 que le pouvoir central exhibe avec fierté et arrogance avec l’introduction de l’approche par compétence, les élèves restent des victimes de cette école qui dépersonnalise l’enfant et veut lui inculquer une fausse identité selon laquelle il est arabe pour l’éternité.

Au lieu de développer chez cet enfant des compétences multiples à savoir acquérir des savoir-faire et savoir-être relatifs aux objectifs tracés en plus des valeurs de liberté, de démocratie, et de laïcité, l’enfant apprend qu’il est arabe et qu’il vit dans un pays arabe. Au lieu de s’ouvrir sur d’autres cultures-sans oublier sa propre culture- l’école le façonne selon le modèle islamo-baathiste importé d’Orient en vue de lui faire un lavage de cerveau pour qu’il devienne un adepte du panarabisme au détriment de son identité réelle, de sa culture et de sa langue) .

Tamazight est introduite en 1995 dans l’enseignement algérien grâce au long combat mené par des générations de militants et qui a atteint son sommet à travers le BOYCOTT de l’année scolaire et universitaire 1994/1995, une action inédite dans les annales de l’histoire. Même avec sa constitutionnalisation en tant que deuxième langue nationale, arrachée par le sang des martyrs du printemps noir, cette reconnaissance demeure symbolique et sert de cheval de TROIE.

Toute langue a besoin de son propre Etat. L’Etat algérien est celui de la langue arabe. A nous de fonder le Nôtre pour prendre en charge notre destin.

Par Younsi Mohamed, didacticien

Secrétaire national du MAK chargé de l’éducation