Ramadhan 2011 : Denrées alimentaires, flambée des prix

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ECONOMIE (Tamurt) – Comme tous les ans, dès l’approche du Ramadhan, que certains, par hypocrisie, et d’autres, par ignorance, appellent « mois de piété », les prix des produits alimentaires connaissent une montée vertigineuse.

Cette année donc, comme les précédentes, des millions d’algériennes et d’algériens connaîtront l’enfer pendant un mois. Rien que le prix de la viande donne le tournis. De 780 dinars le Kg, le prix de cette denrée alimentaire indispensable à chaque estomac atteint 870 dinars le Kg. Faut-il encore signaler que nous parlons de viande ordinaire ; celle qui, en Europe occidentale, est réservée aux chats et aux chiens.

Les prix des fruits et légumes ont soudainement doublé et même triplé. Il est donc inutile de répéter que c’est une véritable tragédie pour les bourses moyennes et en dessous de la moyenne, lesquelles forment de loin le plus grand pourcentage.

La question pertinente est cependant d’identifier l’origine du mal, et ce, au-delà du simple constat que le sieur Abdelaziz Bouteflika et son petit maître, le général Tewfik, soient les responsables apparents de la pauvreté criarde des ménages algériens. En effet, d’apparence, le général Tewfik, qui ne mérite même pas d’être suivi au talon par des petits soldats de plomb, et son petit agent, Abdelaziz Bouteflika, sont coupables d’incompétence ; incompétence dans la régulation du marché national. Car ce sont eux qui désignent des hommes et des femmes à des postes de responsabilité, soit ceux-là mêmes qui sont payés pour veiller sur les intérêts du peuple algérien, notamment en ce qui est de la sécurité alimentaire.

Et pourtant, dans le fond, ni le petit général ni son petit agent coiffé d’un chapeau de chef d’État ne sont responsables de la famine et la désolation qui frappent avec une violence inouïe les millions d’algériens durant le mois de Ramadhan. Pourquoi ne pas désigner dans ce cas alors l’Islam comme responsable de ce mal et, par ricochet, celles et ceux qui chantent sa vertu ?

Il faut savoir en premier lieu que les premiers à payer chèrement les retombées de ce mois de jeûne sont les croyants aux bourses faibles. D’un côté, les malheureux s’abstiennent de manger et de boire pendant toute la journée alors qu’ils dépensent de l’énergie au travail. À l’adhan, les malheureux rompent le jeûne d’un menu misérable. Beaucoup de familles algériennes se contentent de la chorba sans viande. Bien sûr, le ministre de la famille et de la solidarité vous dira le contraire.

Cependant, nos lecteurs doivent avoir à l’esprit que le journaliste fréquente la plèbe car il vit avec elle et que le ministre gagne plus d’un million de dinars par mois sans compter les petits larcins qu’il commet par-ci et par-là. En termes de calories indispensables au corps humain, chaque jour, beaucoup d’hommes et de femmes n’en donnent à leurs organismes qu’un tiers sinon moins de la ration journalière reconnue scientifiquement comme la norme, soit 3500 calories. Logiquement, après une journée de travail sans avoir mis quoi que ce soit sous la dent, une personne adulte aurait besoin d’un plat de soupe préparée avec de la viande, un plat de résistance avec un morceau de viande d’un poids avoisinant les 250 grammes et d’un ou deux desserts. Les boissons chaudes et froides ne sont pas prises en compte ici, bien qu’elles soient indispensables. En termes de valeur financière, un tel menu préparé pour une famille de six personnes reviendrait à au moins 4’000 dinars.

Lorsque l’on sait que la grande majorité des familles gagnent moins de 1’000 dinars par jour, nous laissons le soin à chacun d’imaginer le scénario. Bien sûr, les officiels algériens parlent du couffin de la solidarité. Tout d’abord, ce couffin n’est pas suffisant. Ensuite, il y a des algériens qui aiment vivre dans la dignité ; préférant faire face à la douleur de la faim à l’humiliation subie à faire la chaîne devant le Croissant Rouge ou le Restaurant de la Rahma.

Il va sans dire que la responsabilité dans cette tragédie humaine incombe aussi aux religieux. Le grand crime de ceux-ci est de terroriser les gens avec leur discours apocalyptique. « La misère d’ici-bas est un paradis par rapport à celle de l’au-delà ; les flammes de l’au-delà ravageront vos corps pour l’éternité », « l’ange de la mort vous posera le fer rouge sur le corps durant des siècles », etcétéra. Telles sont entre autres les fadaises et inepties que les théologiens criminels dispensent à longueur d’années aux esprits sensibles. Quand un homme entend ce genre de saloperies pendant toute son enfance, il préfère alors subir les petites misères du général Tewfik et son petit majordome, j’ai nommé Abdelaziz Bouteflika, que de courir le risque de « rôtir en enfer pour l’éternité ».

Si les malheureux citoyens venaient à avoir un petit courage à faire face à quelques principes de rationalité, ils s’apercevraient vite que les premiers à ne pas croire à l’existence d’une autre vie après la mort sont justement leurs prêcheurs. Car il paraît fort évident que tout prêcheur ou tout prédicateur croyant à l’existence autre que celle d’ici-bas, il n’aurait sans doute pas un gros ventre, un gros fessier et des joues lui tombant sur les épaules. Ils ne se conduiraient certainement pas aussi comme des lâches vis-à-vis de ceux qui les payent. Et pour conclure, si les algériennes et les algériens tiennent absolument à ne point subir les flambées de prix d’un quelconque mois de l’année, ils ont à avoir à l’esprit qu’aucun « savant musulman » n’arrive jusqu’au jour d’aujourd’hui à la cheville de Karl Marx en matière de réflexion. Le contenu de son Capital est beaucoup plus riche en matière de renseignements indispensables à l’homme que tous les textes dits « divins ».

Somme toute, manger, boire et faire l’amour à midi pendant le Ramadhan ne mèneront personne aux flammes éternelles.