Séminaire à Tizi-Ouzou sur la violence et les droits de l’Homme en Algérie : « Beaucoup reste à faire en Kabylie», selon le Dr Mahmoud Iboudarene

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TIZI-OUZOU (Tamurt) – Invité à animer une conférence autour du thème : « violence et droits de l’Homme » et devant une assistance attentionnée, le conférencier, psychiatre de son métier et non moins député, agissant sous les couleurs politiques du Rassemblement pour la Culture et la Démocratie (RCD), a développé un discours sans la moindre concession ni à la vulgarité ni à la situation réelle qui prévaut dans le pays en matière de violence, laquelle se répercute directement sur les doits de l’Homme.

Fidèle à l’exigence de son statut d’homme de science, le conférencier a d’abord défini et largement explicité les différents concepts de la violence . Celle-ci est répertoriée par le Dr Iboudarène en sept points, à savoir : le lieu d’expression de la violence, la violence sexuelle dans la famille et la vie conjugale, la violence à l’école, l’université, dans l’entreprise, violence vis-à-vis des animaux et champ politique (répression de la revendication des libertés). Abordant ensuite le chapitre relatif à la violence symbolique, le conférencier la classifie comme suit : pauvreté et misère, chômage et injustice sociale, manque de loisirs, rôle et statut de la femme, altération de la qualité de vie (environnement), absence de liberté et de démocratie, Etat autoritaire et Etat fasciste, absent ou démissionnaire (climat d’insécurité). Le Dr Iboudarène a été prolixe. Il ne pouvait être autrement, vu que le sujet ne pouvait qu’être vaste.

Cependant, il y a lieu de retenir que pour appuyer sa thèse sur un manque à gagner en matière des droits de l’Homme, l’invité de la Maison des Droits de l’Homme et du Citoyen de Tizi-Ouzou que dirige un groupe d’hommes dont M. Arezki About, a cité comme exemple les multiples kidnappings perpétrés en Kabylie et l’inaction de l’Etat . » En matière d’emploi », signale encore le Dr Iboudarène, « rien qu’au niveau de la wilaya de Tizi-Ouzou, pas moins de I0.000 demandes d’emploi sont enregistrées annuellement « . Faisant ensuite le parallèle entre les entrepreneurs et autres investisseurs qui ne voient pas les conditions d’investissement réunies puisque la menace de kidnapping pèse sur eux et les chômeurs dont le nombre augmente d’année en année, cela ne peut aboutir qu’à la désertion de la région. En effet, l’investisseur va chercher des cieux plus cléments pour investir son argent et son savoir-faire et le chômeur va également chercher un emploi ailleurs.

Le conférencier n’a pas omis également de parler de la volonté du pouvoir de singulariser la Kabylie. Amené à citer des preuves de ses allégations, le député du RCD cite l’exemple de l’affaire Caps Igli (Béjaia) qui remonte à I979, où l’Etat a parachuté des armes sur la plage et a voulu montrer du doigt les Kabyles désireux de destabiliser le pays. L’invité de la Maison des Droits de l’Homme et du Citoyen de Tizi-Ouzou cite également le cas de » la campagne d’évangélisation » menée en Kabylie. « Or, clame le Dr Iboudarène, l’évangélisation est plus importante aussi bien à Constantine qu’à Oran ».

Nonobstant le constat qui prête au pessimisme et au découragement, le conférencier dit haut et fort que rien n’est perdu et que l’espoir est plus que jamais permis. Le Dr Iboudarène, au sang froid indiscutable, est allé jusqu’à souligner les acquis considérables obtenus depuis I980 à ce jour. Là encore, il appuie sa thèse par des exemples. « En effet, dit-il, aujourd’hui, nous jouissons du droit de nous réunir ici pour discuter et débattre des droits de l’Homme, alors que cela aurait impossible avant le Printemps amazigh. Aujourd’hui encore, ajoute-il, nous pouvons transcrire des textes en tamazight en toute légalité, etc. ».

Enfin, le conférencier a plaidé pour le dialogue franc et la tolérance entre toutes les parties concernées pour arriver à une synergie capable d’endiguer les différents maux dont souffre la Kabylie et, du coup, faire valoir les droits de l’Homme et de l’être humain.