Tizi-Ouzou : grève des producteurs de lait les 10 et 11 mars

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Les producteurs et collecteurs de lait ne distribueront pas le lait au niveau de la wilaya de Tizi-Ouzou durant les journées des 10 et 11 de ce mois. C’est qu’ont annoncé MM. Rabah Ouguemmat et Mouloud Amis qui sont respectivement président et le secrétaire général de l’association pour le développement de l’agriculture de la commune de Timizart (ADACT) dans une conférence de presse qu’ils ont animée samedi au siège de l’UNPA de Tizi-Ouzou.

Cette décision de ne pas servir de lait durant ces journées pour protester contre les lourdes charges pesant sur les éleveurs et producteurs de lait a été prise lors de l’assemblée générale des professionnels de lait tenue à Tmizart en date du 28 février dernier.

Les deux conférenciers, entourés et appuyés par plusieurs de leurs camarades et confrères ont déclaré que cette action se veut comme un appel au secours à l’endroit des pouvoirs publics desquels est attendu la révision à la hausse les prix de subvention de leur lait ainsi que la mise en marche de certains mécanismes relatifs au statut de l’agriculteur en général, l’éleveur et le producteur de lait particulièrement.

Les deux conférenciers, avec des données chiffrées à l’appui, ont signalé qu’ils travaillent à perte au point qu’ils n’arrivent même plus à subvenir aux besoins les plus élémentaires de leurs familles. « Aujourd’hui, ont signalé le président et le secrétaire général de l’ADACT, l’éleveur et le producteur de lait dans notre pays sont synonymes d’indigents ».

Dans sa déclaration préliminaire, l’ADACT signale dans son passage de préambule que « mieux illustrer notre propos, nous à citer quelques exemples parmi tant d’autres. Ainsi, il en est du lait dont le prix de vente est fixé à 34 DA alors que son prix de revient dépasse largement les 70 DA. Partant, on peut se demander quel est l’apport de la subvention fixée à 12,00 DA tout en sachant que le pris de l’aliment de vache laitière est concédé à un prix de 3.700, 00 à 4.000, 00 DA le quintal dans le meilleur des cas. »

Le document signale également que « le gros de notre bétail étant élevé en hors sol, vu que les proportions de terres réservées au pâturage sont insuffisantes pour subvenir au besoin du cheptel, nos éleveurs sont contraints de s’approvisionner en foin qui nous arrive des autres régions du pays, donc, de fait, nos agriculteurs se retrouvent livrés à la merci des monopoles ; ce qui rend cet aliment hors de prix puisque la botte nous est concédée à raison de 850, 00 DA ».

Les revendications exprimées par l’ADACT sont au nombre de 18 dont le prix de vente du lait à 60 DA, le prix de la subvention du lait à 30 DA, la subvention des pris des aliments et veiller sur le rapport qualité prix et l’installation d’un laboratoire pour le contrôle de qualité locale, revoir les assurances tout risque en tenant compte des maladies contagieuses comme la tuberculose et la brucellose etc..

Les conférenciers qui ont tenu à noter qu’en dépit de sa dimension communale, il n’en demeure pas moins qu’elle jouit de l’adhésion de tous les agriculteurs, éleveurs et producteurs de lait de toute la wilaya de Tizi-Ouzou, et ce sans compter la reconnaissance et sympathie qui lui sont manifestées par les autres professionnels du secteur des autres régions du pays comme Boumerdès, Sétif pour ne citer que ces deux là. Du coup, les conférenciers ont tenu à signaler la dichotomie réelle existante entre les agriculteurs, éleveurs et producteurs de lait de l’ensemble de la wilaya de Tizi-Ouzou et l’association des producteurs de lait de la wilaya de Tizi-Ouzou (APLWT.O).

A la question de savoir pourquoi cette non reconnaissance de l’APLWTO, les conférenciers ont répondu qu’ « elle ne représente aucunement nos intérêts ».

Et de fil en aiguille, l’ADACT a signalé l’existence de la mafia dans le secteur des viandes et laits dans la wilaya de Tizi-Ouzou. De même, à la question de savoir la position des autorités vis-à-vis de l’ADACT, les conférenciers ont affirmé qu’ils ont été effectivement reçu en audience par le directeur de l’agriculture de la wilaya de Tizi-Ouzou. « Cependant, ont souligné les conférenciers, ce directeur nous a indiqué tout de go que ce n’était à nous qu’échoit la mission de discuter des prix du lait ».

Par ailleurs, les conférenciers ont dénoncé vigoureusement le non respect des règles du jeu par les assurances. « Même en nous assurant tous risques et, par conséquent, nous payons le prix réel de tout risque, le remboursement est en deçà quand il y a remboursement puisque les assureurs ne prennent pas en considération les maladies de la brucellose et la tuberculose, maladies qui touchent le plus le bovin », ont déploré les conférenciers. Ils ont également signalé que beaucoup de cheptel importé de l’étranger n’est pas indemne de maladies, de la brucellose et la tuberculose notamment. « De ce fait, ont signalé MM. Ouguemmat et Amis, beaucoup d’éleveurs se sont carrément ruinés ».

Les conférenciers ont également dénoncé certaine formes procédurales exigées par l’Etat quant au moyen de se débarrasser d’un animal malade, du constat de sa mort et les faits se rapportant au dédommagement lesquelles sont dépassées car souvent, elles sont à l’origine de la ruine de l’éleveur. « C’est pour ces raisons également, ont-ils signalé, que beaucoup d’éleveurs refusent de demander un agrément pour l’élevage ». Le président et le secrétaire général de l’ADACT ont affirmé qu’au niveau de la commune de Timizart seulement, il existe pas moins de 780 éleveurs et la plupart part d’entre eux exercent sans agrément pour ne pas à payer des assurances dont ils ne bénéficient pas.

A la question de savoir la quantité journalière de lait produite à l’échelle de wilaya, les conférenciers ont avancé le chiffre de 67.000 litres. Pour mieux renseigner sur leur situation « alarmante », les conférenciers ont fait recours aux mathématiques pour le démontrer. Même la perte annuelle a pu être déterminée. Dans ce calcul, il a été mis en évidence les dépenses journalières par tête de bétail, tous frais compris, et le prix de vente du lait ou de viande.

Notons enfin que les conférenciers ont annoncé que l’action de protestation des éleveurs se traduira le 10 mars, soit donc demain, par une longue caravane de voitures auxquelles seront attelées les citernes de lait qui partira de Timizart à 10 heures pour arriver au chef-lieu de wilaya et à partir d’où seront sillonnées les rues de la ville dont le passage menant à la direction de l’agriculture de la wilaya. S’agissant de quoi en faire avec le lait à produire durant ces deux journées, les conférenciers ont répondu qu’ils en feront un don « car le déverser dans un ruisseau ou sur la chaussée ne fait pas partie de notre culture algérienne ».

« Cependant, ont-ils averti, si nos revendications ne sont pas satisfaites, nous irons vers la radicalisation de notre mouvement ». Invités à être plus explicité sur ce mot « radicaliser », les conférenciers ont fini par lâcher : « Nous ferons un barrage de lait et la fontaine d’eau du centre ville de Tizi-Ouzou giclera du lait à la place de l’eau ! ».

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