Vent de changement : la fausse sérénité du régime

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Les autorités algériennes se reconnaissant, à juste titre, parmi les destinataires de l’hommage, ont expulsé son auteur. Manière de réprimer la subversion démocratique d’où qu’elle vienne, mais aussi manière de faire amende honorable.
L’incident rappelle l’époque Ben Ali, où chaque journaliste, chaque artiste qui arrivait en terre tunisienne se voyait affecter son flic pour la durée du séjour. On le reconnaissait vite, et pas seulement à ses Ray Ban bon marché : il suffit de s’attabler pour qu’il s’attable, de se lever pour qu’il se lève, de se déplacer pour qu’il se déplace, de s’arrêter pour qu’il s’arrête. La grande discrétion de la police des autocraties.

À cette époque, c’était le régime tunisien qui se méfiait de la subversion démocratique qui pouvait, croyait-il, venir d’Algérie. Pourtant, notre président enviait alors l’exemple tunisien, probablement pour la soumission absolue dans laquelle la société tunisienne était maintenue. À un certain “Congrès mondial pour la paix et la solidarité”, organisé à la veille du 5 juillet 2002, le président de la République, Abdelaziz Bouteflika, proclamait que “la Tunisie, en matière de démocratie, est un un modèle”.

Si, dans le combat entre l’obstination autocratique et l’aspiration démocratique, l’Algérie se retrouve aux côtés des forces d’inertie, c’est “grâce” à l’œuvre de restauration réalisée par le régime actuel contre le peu d’avancées capitalisées par les luttes pour les libertés. Que l’Algérie, premier des États d’Afrique du Nord et du Moyen-Orient à voir institué l’alternance au pouvoir, soit revenue sur ce principe fut exemplaire de ce processus de régression politique en cours depuis 1999.

Le 12 novembre 2008, dans sons son message au Parlement qui venait de voter l’amendement constitutionnel autorisant un renouvellement sans limite des mandats présidentiels, Bouteflika revendiquait une spécificité démocratique justifiée par le fait que la démocratie “ne pouvait constituer un modèle universel unique pour toutes les nations”.

Dans son attitude face aux développements que connaît le monde arabe, l’Algérie exprime clairement ce parti pris conservateur, même si elle le fait avec une certaine gêne, histoire de ne pas compromettre l’avenir des relations avec les régimes alternatifs aux autocrates déchus ou en voie de l’être.
Les relations polémiques avec le Conseil libyen de transition, le temps mis à exécuter la mesure onusienne de blocage des comptes du “Guide”, le mutisme de la télévision du pouvoir sur la brutalité répressive des pouvoirs contestés, sont significatifs de ce malaise d’un régime qui revendique sa démocratie, même “spécifique”, mais qui se sait objectivement établi dans le camp des dictatures éculées.

Cette gymnastique des attitudes est encore plus manifeste quand l’Algérie, devant le massacre à huis clos des Syriens par un président qui n’hésite pas à engager ses forces navales dans la répression de son peuple, se contente de “déplorer”.
Sous ses airs sereins, et malgré tous les subterfuges appelés en renfort, des augmentations salariales en cascade aux réformes en gestation prolongée, notre régime reste tout de même inquiet devant la menace que constitue le vent de changement qui ébranle notre région.