Assassinat de Lounès Matoub – Y aura-t-il enfin le procès le 10 juillet ?

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A préciser d’emblée que ces deux personnes qui séjournent depuis 12 ans derrière les barreaux ont été innocentées par la famille de la victime dés la fin de l’année 1998. En effet, la famille de sang de Matoub Lounes n’a jamais cru à l’implication de Chenoui et Medjnoun dans la terrible fusillade de Thala-Bounane et encore moins qu’ils soient eux-mêmes les instigateurs de l’assassinat.

Il reste à savoir si les nombreux témoins – plus d’une centaine où figurent des hiérarques et autres dignitaires du régime algérien- que la partie civile a cité à comparaître en cette qualité (témoins) seront au rendez-vous tant attendu ?

Jamais l’assassinat d’une personnalité en Algérie n’a suscité un tel intérêt de la part des kabyles et autant de controverses.
S’il est vrai que la quasi-totalité des kabyles et des fans du Rebelle s’accordent à dire que l’assassinat de ce dernier est avant tout politique, dont les commanditaires sont à la tête du pouvoir algérien, il n’en demeure pas moins qu’on ne dispose pas de preuves matérielles irréfutables confirmant la culpabilité de celui-ci.

Cependant, on peut constater plusieurs anomalies qui, pour le moins qu’on puisse dire, suscitent des interrogations, notamment sur la manière dont l’affaire est menée depuis le début par les autorités algériennes.
En effet, la gendarmerie d’Ath-Douala a fait disparaître les pièces à conviction avant l’arrivée sur les lieux du procureur et du médecin légiste comme par exemple le lavage de la voiture, l’éclipse de la chemise de la victime, etc. Pourquoi?

Le même jour encore, soit le moment où le cadavre de la victime a été déposé à la morgue du CHU de Tizi-Ouzou, un gaillard militaire portant une tenue civile a été placé en faction devant la porte de la morgue. Tout journaliste ayant osé s’approcher de la morgue a « récolté » de la part du gaillard toute sorte d’insultes. L’obscénité du « gorille » aurait fait rougir de honte l’empereur des paltoquets. Pourquoi avait-on donc peur que les journalistes aillent voir et photographier le cadavre ?

Autre anomalie: le wali de Tizi-Ouzou a convoqué, quelques jours seulement après le crime, la famille de la victime pour lui remettre un chèque bancaire de l’ordre 720.000,00 DA. D’ordinaire, les familles des victimes du terrorisme ont affaire à un parcours de combattant pour prétendre à la perception d’une pension. Et celle-ci ne dépassait pas un montant mensuel de 15.000,00 DA.
Pourquoi donc la famille du Rebelle s’est vue proposer un montant de 720.000,00 DA et sans subir l’enfer de la bureaucratie ? Depuis quand la famille d’un Homme depuis toujours pourchassé par le pouvoir est devenue prioritaire devant les institutions algériennes?

autre anomalie flagrante: pourquoi l’enquête a été confiée au Département du Renseignement et de la Sécurité (DRS) et non aux services de la police criminelle ou la gendarmerie nationale ? Le chanteur engagé kabyle était bel et bien un civil et non un militaire, les deux accusés aussi. D’ailleurs, jusqu’au moment des faits, ils jouissaient légalement de leur statut de repentis terroristes ! Au vu du lieu et de la nature du crime, c’est la gendarmerie nationale d’Ath-Douala qui devait s’occuper de l’enquête.

La reconstitution des faits aussi a été menée dans des circonstances plus que douteuse. En effet, aucun témoin du crime, c’est-à-dire ni l’épouse ni les deux belles-sœurs de la victime, n’ont participé à la reconstitution des faits. Les trois sœurs étaient en France à ce moment là. Quant à Mohamed Chenoui, l’un des deux accusés encore vivants, il n’était pas descendu de la voiture de la gendarmerie où il était enchainé comme un bagnard.

Aussi, selon les dires de Malika Matoub à l’occasion d’une conférence-débat qu’elle a animée à la maison de la culture Mouloud Mammeri deTizi-Ouzou, tous les gendarmes en exercice à Ath-Douala ont été mutés ailleurs dans les 15 jours ayant suivi la tragédie de Thala-Bounale. Or, la version officielle d’alors, relayée par quelques personnalités politiques kabyles, faisait état de l’implication seule du Groupe Islamique Armé (GIA) dans l’assassinat. Est-ce alors le GIA qui décide de la mutation des gendarmes ? C’est complètement ridicule ! Où est donc l’intérêt de muter tous les gendarmes de Ath-Douala pour les remplacer par d’autres gendarmes qui ignoraient tout de l’affaire et de la scène du crime ?

Il n’est pas également superfétatoire de noter qu’un élément de la police scientifique aurait confié à son collègue que « l’opération est chirurgicale » (l’attentat ayant coûté la vie à Lounès Matoub NDLR). Cela veut dire en langage policier que l’opération de tuerie a été menée avec une grande délicatesse et donc exécutée par des « professionnels du crime ». Ce qui n’est pas le cas des terroristes, qui n’ont pas l’habitude de travestir leurs opérations.

De toutes ces anomalies et des dizaines d’autres qu’on aurait pu citer, trois questions fondamentales s’imposent : Qui a réellement assassiné Lounès Matoub ? Comment a-t-il été assassiné ? Pourquoi a-t-il été assassiné ?
C’est à la justice qu’échoit la mission de trouver des réponses à ces questions qui tiennent en halène les fans inconditionnels de Lounes Matoub depuis maintenant douze ans.

Ce que l’on sait en revanche, c’est que l’assassinat du Rebelle a provoqué de violentes émeutes dans toute la Kabylie. Quelques mois plus tard M. Liamine Zeroual, président de l’Algérie à l’époque, démissionne.
Existerait-il donc une corrélation entre l’assassinat de Lounes Matoub et la démission du Président Liamine Zeroual ? Cet assassinat est-il causé par la lutte intestine entre les clans du pouvoir? Sans doute !

Beaucoup de responsables algériens dont Abdelaziz Bouteflika connaissent parfaitement la vérité sur l’affaire du Rebelle. Verra-t-on cette vérité jaillir enfin du tribunal criminel de Tizi-Ouzou après le procès du 10 juillet où aurons nous affaire, encore une fois, à une supercherie de l’état pour clore l’affaire Lounes Matoub avec une version des faits officielle combien même erronée ?