De la standardisation de taqbaylit (partie 2/4)

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Professeur Kamel Bouamara

Standardisation de taqbaylit (Tamurt) – Dans la première partie de cette contribution, j’ai discuté des systèmes graphiques que taqbaylit a acquis jusque-là. Pour rappel, je disais que :

1. la dotation de taqbaylit d’une graphie et d’une tradition d’écriture, digne de ce nom, s’est faite en dehors des canaux officiels et a, par conséquent, échappé au contrôle de l’État algérien, pour des raisons que nous connaissons: l’État algérien voulait éradiquer cette langue.

2. cette tradition d’écriture s’est imposée d’elle-même grâce aux efforts de quelques écrivains et berbérisants, dont la liste est longue.

Donnons un sens plus pur aux mots que nous utilisons

Depuis deux décennies au moins, nous assistons, périodiquement, à des débats « ouverts » qui portent sur la « meilleure graphie » à adopter « pour transcrire tamazight » ; il est tout le temps question de choisir entre trois « graphies » possibles et imaginables : la graphie latine, l’arabe ou enfin le tifinagh. Ces débats sont biaisés dès le départ, et ce, pour deux raisons au moins.

D’abord, cette soi-disant « question de graphie » que l’on pose publiquement, et à l’échelle algérienne en plus, on veut en faire une question politique, et une question d’ordre général. À ce rythme-là, bientôt on nous dira que la question est sujette à référendum.

Il convient sans plus tarder de remettre les pendules à l’heure. Primo, étant donné que les langues appartiennent seulement à leurs locuteurs, la question de tamazight appartient exclusivement aux Imazighen et celle de taqbaylit aux seuls Kabyles. Secundo, si ce n’est de l’inconscience ou du culot, à moins que ce ne soit tout simplement pour exécuter des ordres, comment ose-t-on se prononcer sur un sujet, en l’occurrence l’aménagement de tamazight, dont on ignore tout, y compris la phonétique ou la phonologie ? Il est vrai que les vrais universitaires et intellectuels donnent rarement leurs avis dans des journaux ou magazines, puisqu’il existe des revues spécialisées qui leur ouvrent leurs espaces pour contribuer au débat autour d’un sujet de pointe, comme la question de l’aménagement de tamazight.

J’en viens maintenant à la seconde raison. Un problème bien posé, dit-on, est à moitié résolu. Le problème de la standardisation de tamazight en Algérie ne se pose plus en terme de graphie à adopter, à moins que, pour des raisons idéologiques ou autres, on décide de faire table rase du passé ayant trait au travail sur cette langue et que l’on adopte le principe du nivellement par le bas, selon le principe: « Recommençons… à zéro! ».

L’usage que l’on a fait jusqu’à présent des graphies latines, arabes et tifinagh pour « transcrire tamazight » n’est ni le même, ni identique. Les deux dernières ne sont encore qu’à l’état de la toute première expérimentation, en revanche la première est très nettement en avance. En effet, en Algérie, les deux dernières ne sont ni aménagées, ni normalisées à ce jour. En revanche, la transcription de tamazight en caractères latins, ou plus exactement gréco-latins remonte à l’époque coloniale. Depuis cette date, ces systèmes graphiques ont été, périodiquement, aménagés, normalisés et adaptés à la phonétique-phonologie des variétés de tamazight, dont précisément taqbaylit. Aujourd’hui, par exemple, taqbaylit s’écrit au moyen d’un système graphique à base gréco-latine très largement dominant, lequel est appelé, à juste titre, l’alphabet usuel, bien qu’il y ait en parallèle d’autres systèmes à base latine, lesquels sont par ailleurs loin de concurrencer cet alphabet usuel.

Où en est taqbaylit en matière de standardisation ?

Le processus de standardisation de taqbaylit consiste en l’élaboration, au moyen de l’écrit, d’une « taqbaylit standard » ou, autrement, d’une « norme ».

Bien que beaucoup de problèmes liés à cette question soient déjà posés et aient trouvé des solutions, il y en a à ce jour qui restent « en suspens », en ce sens que ces derniers ont reçu de la part des linguistes et d’autres usagers, tels que les écrivains, les enseignants, journalistes (s’il s’en trouve)… différentes solutions. Ces problèmes se situent, en gros, à différents « niveaux » linguistiques (au sens large). De bas en haut, nous en citerons les suivants :

— Celui de l’alphabet (= phonético-phonologique) ;
— Orthographe des « mots » (= unités lexicales) ;
— Orthographe des syntagmes et celle des phrases ;
— Choix du (ou des) corpus de référence ;
— Production d’outils de grammatisation (grammaires, dictionnaires…).

Conclusion

De nos jours, il est rare de rencontrer un problème relatif à la standardisation de taqbaylit qui ne soit pas encore abordé et qui n’ait pas reçu de solutions. Quelquefois, c’est même la diversité des solutions proposées et, par conséquent, l’embarras du choix entre celles-ci qui posent problème, puisqu’ils déroutent certains néophytes. D’où la nécessité d’instituer un cadre scientifique, académique et fédérateur où l’on peut débattre sereinement de ces écueils et leur trouver des solutions définitives.

En attendant l’avènement tant attendu de ce cadre fédérateur, diverses solutions sont séparément proposées aux problèmes qui ne cessent de se poser à nous. Il est d’ores et déjà permis à chacun et à chacune d’opérer des choix parmi les solutions disponibles. Mais de grâce! ne suivez pas ceux et celles qui vous proposent le nivellement par le bas! Autrement dit ceux et celles qui font un pas en avant… et plusieurs pas en arrière.

Professeur Kamel Bouamara

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