Dixième anniversaire de l’élaboration de la plateforme d’El Kseur, les rêves inachevés des enfants de la protesta

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BOUGIE (Tamurt) – Le 18 avril 2001, un jeune lycéen, Massinissa Guermah est assassiné à la fleur de l’âge par des gendarmes dans la brigade de gendarmerie d’Ath Douala, dans la wilaya de Tizi-Ouzou. Cet évènement tragique avait mis toute la Kabylie en situation de rébellion. La contestation de rue se dégénère de plus en plus faisant 126 victimes parmi les manifestants et plus de 6000 blessés et handicapés à vie. Pour arrêter l’effusion du sang, des sages et des intellectuels kabyles se structurent dans des comités de villages, de quartiers et de villes. Ce qui donnera naissance au mouvement citoyen, appelé communément les Aârouch.

Cette organisation se dote d’un document de revendication. Un document qui a été élaboré le 11 juin 2001, à El Kseur dans la wilaya de Bougie, par les représentants des wilayas de Sétif, Bordj-Bou-Arréridj, Bouira, Boumerdès, Béjaïa, Tizi-Ouzou, Alger ainsi que par le Comité collectif des universités d’Alger. Le mouvement populaire devait déposer sa plateforme de revendications à la Présidence de la répu­blique, à l’issue de la manifestation grandiose du 14 juin qui a drainé près de 2 millions de marcheurs. Cependant, les forces de l’ordre répriment la marche pacifique et avorte la démarche des Aârchs.

Ce fameux document contient les 15 point suivant :
-1 Pour la prise en charge urgente par l’Etat de toutes les victimes blessées et familles des martyrs de la répression durant ces événements.
-2 Pour le jugement par les tribunaux civils de tous les auteurs, ordonnateurs et commanditaires des crimes et leur radiation des corps de sécurité et des fonctions publiques.
-3 Pour un statut de martyr à chaque vic­time de la dignité durant ces événements et la protection de tous les témoins du drame.
-4 Pour le départ immédiat des brigades de gendarmerie et des renforts des CNS.
-5 Pour l’annulation des poursuites judi­ciaires contre tous les manifestants ainsi que l’acquittement de ceux déjà jugés durant ces évènements.
-6 Arrêt immédiat des expéditions puni­tives, des intimidations et des provoca­tions contre la population.
-7 Dissolution des commissions d’en­quête initiées par le pouvoir.
-8 Satisfaction de la revendication ama­zighe dans toutes ses dimensions (identitaire, civilisationnelle, linguistique et culturelle) sans référendum et sans condition, et la consécration de tamazight en tant que langue nationale et officielle.
-9 Pour un Etat garantissant tous les droits socioéconomiques et toutes les libertés démocratiques.
-10 Contre les poli­tiques de sous-déve­loppement, de paupé­risation et de clochar­disation du peuple algérien.
-11 La mise sous l’au­torité effective des instances démocrati­quement élues de tou­tes les fonctions exé­cutives de l’Etat ainsi que les corps de sécu­rité.
-12 Pour un plan d’ur­gence socioécono­mique pour toute la région de Kabylie.
-13 Contre tamheqra­nit (hogra) et toutes formes d’injustice et d’exclusion.
-14 Pour un réaménagement au cas par cas des examens régio­naux pour les élèves n’ayant pas pu les passer.
-15 Institution d’une allocation chômage, à hauteur de 50 % du SNMG, pour tout demandeur d’emploi.

Le mouvement citoyen exigeait une réponse officielle, urgente et publique à cette plate-forme de revendications. Mais en vain. Plusieurs années de contestation populaire et de luttes pacifiques ne feront pas aboutir la plateforme d’El Kseur. Une plateforme qui allait mettre les premiers jalons de la démocratisation de l’Algérie. Avec le temps, la foule a finie par s’épuiser et les Aârchs n’arrivaient plus à drainer les foules. Certains délégués sont rentrés chez eux, d’autres se sont engagés dans des couses électorales sans succès, d’autres personnes tentent, ces jours-ci, en vain, de restructurer leur organisation.

Rappelons que le chef du gouvernement Ahmed Ouyahya avait signé à l’époque, au nom de l’Etat algérien, un protocole d’accord avec le Mouvement citoyen pour la mise en œuvre du fameux document d’El Kseur en janvier 2005. Depuis, si peu de choses sont palpables sur le terrain.

Qu’attendre d’un pouvoir qui ne respecte pas ses engagements? C’est suite à cet épisode que le divorce entre la Kabylie et le pouvoir algérien fut consommé.