Louiza Aït Gherbi : « Je suis poétesse par engagement identitaire »

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Louiza Aït Gherbi
Louiza Aït Gherbi

KABYLIE (Tamurt) – Écrivaine et poétesse de grand talent, Louiza Aït Gherbi garde toujours dans ses tiroirs ses manuscrits et recueils de poésie, écrits depuis de longues années. La raison n’est autre que le manques de moyens. Vu qu’elle est militante engagé dans le combat identitaire depuis son jeune âge, Louiza Aït Gherbi est marginalisée par les autorités algériennes qui préfèrent soutenir toujours les auteurs arabophones. Loin de baisser ses bras, elle compte un jour publier ses livres, écrits faut-il le préciser, en kabyle et en français.

Présentez-vous à nos lecteurs?

Je m’appelle Ouiza Ait-Gherbi. J’ai 50 ans, native de Mekla, domiciliée à Guendoul, un beau village situé dans la Commune de Freha dans la région de Tizi Ouzou, en Kabylie. Je suis écrivaine d’expression kabyle et française. Je me nourrie des deux cultures pour servir l’une par l’autre et enrichir les patrimoines respectifs. Mes œuvres sont bon gré mal gré le réceptacle et la résultante synthétique de la biculture. Je suis donc la promotrice de deux belles langues celles de Molière et de Mohia.

Pourquoi êtes-vous dans la poésie?

Je ne me suis pas imposée dans la poésie par hasard. C’est un talent que j’ai mis en valeur par un engagement identitaire pour ma kabylité et ma langue maternelle qui souffrent depuis des siècles de l’arabo-islamisme qui tente de la faire disparaître du patrimoine de l’humanité comme le confirme les rapports de  l’UNESCO.

Quel genres de poésie en faites vous?

Je traite tout type de sujets sociétaux notamment les répressions identitaires, les dénis historiques, la confiscation des valeurs kabyles, les marginalisations économiques, les défis environnementaux, les frustrations sentimentales ….les questions sociétales agitant la société kabyle dans toutes ses voies d’émancipation vers ses idéaux de liberté…

Vous avez produit des livres mais ils ne sont pas édités pourquoi?

J’ai actuellement trois manuscrits en langue amazighe et deux en français et d’autres en  instance. Je n’ai rien publié à ce jour, faute de moyens car il n’y aucun soutien pour les écrivains kabyles ni des mécènes ni de l’État dont nous sommes citoyens de second collège en tant qu’écrivain kabyle d’expression kabyle, sinon comment expliquer les subventions colossales de l’Etat algérien pour les écrivains arabophones pour valoriser cette langue des descendants des Hilaliens au détriment de notre langue autochtone pratiquer des siècles par nos ancêtres avant l’ère moderne. Nul n’a le droit de nous faire disparaitre de l’Histoire.

Les livres de langue kabyle ouvrent  droit à un coefficient de revalorisation pour rétablir notre langue dans ses droits naturels dans nos propres patries en tant que premier peuple de l’Afrique du Nord.

En tant que poétesse dans le monde des Hommes en trouvez-vous des difficultés?

Non pas du tout, je n’en trouve aucune parce que je me vois toujours comme eux d’autant plus que l’on est tout de même dans le même domaine. Il est important de noter que la Kabylie n’est pas misogyne dans ses pratiques quotidiennes.
Les frères poètes d’expression kabyle sont adorables. Nous coopérons ensemble tel un grand orchestre harmonieux.
Les Kabyles tombent en pâmoison devant l’orfèvrerie des beaux mots des artisans du verbe car ils sont tous amoureux des belles tournures de la langue kabyle.

Êtes-vous invité dans des poésiades pour déclamer dans les récitals publics vos œuvres?

Les poésiades sont nombreuses en Kabylie ce qui est un forum extraordinaire pour les poètes de déclamer leurs œuvres et au public d’apprécier la beauté de la langue de Slimane Azem.
En Kabylie les animateurs du mouvement associatif souffrent de subventions publiques pour réaliser leurs programmes indépendamment des autorités qui cherchent toujours un soutien populaire contre les subventions publiques. Cette pratique marginalise les poètes libres qui émargent nul part dans les assiettes officielles.

Trouvez-vous des mécènes pour soutenir vos oeuvres ?

Les mécénats n’ont pas élu domicile dans les régions sous domination arabo-islamique à plus forte raison lorsque l’on est poète kabyle dans un environnement animé par les cadres arabistes et islamistes hostiles viscéralement aux valeurs des libertés irriguées par la poésie des producteurs de la culture de la langue de Matoub Lounes.
D’autant plus que le mécénat est lié aux droits démocratiques des peuples.

Etes-vous invites aux radios et TV en Algérie ou dans le monde pour s’exprimer en toute liberté?

La liberté de s’exprimer librement dans un pays sous les bottes des tyrans n’est jamais évident pour les libres penseurs notamment pour les écrivains, poètes, artistes. La presse privée n’est pas libre d’éditer ses analyses en toute liberté.
Les médias sont bâillonnés contre les ecclésiastiques que nous sommes en tant que poètes libres qui récusant allégrement les embrigadements contre les pécules.
La liberté s’arrache par la résistance et la persévérance dans l’engagement pacifique pour les idéaux de la dignité humaine.

Vos œuvres parlent-elle de la kabylité dans toutes ses dimensions?

Mes poèmes parlent de la Kabylie d’une manière générale et de tout ce que peut englober la vie humaine, marginalisation, les sentiments, la société et autres psychodrames qui agitent les questions de la vie, etc.

La Kabylie est-elle une Nation? Un Pays? Un Peuple libre ou pas? Qu’en pensez-vous?

La Kabylie est une nation du peuple kabyle dont sa civilisation remonte à très loin dans le temps. Nous sommes le creuset de toutes les civilisations. Les Amazigh sont la plus grande civilisation de cette région aux grands empires de l’Histoire dont celui du Roi Massinissa. La Nation kabyle demeure la première nation authentique de l’Afrique du Nord.

Voulez-vous vous exprimer sur une question particulière?

Je voudrais dire juste un mot sur les droits des femmes auxquelles les hommes doivent apporter leur assistance afin de les émanciper davantage des anachronismes et du conservatisme de tous bords. Pour dominer la société, les partisans de l’archaïsme veulent dompter les femmes avant de maîtriser les instances décisionnelles de la société.

Un mot pour conclure!

Mon dernier mot un grand merci à votre journal de m’avoir accordé cet entretien. Mes hommages les plus profondes à mon mari qui me comprend et me soutien. Un chaleureux bonjour à mes anges adorés Arezki, Mhand et Mélissa sans oublier Louizini mon complice dans le domaine artistique, ensemble nous faisons un travail magnifique depuis 2016 à ce jour.

Massy Koceila
Interview réalisée pour Tamurt