Moines trappistes de Tibhirine : Un nouveau livre accuse les services secrets algériens

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CULTURE (Tamurt) – Un nouvel ouvrage sur la mort des sept moines français, écrit par le journaliste Jean-Baptiste Rivoire, vient d’être édité chez les éditions La Découverte. Intitulé « Le crime de Tibhirine », ce livre dévoile, selon l’AFP, « des témoignages inédits, mais difficiles à corroborer, mettant de nouveau en cause la sécurité militaire algérienne ».

Le livre s’appuie, selon la dépêche de l’AFP sur « les déclarations d’anciens membres des services algériens et d’un islamiste affirmant que l’enlèvement a été ordonné par le DRS (sécurité militaire) et réalisé conjointement avec des islamistes ».

L’accusation ne s’arrêtant pas là, puisque le livre de M. Rivoire ajoute, toujours selon l’AFP, qu’un ancien lieutenant dénommé Kamel, décrit, dans le livre, comme un proche du patron du Centre territorial de recherche et d’investigation (CTRI) de Blida, lequel a révélé « qu’un petit groupe d’agents infiltrés a accepté, à la demande des chefs de la sécurité militaire, d’organiser l’enlèvement avec une quinzaine de vrais islamistes ignorant la manipulation ». L’ancien lieutenant a ajouté que l’objectif de cette opération vise « à débarrasser la région de témoins gênants, discréditer les islamistes et faire pression sur la France ».
La dépêche poursuit : « L’opération se serait décidée début mars 1996 lors d’une réunion au CTRI en présence notamment du patron de la principale unité du contre-espionnage algérien, aujourd’hui décédé ».

Le livre rapporte aussi les déclarations de Rachid, ancien islamiste qui dit avoir été membre du commando ayant enlevé les moines et relate l’encerclement du monastère et la difficile marche avec les trappistes dans la nuit qui a suivi. Selon lui, les moines ont été remis quatre jours plus tard à un groupe d’islamistes dirigé par Abderrazak El Para, présenté comme un proche de Zitouni et soupçonné d’avoir été membre du contre-espionnage. L’inconnu demeure sur ce que sont ensuite devenus les trappistes jusqu’à la découverte de leurs têtes.

« Ces éléments doivent être accueillis avec beaucoup d’intérêt mais aussi précaution et prudence », a dit Me Patrick Baudouin, avocat des parties civiles. « Le grand intérêt de cet ouvrage est, j’espère, qu’il va ouvrir la voie à de nouvelles investigations judiciaires », a-t-il ajouté. « Une nouvelle fois, la vérité assénée depuis l’origine par les autorités algériennes sur l’enlèvement, la séquestration et l’exécution des moines par les islamistes est battue en brèche », dit-il.

Les sept moines ont été enlevés dans la nuit du 26 au 27 mars 1996 dans leur monastère isolé situé près de Médéa. Le Groupe islamique armé (GIA) de Djamel Zitouni avait revendiqué l’enlèvement et l’assassinat des moines. Leurs têtes ont été retrouvées le 30 mai au bord d’une route de montagne. Après avoir suivi la thèse islamiste, l’enquête judiciaire s’est réorientée depuis 2009 et le témoignage d’un ancien attaché de défense à Alger vers une bavure de l’armée algérienne. Avant ces révélations, des témoignages d’officiers algériens dissidents avaient relevé le rôle trouble des autorités algériennes, accusant Alger d’avoir manipulé le groupe armé ayant revendiqué l’enlèvement.

Ce livre qui met en cause, encore une fois, les services de sécurité algériens, vient en un moment où l’Algérie accueille des conférences internationales sur le terrorisme.

La version officielle a toujours imputé aux islamistes l’assassinat de Tibhirine. Ce livre remis sur le tapis l’implication des forces de sécurité algériennes dans le massacre de population durant la période du terrorisme.