Une grande figure du combat pour la Kabylie nous a quittés

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Aggur lors d'un conférence à Munich, à l'occasion du 20 avril 2012

FRANKFURT AM MAIN (Tamurt) – La Kabylie vient de perdre un de ses brillants défenseurs. Partisan de tous les combats démocratique de l’Algérie post-indépendance, son destin s’entremêle, à bien des égards, avec celui de la Kabylie qui se cherche aujourd’hui une place parmi les peuples accomplis. La nouvelle de la disparition du Dr Belkacem Ouamer, dit Aggur, nous a profondément attristés. Il nous a quittés ce dimanche, 30 juillet 2017, tôt le matin, à l’âge de 73 ans, emporté par la maladie dans un hôpital à Frankfurt/M. où il était hospitalisé.

Aggur à droite avec Akli Benakli

Ceux qui l’ont connus savent l’immense militant qu’il était. Il fait parti des  précurseurs du combat pour la reconnaissance de l’identité amazighe dans les années 80, en compagnie d’Hommes de qualité comme feu Atlas de son vrai nom Mohamed AIT-SALEM, Akli BEN AKLI, pour ne citer que ses proches amis. Homme de parole, fidèle à l’amitié, brillant dans ses analyses, il est surtout connu pour son irréprochable rectitude intellectuelle.

Avec Aggur, l’essentiel succède rapidement à l’accessoire, la rigueur à l’approximatif. Avec ses interlocuteurs, il arrivait à établir, assez rapidement, une extraordinaire complicité intellectuelle dont on ne s’en lasse jamais. Docteur  en littérature française de l’université Johann Wolfgang Goethe de Francfort-sur-le-Main, il y enseigna la littérature nord africaine d’expression française.

Plus que quiconque, Aggur, arrivait à interpréter le murmure de la société kabyle et les mutations auxquelles elle aspire : « Les Kabyles cherchent à s’émanciper. Ils veulent vivre en hommes libres ». disait-il. Même loin de sa Kabylie, Il faisait siennes les déceptions de notre peuple et restait très attentif à ses initiatives. L’assassinat de Matoub Lounès et les déclarations politiques du FFS et du RCD qui s’en sont suivies, avaient laissé en lui une amertume insondable. Ses critiques envers les responsables politiques kabyles étaient sans appel. Mais il tenait en haute estime les citoyens kabyles. Pour Aggur, « le Peuple kabyle n’a jamais failli, il était toujours à la hauteur de ses rendez-vous avec l’Histoire. Ce sont ses dirigeants qui sont inefficaces ». Il expliquait les causes et les effets en détails. On ne pouvait rester indifférent à ses brillantes analyses, à ses connaissances si profondes, à sa modestie, à son humanisme et à sa liberté de parole.

Aggur avec B. Sansal

A la question pertinente de ses amis dont moi-même qui lui demandaient d’écrire pour la postérité, il me dira un jour : « D’abord, on ne s’improvise pas écrivain. Ensuite, pourquoi écrire ? Personne ne me comprendrait ». Comment ca, lui avais-je dit ? « L’Algérie est un pays qui va vers le chaos. Il va imploser. Il n’existera pas dans le future ». Bien entendu, une telle réponse ne suppose aucun commentaire. Intellectuel hors-norme, il était très sensible aux causes justes. Il ne comprenait pas, par exemple, l’égoïsme aveuglant de l’Europe vis-à-vis du peuple kurde, ni le refus complice de l’occident aux demandes d’indépendances des peuples issus de la décolonisation… Devant de telles injustices, la Kabylie demeurait son espoir et sa fierté.

Son ami Akli Benakli, installé au Canada, regrette son absence le jour du recueillement devant sa dépouille, dira de lui : « Il a su partager avec nous ses connaissances très approfondies et ses analyses toujours pertinentes. Avec lui, j’ai toujours éprouvé une complicité intellectuelle hors du commun ».

Boualem Sansal, qu’Aggur appréciait beaucoup, à, dans un message adressé à la famiille du défunt, qualifié cette disparition de veritable perte pour la culture:  « C’est vraiment une perte, pour nous ses amis, pour la culture qu’il avait en si haute estime, pour la littérature dont il était un fin connaisseur. Et pour l’Algérie qu’il avait au coeur et plus le temps passait plus notre pays lui faisait mal, il souffrait tant de le voir s’enfoncer dans les ténèbres de la dictature, du fanatisme, du racisme, de l’antikabylisme primaire que le système inocule au peuple depuis des décennies ». Et d’ajouter : « Belkacem était cher à mon coeur, et je le pleure avec une immense émotion ».

Puisse cet adage populaire kabyle apaiser notre douleur: “Yella yiwen yella ulac-it, yella yiwen ulac-it yella”. Certains sont absents malgré leur présence, d’autres présents malgré leur absence. Aggur tu seras toujours présent dans nos cœurs. Tu es notre lune. Il nous suffira de lever nos yeux vers les étoiles pour te voir et conversé avec toi. De là où tu es, tu nous accompagneras pour toujours.

A son épouse Anne, à son fils Julien, à ses frères et sœurs, à toute sa famille en Kabylie, en mon nom personnel, au nom de la communauté kabyle d’Allemagne, de Suisse, de Tchéquie, d’Europe et d’ailleurs, au nom du peuple kabyle, je vous présente nos plus profondes condoléances. La Kabylie libre que tu as tant souhaitée se rappellera de toi. Repose en paix, cher ami. « Steɛfu di talwit ».

Lyazid ABID

La cérémonie de recueillement aura lieu demain, jeudi 03.08.2017 à 15h, dans la Trauerhalle de Heusenstamm.