Lyazid Abid sur « Ahdar Wach Habbit » : « Notre engagement pour l’indépendance de la Kabylie est irréversible »

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PARIS (TAMURT) – Invité dimanche dernier de l’émission « Ahdar Wach Habbit » (Dites ce que vous voulez), animée par le youtubeur algérien Djilou, le leader indépendantiste kabyle Lyazid Abid a abordé de nombreux sujets. Membre fondateur de l’Union pour la République Kabyle (URK), un mouvement militant pour l’indépendance de la Kabylie, Lyazid Abid est revenu sur sa récente contribution publiée au journal Tamurt.info concernant l’écrivain algérien Yasmina Khadra, sa visite en Israël, sa démission du MAK pour fonder un autre mouvement indépendantiste (URK), le procès remporté contre la veuve de Boumediène, les détenus d’opinion et sa vision d’une Kabylie indépendante.

Sans détour, Lyazid Abid, résponsable de l’URK, a répondu aux multiples questions de Djilou et son « chroniqueur » Nasser Yanat. Le premier sujet sur lequel le militant indépendantiste a été interrogé concerne sa récente contribution signée sur le journal tamurt.info, où il livre un témoignage peu reluisant sur l’écrivain algérien Yasmina Khadra, qu’il a rencontré lorsqu’il a été affecté à Tamanrasset fin des années 80 pour effectuer son service militaire obligatoire. A l’époque capitaine dans l’armée algérienne, Mohamed Mouleshoul aurait qualifié Lyazid Abid et les kabyles de « sauvages », coupables « d’ingratitude » envers les arabes qui leurs ont apporté « une langue (l’arabe), une civilisation et une religion ». L’auteur de « Ce que le jour doit à la nuit » aurait aussi, selon le responsable de l’URK, tenu des propos « méprisants » envers certains écrivains dont Mouloud Mammeri, Kateb Yacine, Mohamed Arkoun, en affirmant qu’ils « n’arrivaient pas à sa cheville ». Si l’animateur de l’émission s’est dit « tombé des nues », Lyazid a déclaré que cela n’est pas surprenant venant de quelqu’un formé dans le moule de l’institution militaire algérienne, qui apprend à ses officiers « à mépriser le peuple » et qui promeut l’antikabylisme depuis 1962.

Tout en concédant que Yasmina Khadra a le droit d’être « non partisan », allusion à son silence sur les détenus d’opinion et autres sujets brûlants lors de son dernier passage en Algérie (Alger et Oran) et en Kabylie (Tizi Wezzu), l’invité de « Ahdar Wach Habbit » a néanmoins affirmé que la visite de l’écrivain, notamment en terre kabyle, n’est pas innocente sur le plan politique. « Bien sûr qu’il a le droit d’être non partisan. Mais, il est invité et toutes les institutions se sont mises en branle pour l’accueillir. Ça, c’est politique », a-t-il souligné, en évoquant l’implication de la direction de la culture de Tizi Wezzu et autres relais locaux du pouvoir algérien dans la préparation et le déroulement de cette rencontre.

Visite en Israël : « Je ne regrette rien »

Interrogé sur sa visite en Israël en 2012 en tant que vice-président du Gouvernement provisoire kabyle en exil (GPK), en compagnie de Ferhat Mehenni, l’actuel S/G de l’URK a annoncé qu’il ne regrette absolument rien. « Je ne regrette pas ma visite en Israël. Est-ce que c’est Israël qui tue nos enfants ? », a-t-il rétorqué. Il a par ailleurs expliqué qu’ils ont été reçus à l’époque, Ferhat et lui, par la Knesset (parlement de l’Etat d’Israël), des officiels et des intellectuels israéliens en tant que délégation du GPK. « Je garde un excellent souvenir de cette visite. Lorsque tu parles avec un juif, tu sens qu’il te comprend rapidement. La même menace pèse sur nos deux peuples (kabyle et juif). On se comprend vite », a-t-il soutenu. Abordant le procès intenté à son journal Tamurt.info, en 2017, par la veuve de l’ancien président algérien Houari Boumediène, pour avoir soutenu que son mari détenait des comptes bancaires aux Etats Unis d’Amérique, Lyazid Abid s’est rappelé que la plaignante avait exigé 300 000 euros d’indemnisation ! Toutefois, Annissa Boumediène a perdu son procès contre Tamurt.info, au grand dam de la presse algérienne inféodée au régime d’Alger, qui avait annoncé avec un grand intérêt le dépôt de plainte par la veuve de Boumediène et qui s’attendait à la condamnation du journal kabyle.

Le pluralisme n’est pas une menace pour la Kabylie

Revenant sur son départ du MAK pour fonder avec d’autres militants l’Union pour la République Kabyle (URK), « le premier mouvement politique kabyle né avec la revendication indépendantiste », Lyazid Abid a expliqué que cette séparation, en ce qui le concerne, s’est faite « sans animosité ». Quant aux raisons l’ayant poussé à quitter le MAK, il a déclaré qu’elles ne sont pas liées à des considérations d’ordre personnel, mais à une différence de vision. « La séparation d’avec Ferhat s’est faite à cause d’une différence dans la vision politique. Lorsqu’on est passé à la revendication pour l’indépendance, je voulais qu’on la fasse d’une façon plus pédagogique. Ferhat avait une autre vision. Quand un mouvement passe de l’autonomie à l’indépendance, il y a plusieurs façons de gérer ce passage. On ne s’est pas entendu sur la façon. Ce n’est pas un problème personnel. Pour moi, il faut aller vers un mouvement horizontal, où la base a plus d’importance dans la décision politique. Ferhat a choisi une autre méthode, car c’est une personnalité très connue en Kabylie. Rien que son nom fédère, alors que l’URK est un mouvement où il fallait innover dans la gestion politique pour fédérer d’autres militants autour de nous, (et) où le consensus est requis pour n’importe quelle décision », a-t-il détaillé.
L’existence de plusieurs mouvements indépendantistes en Kabylie n’est pas une menace, estime Lyazid Abid. « Le plus important pour les indépendantistes kabyles s’est de s’entendre sur la revendication principale qui est l’indépendance. Ensuite, il y a plusieurs manières d’arriver à cette indépendance. Les catalans et les kurdes ont plusieurs partis indépendantistes. Le pluralisme politique n’est pas un frein, au contraire, c’est une richesse, une garantie pour le pluralisme et pour liberté de la Kabylie (…) et qu’il faut maintenir coûte que coûte », a-t-il soutenu, tout en croyant que « cette pluralité renforce et légitime le combat indépendantiste kabyle ».

« L’indépendance de la Kabyle sera bénéfique pour toute l’Afrique du Nord »

Tout en déclarant fermement que pour lui et son mouvement, ils « ne reviendront pas en arrière dans la lutte pour l’indépendance de la Kabylie », l’enfant de Lota, un paisible village de l’Est de Vgayet, pense que « les kabyles sont majoritairement pour un Etat kabyle », seule solution, d’après lui, qui peut « garantir leur liberté, dignité et une économie florissante ». « Seul un Etat indépendant peut assurer ça », a-t-il tranché. Se voulant réaliste, il rappelle à l’animateur de « Ahdar Wach Habbit » que la rupture définitive d’avec l’Algérie a été consommée à partir des évènements tragiques de 2001 et que désormais « un fleuve de sang sépare l’Algérie de la Kabylie ».
Le leader indépendantiste kabyle a profité de cette tribune pour appeler les peuples de l’Afrique du Nord à se solidariser avec le combat du peuple kabyle pour recouvrer sa souveraineté. « L’indépendance de la Kabylie sera bénéfique pour toute l’Afrique du Nord. (…) On demande à tous les peuples de l’Afrique du Nord de nous aider à accéder à notre indépendance », a-t-il appelé.

Arezki Massi

3 COMMENTS

  1. Je ne suis pas indépendantiste, mais devant le choix entre l’Algérie arabislamique et l’indépendance, je choisirais quand-meme l’indépendance.

    Une identité est le noyau d’un peuple, l’erreur la plus grande, liée au fait historique d’avoir perdu la tradition politique et ce vide a donné lieu à cet islamisme pour combler ce vide au niveau populaire. Dès que vous élevez le niveau, vous vous rendez compte de l’incompatibilité de cet islam avec la pensée fondamentale. Ce depassement rompt avec l’autocensure, niveau auquel sont encore liés les « arabisés par l’islam ».

    Un peuple doit admettre ses manques pour qu’ensuite y remédier. Outre la déconstruction presque réussie de la pensée endogène suite aux différentes invasions, il y eut bien entendu la tentative de renaître. La guerre de libération n’a pas eu une réflexion profonde qui puisse dégager une dimension révolutionnaire, nous avions omis la question identitaire et la question des femmes, c’est dans ce vide que s’est insinué le groupe d’Oujda et plier le pays au dictat de ce Moyen-Orient islamique, qui de fait a besoin d’anéantir tout sursaut culturel autochtone. En effet, un des meneur de la guerre de libération dira que  » si nous avions parlé d’Amazighité, les arabes auraient opté pour la France ». Pa pour rien qu’en 63 l’unique région à avoir refusé la naissance de cette dictature a été la Kabylie. Là aussi, il manquait l’explicitation culturelle et politique. Car bien qu’il eut des individus d’autres régions contre le régime naissant, la majorité était pour la dimension « oumma », si bien que les oulemas avaient soutenus boumediene et benbella dans le massacre de 1963 en Kabylie, jugeant l’acte politique comme incompatible avec la « oumma » qu’ils mettaient au dessus de la nation. Meme option culturelle et cultuelle qui fera que l’Algérie demande aux saoudiens de venir aider à islamiser les Kabyles. Ceci confirme que la dimension islamique est antinomique à la Kabylie et à la notion de nation. Malgré les tentatives éphémères du régime de donner un vernis au régime, ses fondements sont islamiques autant que dans les monarchies du golfe. Les  » institutions » sont mises au pas et vidées de toute autonomie ce qui est lisible à partir des « élections » relativisées et l’islamisme souligné.

    De part le temps, la fracture est verticale, car les valeurs le sont. Feindre un semblant d’unité volontariste est continuer dans l’illusion qu’en remettant « au temps » de résoudre les problèmes que pose le manque de choix sociétal, c’est croire au père noël en arabie.

    La société est un construit social, le régime tente de substituer le récit islamiste arabe contre celui endogène démocratique, pour une simple raison : que la démocratie hôte toute tendance à la superposition des institutions au peuple. L’administration sert le citoyen alors que dans le régime arabe, c’est un instrument du pouvoir central contre le peuple. L’école et les organes d’information sont autant contre toute dynamique qui sort du contrôle de l’Etat. On a donc un Etat colonial qui ferait de tout pour casser toute activité qui tendrait à sortir des canons arabislamiques. De deux choses l’une : ou l’Algérie redevient Amazigh, ce qu’elle toujours été jusqu’à l’arrivée de la dicture en 62, ou la Kabylie prendra son chemin. C’est la loi de notre espèce qui n’a toujours pas fini de se diviser. Après tout, le mariage non-compatible n’a pas de sens et le divorce est une solution. Le problème est que les memes qui prirent le pouvoir par la force ne croient pas en la population qu’ils méprisent. Nous sommes devant un vrai passage du féodalisme autrement à la naissance d’une nation, culturellement, ce qui a tant manqué.
    . Comme nous pouvons constater, il y a nécessité historique du retour aux sources, ce n’est pas une question de morale, mais d’histoire et anthropologie, un peuple ne peut changer de nature sans créer de dommages irréparables, la Libye en est cet exemple d’arabisation qui repose sur l’islamisme comme fatalité de l’histoire. boumediene avait bien voulu instaurer la même voie vers l’enfer, on y a été presque, grâce à la Kabylie tous les fléaux, arabisme, islamisme dictature, ont été balayés. Les Algériens devraient assumer les valeurs de Kabylie dans la constitution, ce serait leur bouée de sauvetage. Paradoxalement, souvent, les peuples choisissent l’habitude à la solution, la Kabylie rationnelle a fait son choix.

  2. Bien dit. L’independence. Pas d’hesitation ni de tractations. Les négociations chapeautées par l’ONU. Le reste c’est une perte de temps.

  3. J’ai bien peur que les arabes ont réussi en kabylie. Car quand on entend les kabyles parlaient sur les vidéos youtube, certes, ils utilisent leur langue mais ils n’arrêtent pas de mettre en avant des inchallah et l’islam!

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