Colloque national à Tizi-Ouzou autour de « la religion musulmane : valeurs, unité et résistance », une occasion d’insulter la famille militante du MAK

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TIZI-OUZOU (Tamurt) – Un colloque national autour de « la religion musulmane : valeurs, unité et résistance » s’est tenu, jeudi, à la maison de la culture Mouloud Mammeri de Tizi-Wezzu. Ce rendez-vous scientifique et religieux aurait pu être une très belle réussite si ce n’était le dérapage dangereux du professeur Lounis Mehalla, qui, dans sa communication autour du thème : « les références religieuses et actions de fortification de la société musulmane en Algérie en général et en pays Zouaoua ou Kabylie en particulier », a, toute honte bue, insulté le MAK.

«(…c’est pourquoi les complots, les coups fourrés, par le truchement des évangélistes, des traîtres autonomistes, continuent de viser la Kabylie)» que le professeur Lounis Mehalla termine sa communication. Certes, l’auteur de cette insulte a donné des renseignements et des informations d’une grande importance sur les Kabyles et l’islam mais sa conclusion prouve si besoin est d’ « islamiser » à outrance cette région que les démocrates tentent vaillamment de sauver.

Après tout, nous préférons donner l’occasion aux lecteurs et lectrices d’analyser eux-mêmes le contenu et la portée de la communication du Pr Lounis Mehalla. La voici donc dans son intégralité :

« Beaucoup d’historiens occidentaux et d’orientalistes, de prêtres, de sociologues, d’officiers français dits des bureaux arabes, ont tenté à travers leurs écrits et diverses études, de déformer et altérer l’histoire du Maghreb, précisément sa partie centrale, le cœur, l’Algérie. Il faut rappeler que cette partie du Maghreb qui a subit la première, la conquête française en 1830 et qui a donné lieu à la plus longue et la plus sanglante résistance de l’histoire, qui a coûté au peuple algérien musulman après 50 ans de lutte (de 1830 à 1881) quelques 7 millions et demi de morts, avait éprouvé prés de 7 siècles de domination romaine, vandale et byzantine.

La conquête musulmane que d’aucuns persistent à appeler arabe ou invasion arabe, intervient au milieu du 7ème siècle chrétien 647 / 27 hégirien a trouvé les berbères ou Imazighen sous la domination byzantine. Aussi, après avoir éliminé les forces byzantines et leurs alliés, les berbères ayant reçu et compris le message de l’Islam ont embrassé la religion de Dieu par groupes massifs « Afwadjen ».

En 705 chrétien 86 hégirien soit 58 après l’arrivée des premiers musulmans à Sbeita en Libye sous le commandement de Abdellah Ben Abi Sarh, tout le Maghreb est devenu totalement musulman et en 712, Tarek Ben Ziad conquit l’Espagne avec une armée composée quasi-totalement de berbères.

Etait-il possible et concevable qu’un peuple aussi guerrier, aussi nombreux, aussi laborieux, puisse être vaincu aussi facilement et subir par la force un religion et la prendre en charge et lui donner des millions de martyrs, édifier d’illustres dynasties et empires tels que El Mourabitoune, El Mouahidoune, les Mérinides, les Zianides, les Hamadites, les Hafsides etc… ?, l’Algérie, comme tout le Maghreb a donc embrassé l’Islam, l’islam sunnite, puis le rite malékite. Il y avait certes un intermède fatimide – chiite pendant plus d’un siècle, puis le régime chiite se transforma en Egypte où il dure jusqu’en 1171.

L’Afrique du nord, principalement l’Algérie et la Tunisie actuelles restées sous le règne des Zirides et leurs descendants Hammadites reviennent vite au sunnisme comme tout le Maghreb et jusqu’à ce jour malgré toutes les vicissitudes, les références religieuses de l’Algérie restent à ce jour l’orthodoxie sunnite et le rite malékite. Il existe toutefois le rite Ibadite (El Ibadhiya) chez nos frères mozabites et le rite Hanafi en nombre très réduit datant de la présence turque en Algérie, sachant que les turcs sont sunnites Hanafis mais ils n’ont jamais essayé d’imposer leur rite.

Il faut rappeler que le géant et illustre savant Abderahman Ibn Khaldoun n’a jamais manqué de signaler à la fin de ses ouvrages qu’il est de rite malékite. Ayant finalement émigré en Egypte où il est mort en 1406, il a été désigné grand cadi d’Egypte sorte de juge suprême dans un pays de rite Chaféite ! Il a été délégué pour négocier avec Tamerlan (ou Timour Lank) le redoutable conquérant tatare qui a dévasté tout l’orient jusqu’à Damas et s’apprêtait à conquérir l’Egypte. Il fut séduit par Ibn Khaldoun et fini par embrasser l’Islam et renoncer à son entreprise guerrière.

Il faut cependant préciser que la référence de l’Algérie à l’Islam sunnite et à la conviction ou foi Ashaarite représente le juste milieu El Wasatia et l’Islam sunnite représente quatre vingt dix pour cent (90%) de un milliard cinq cent millions de musulmans que compte le monde.

Les références religieuses de l’Algérie ont été donc et restent des forteresses indestructibles face aux croisades judéo-chrétiennes sous toutes leurs formes durant la conquête françaises à ce jour. C’est pourquoi nous trouvons dans l’appel du Ier novembre I954 cette référence. « Restauration de l’Etat Algérien Démocratique et Social dans le cadre des principes islamiques ».

Durant la guerre de libération l’Islam fut le moteur principal et le vecteur de la révolution, les concepts de Djihad, de Moudjahid, de Mousbel, de Fidai, de Chahid étaient et sont encore vivaces dans la mémoire collective.

S’agissant de la Kabylie dont l’administration coloniale française a voulu créer un mythe, une entité ethnique distincte alors que la région s’appelle jusqu’à la fin du 17ème siècle chrétien 13ème siècle hégirien, le pays des Zouaoua c’est-à-dire la région allant de Boumerdès jusqu’à Sétif. Les turcs ottomans appelaient Kabails toutes les tribus montagnardes de l’Ouest, de l’Est comme du centre du pays, l’administration française sous le gouvernorat de Bugeaud et des généraux des « bureaux arabes » ont cru devoir consacrer la Kabylie et en faire un réduit partagé en petite et grande Kabylie « diviser pour régner ».

Or la Kabylie ou Zouaoua sont une partie intégrante de l’Algérie, l’Algérie musulmane, le cœur battant de la nation, le bastion de l’Islam sunnite et malékite depuis plus de I3 siècles, la région Kabyle ou Zouaoua a donné à la nation musulmane des centaines sinon des milliers de savants, comme Ibn Moati, Mohamed Abi El Kacem El Fadhl El Machdali, Abou El Abbas Ezzouaoui, l’un des maîtres de Ibn Khaldoun quand ce dernier était venu étudier dans cette métropole du monde.

Mohamed ben Omar El Milikchi Abou El Abas El Ghobrini l’auteur de « Anouane Diraya », El hocine El Ouartilani, Omar Ben Abderhman El Manguelati, Cheikh Tahar El Djairi, Essemghouni, père de la renaissance arabe et musulmane en pays de Cham (Syrie), Cheikh El Mahdi Esseklaoui, émigré en Syrie devenu grand mufti de Syrie, mort en I860 à Damas.

Il ne faut pas oublier que la Kabylie a donné naissance à Mohamed Ben Abderhman El Gachtouli El Azhari originaire de Bounouh à Boghni fondateur de la tarika Rahmania, mort en I793, la Tarika Rahmania qui fut certes une Tarika soufie, mais sunnite, malékite et combattante fut une grande épopée de l’Algérie musulmane et résistante.

Le dernier Cheikh de la tarika Rahmania fut le vénérable Cheikh Mohamed Amezine Ben Ali El Hadad mort le 29 avril 1873 à la prison de Constantine où il fut détenu après l’écrasement par le fer et le feu de la grande insurrection de 1871 son souvenir reste encore vivace dans la mémoire collective et les Dikrs » des Khouanes.

La Tarika Rahmania couvre tout le nord de l’Algérie jusqu’en Tunisie et jusqu’au sud à Tolga Temacine.

La pénétration française en Kabylie à partir de 1844 a provoqué une résistance acharnée conduite par les Khouanes Rahmania pendant 13 longues années de combats pour que les français puissent vaincre partiellement les Zouaoua à leur tête Lalla Fatma N Soumeur, c’était le 11 juillet 1857 à Icheridene.

Ensuite le soulèvement massif de 1871, le siège de Tizi-Ouzou pendant près d’un mois par 15000 Khouanes Kabyles, le siège de Larbaa Nait Irathen (Fort national) par des milliers de Mousseblines, les Khouanes de Cheik Mohand Ouali Ousahnoun, Mokadem des Rahmania de Cheik Belhadad.

Quant aux Zaouias, la Kabylie en compteit avant 1871 quelques 60 Zaouias dont les plus célèbres étaient celles de Sidi Ahmed Ben Driss, Sidi Abderahman El Loulli, Sidi Yahia El Aidli de Tamokra, de Taslent à Akbou et enfin celle de Seddouk de Cheik El Haddad. Cette dernière était avant sa destruction l’équivalent d’une université.

Après la révolte de 1871, une grande partie des Zaouias a été détruite. Il ne reste actuellement en Kabylie quelques 22 Zaouias ont 18 dans la Kabylie de Tizi-Ouzou, mais il reste que 4 à 5 qui fonctionnent avec des effectifs de Tolbas en régression constante.

Ces Zaouias n’ont aucun statut ni cadre juridique qui les protègent. Elles survivent grâce à l’attachement viscéral des fidèles.

Au début du siècle dernier à partir des années 20, les formes de luttes ont changé. On a vu la naissance du mouvement national et celui islahiste des oulémas. Là aussi, la Kabylie exsangue et subissant la répression coloniale a repris son rôle de bastion du nationalisme et de l’islah.

Pour le nationalisme on vu les émigrés kabyles en majorité créer l’étoile nord africaine puis le PPA et donner la présidence à Messali El Hadj. SI Djilani, Akli Bounoune, AmarImache, Radjef Belkacem se sont effacés au profit de Messali El Hadj. Le mouvement islahiste à de son côté trouvé en Kabylie des piliers de taille en les personnes des : Cheikh Saïd Salhi, Foudhil El Ouartilani, de Cheikh Baaziz Ben Omar, de Cheikh Saïd El Ydjeri, de Cheikh Arezki Cherfaoui, de Cheikh Taahar Aït Aïssa, Cheikh Saïd Abou Yala, Cheikh Ali Oul Khiar…etc.

Quand la grande révolution de novembre 1954, le congrès de la Soummam a révélé que la Kabylie représentait a elle seule en hommes, en armes et en finances une large prépondérance par rapport au reste du pays comme l’est, le centre et le sud auxquels la Kabylie est venue en aide au grand dam de la France coloniale qui n’a pas pardonné cet affront, c’est pourquoi les complots, les coups fourrés, par le truchement des évangélistes, des traîtres autonomistes, continuent de viser la Kabylie ».

Notons enfin que ce rendez-vous de la maison de la culture Mouloud Mammeri a été marqué par la présence du président du Conseil Supérieur Islamique. Par ailleurs, le théologien, Boualem Djouhri, a interprété le célèbre chant « Talaâ El Badr Alayna » en version kabyle.

Saïd Tissegouine