Face à un Etat démissionnaire – Les jeunes se prennent en charge

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A l’instar des autres régions de la Kabylie, Bougie enregistre un taux de chômage très élevé. Même les universitaires peinent à trouver un travail. Par fois, même les petits boulots sont inaccessibles pour cette génération perdue, qui est livrée à elle-même. Beaucoup de jeunes kabyles se sentent marginalisés et n’ont d’autres perspectives que de se suicider ou de fuir la terre qui les a vu naître, même au détriment de leur vie.

Devant cette situation lamentable, des jeunes inventent des espaces plus cléments pour outrepasser le marasme social, qui semble incommensurable. Ainsi, les communes montagneuses de la wilaya de Bougie sont devenues des endroits propices à l’élevage des poules. En effet, ces derniers temps, ces régions éloignées et enclavées ont connu une prolifération de poulaillers, une chose que nous avons pu constater nous-même à l’est de la wilaya et surtout au sud-ouest ; c’est-à-dire sur les hauteurs de la vallée de la Soummam (Chemini, Akfadou, Souk Oufella, Adekkar, Timezrit, Akbou et Seddouk).

Par exemple, la commune d’Akfadou, située à 60 kilomètres de la ville de Bougie, dispose à elle seule, d’une trentaine de poulaillers. Entre la poule de chaire, la poule pondeuse et la caille, les jeunes agriculteurs choisissent leur créneau. Ces éleveurs ont investis leur argent dans des coins perdus, « la où la vie s’arrête », comme ont dit communément par ironie. Ici, les paysans font la loi et leur activité n’est même pas déclarée. Ils travaillent en noir. Certains de ces éleveurs sont des diplômés universitaires, ayant des parents retraités, qui se sont fait un job loin de leur spécialité. Ce n’est pas un choix mais plutôt une contrainte, ou carrément une adaptation.

Ces dernières semaines les prix des différents aliments de base pour les poules sont en flambée ; ce qui a considérablement contribué à l’augmentation du prix de la poule. Cependant, cette nouvelle donnée n’a pas dissuadé ces jeunes débrouillards. Le poulet produit localement est livré aux quatres coins de la wilaya et même ailleurs. La plus part des éleveurs ont même des clients à Alger et au sud du pays.

« Après mon l’obtention de mon Ingéniorat en statistiques et planification et plus de 4 ans de chômage, j’ai décidé de créer ma propre affaire. Grâce à l’aide financière de mon père, j’ai crée un poulailler d’une capacité de 2000 poules. Je me suis donné entièrement à ce projet qui m’a permet de retrouver ma dignité. Une dignité que je n’ai pas pu avoir avec mes études poussées. Maintenant, je compte investir d’avantage dans ce domaine et permettre à beaucoup de jeunes chômeurs de travailler. A l’avenir, je vais me lancer dans l’élevage de la perdrix », nous dit Kaci, habitant de la bourgade des Ath Mansour. Ainsi des jeunes créent leurs activités et font face à leur rude réalité.