Les Kabyles de Marseille

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Comme la Kabylie avec ses majestueuses montagnes ne pouvait nourrir ses enfants, ces derniers étaient contraints d’aller à la conquête d’autre pays pour trouver de meilleures conditions de vie.

L’instinct de survie à toujours conduit les Hommes, depuis la nuit des temps au déplacement vers de meilleures contrées.

Pour les Kabyles, la seule issue était la traversée de la méditerranée vers la France.

On ne peut parler de l’immigration kabyle sans évoquer Marseille, cette belle ville chaleureuse qui a toujours été la ville d’accueil et de transit pour les immigrants venant de tous les pays du pourtour méditerranéen.

Tous les candidats à l’immigration vers la France devaient nécessairement passer par la cité phocéenne appelée aussi cité cosmopolite par excellence, puis continuaient leur chemin vers l’intérieur du pays s’ils le souhaitaient.

La migration kabyle a été très précoce juste après la migration italienne et arménienne. D’ailleurs, elles n’ont eu aucune difficulté à coexister.

Cette migration d’abord composée d’hommes célibataires s’est faite par vagues successives. Ce n’est qu’après l’installation des premiers arrivés qui envoyaient des lettres à leurs proches restées en Kabylie pour encourager les frères et les cousins du village à les rejoindre.

Pour l’anecdote, c’est sur le quai de la Joliette, venant pour la première fois en France qu’un Kabyle trouva par terre un billet de cent Francs auquel il donna un coup de pied en se disant : « je ne vais pas commencer le travail dès aujourd’hui! »

Dans son ignorance et naïveté, il croyait vraiment que l’argent était à ramasser par terre comme on le lui avait raconté.

Les Kabyles qui ont préféré s’établir dans cette ville ont fait ce choix d’abord pour l’abondance et la diversité des offres d’emploi que proposait cette région et pour son climat tempéré, où les montagnes de Marseilleveyre et de Niolon se jettent dans la mer en rappelant avec nostalgie les paysages de Kabylie en particulier le mont Yemma Gouraya.

La sucrière et la savonnerie Saint-Louis représentaient le fleuron de l’industrie de Marseille

Elles jouissaient d’une grande réputation nationale, et par conséquent avec le port de Marseille, ces entreprises ont apporté un développement économique et social impressionnant à cette ville.

Depuis les années soixante, le regroupement familial des Kabyles se multiplie au rythme de l’augmentation des problèmes et de l’injustice dans leur patrie d’origine.

Très vite, les premiers embauchés ont vite su maitriser le travail sur les machines et se sont retrouvés à des postes de chefs d’équipes.

Les villages de l’Estaque, de Saint André, de Saint-Henri situés dans les quartiers nord face à la mer, recèlent jusqu’a maintenant une très nombreuse population kabyle originaire essentiellement des villages situés aux alentour de Bougie de l’autre coté de la méditerranée.

La deuxième génération de cette immigration a connu la période faste des trente glorieuses années de l’industrialisation française, avec laquelle nos Kabyles ont amélioré leur situation sociale en quittant les baraquements du Canet et les logements insalubres de Bassens (akal azeggagh) réputés comme zone de non-droit, pour aller enfin vivre dans les HLM récents et profiter de la modernité comme tout le monde.

La troisième génération par contre a été frappée de plein fouet depuis les années quatre-vingt par la crise économique qui s’accentue au rythme des délocalisations continues. Heureusement que la région a su se reconvertir dans les technologies de pointe où nos ressortissants ont pu trouver leur place.

Les Kabyles se définissent pleinement comme Marseillais, tout en revendiquant leur origine kabyle qu’ils portent avec fierté.

L’arrivée de la dernière vague de migration kabyle due à l’impitoyable répression qu’a subi la Kabylie en 2001 et l’assassinat de cent vingt-huit jeunes a augmenté leur effectif dans cette ville et a permis de renforcer leur sentiment identitaire.

À Marseille, les Kabyles bien que très nombreux donnent l’impression d’êtres rares, car ils sont très discrets et très bien intégrés et se fondent dans la société Française dans laquelle ils apportent leur touche à l’esprit du bon vivre ensemble.

Les associations kabyles qui assurent la défense et la promotion de notre culture sont nombreuses et très actives à Marseille comme Tala, ACA, Kabylie — BDR, la grande maison, les animateurs du MAK, etc.

Les fêtes et les commémorations des grands événements culturels kabyles comme Yennayer sont souvent célébrées avec ferveur et assiduité.

On ne peut aussi parler des Kabyles de Marseille sans évoquer Zidane, l’étoile et la grande vedette du foot-bal, qui a élevé très haut les couleurs et l’hymne de la France et qui a aussi fait la fierté de la Kabylie. Estimé dans le monde entier, Zidane est l’ambassadeur de la France et de la Kabylie.

Pendant longtemps après la victoire de la coupe du monde de 1998 et le Championnat d’Europe de 2000, le portrait géant de Zidane était visible pendant longtemps sur la corniche. La Star y affichait un regard plein de sérénité et d’espoir en direction de sa ville natale, comme s’il voulait encourager les jeunes à aller de l’avant.

Une autre personnalité d’origine kabyle qui s’est beaucoup distinguée sur la scène politique et médiatique est Karim Zeribi, il est aussi le président-directeur général de la régie des transports marseillais.

Les Kabyles de Marseille qui apportent leur contribution à la défense de la laïcité et des valeurs républicaines en France soutiennent également la lutte contre l’oppression que subit leur peuple en Algérie.

Kader D